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Compositeurs / Baroques et classiques / MUZIO CLEMENTI, UN ILLUSTRE MÉCONNU

Portrait

MUZIO CLEMENTI, UN ILLUSTRE MÉCONNU

Par MARC BOSMANS / Mercredi 15 avril 2015
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Muzio Clementi © PFB/RUE DES ARCHIVES
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Voici un compositeur, interprète, facteur d’instruments, pédagogue émérite, considéré par les experts comme l’un des plus grands et dont le nom n’évoque sans doute pas grand-chose aux habitués des concerts ! Muzio Clementi reste à découvrir.

Clementi était le fils d’un horloger bijoutier romain, et c’est dans sa ville natale, autant qu’éternelle, qu’il reçut sa première formation musicale, se montrant précocement doué, et bûchant à l’âge des jouets, le contrepoint et l’harmonie. À 9ans, le petit Muzio était déjà titulaire d’un poste d’organiste. Il ne faudrait pas imaginer que l’Italie de la seconde moitié du xviiie siècle connaissait une ère de décadence de la formation musicale « sérieuse » et que la pratique musicale s’y limitait aux exploits virtuoses des castrats. Il a toujours existé une tradition rigoureuse remontant à la Renaissance et tous les musiciens de la Péninsule en ont bénéficié.
Quand il eut 14 ans, Muzio éblouit un lord anglais, Peter Beckford, cousin de l’écrivain William Beckford, qui proposa à son père de le prendre sous sa protection et de l’emmener en Angleterre. Le père accepta, peut-être pas fâché d’avoir ainsi placé l’un de ses huit enfants. Pour Beckford, c’était l’assurance de disposer at home d’un maître de musique bon marché, chargé de « l’animation musicale » de son château d’Iwerne, dans le Dorset. Clementi demeura sept ans chez son patron, perfectionnant sa pratique du clavier. Il finit par quitter Iwerne et s’installa à Londres où il n’eut aucune difficulté à se faire un nom comme chef d’orchestre au King’s Theatre (à l’époque, le chef assurait aussi la partie de clavecin et dirigeait depuis le clavier). Il fit ses débuts comme compositeur avec les Sonates pour clavier op.2, destinées aussi bien au clavecin qu’au pianoforte. On notera qu’il fut l’un des premiers pianistes à connaître en tant que tel une renommée internationale. En 1780, il effectua ainsi un tour d’Europe, s’arrêtant à Versailles, où il joua à quatre mains avec Marie-Antoinette. À Vienne, son partenaire était d’une autre envergure. L’Empereur Joseph II proposa un « match » Clementi vs Mozart. Match nul, d’ailleurs, puisqu’aucun ne fut déclaré vainqueur ! Dans sa correspondance, Mozart, furieux de l’égalité du score, traite son adversaire de charlatan, et estime qu’il joue comme une mécanique. Étrange coïncidence, le thème du fugato de l’ouverture de La Flûte enchantée, avec ses notes répétées, ressemble comme deux gouttes d’eau à un thème de la Sonate en si bémol op.24 n°2… Clementi, au contraire, fut rempli d’admiration pour son rival autrichien.
Il revint en France, où il enleva la fille du premier magistrat de Lyon. L’échevin prit mal la chose, fit poursuivre les amants jusqu’en Suisse et récupéra sa progéniture. Clementi se consola en composant un Duo pour piano où il exprime son malheur, trait déjà bien romantique. De retour à Londres en 1785, il s’y fixa durablement, ne la quittant plus pendant dix-sept ans, et menant une vie très active. Comme compositeur, il écrivit alors une soixantaine de sonates.

Un homme d’affaires avisé

Comme pédagogue, Clementi forme alors quelques-uns des « ténors » (si l’on peut dire) du piano romantique : Cramer, Field, Moscheles, Berger, le professeur de Mendelssohn, Kalkbrenner, qui enseigna à Chopin. Tous ces pianistes diffuseront plus tard les principes de son enseignement dans toute l’Europe, de sorte que l’on peut considérer Clementi comme « l’instituteur » du piano romantique. Il fonde en outre une importante maison d’éditions musicales et surtout une fabrique de pianofortes, Clementi & Co.
En 1802, nouveau voyage au long cours : huit années de pérégrinations européennes qui le mèneront jusqu’en Russie. Lors de son passage à Vienne, il rencontre Beethoven. Il ne faut pas seulement imaginer dans ce contact une relation artistique désintéressée. Beethoven, sachant que sa musique est appréciée en Angleterre, entend bien renforcer sa présence outre-Manche et de son côté, Clementi espère obtenir le monopole de la diffusion beethovénienne. Beethoven composera spécialement selon les goûts et besoins du public britannique, dont de nombreux arrangements de chansons populaires anglaises, irlandaises et écossaises.
Clementi revient à Londres en 1810. Sa situation est assez critique car sa fabrique de pianos a brûlé. Il reconstitue cependant sa fortune en composant beaucoup. C’est une bonne stratégie commerciale, le compositeur bénéficiant de l’aura de l’interprète et de l’industriel et vice versa. Ayant retrouvé son aisance, il devient le point de mire de la société musicale anglaise et tout musicien étranger de séjour à Londres passe par ses salons de Kensington.
Il revint deux fois sur le continent, la première fois pour une tournée de deux ans (1816-1818), la seconde en 1821. Puis, il se retire à la campagne, à Lichfield dans le Stafford­shire puis à Evesham dans le Worcestershire. C’est là qu’il finit ses jours. Il est inhumé à Westminter Abbey, comme les gloires de la culture nationale, Haendel notamment.

Un compositeur prolixe

Les premières sonates de Clementi (Opus 2) furent publiées en 1779. Elles se composent de deux mouvements selon l’usage italien et l’exemple d’un Domenico Cimarosa (1749-1801). Elles furent d’emblée reconnues en Angleterre. Quoique destinées au clavecin ou au pianoforte, ces pièces comportent certains traits, notamment en octaves, et qui requièrent la puissance du nouvel instrument. Ce sera le cas aussi dans les trois Sonates op. 7, qui datent du premier séjour viennois du musicien. Toutefois, les partitions sont en trois mouvements, certaines supposant un accompagnement de violon ou flûte. Des commentateurs ont jugé les sonates composées dans les années 1780 supérieures à celles de Mozart, notamment celle en si bémol op.24 n°2 jouée devant Joseph II au cours du fameux tournoi. Par leur élan passionné et leur sensibilité, elles dénotent, plus que les sonates contemporaines de Mozart, un certain préromantisme. Les Sonates op.8 (Lyon, 1782), 9, 10 (Vienne, 1783), 11 et 12 (Londres, 1784) sont de la même veine. L’Opus 12 comprend une Sonate pour deux pianos en mi bémol majeur.
L’Opus 13 (Londres, 1785) réunit des sonates pour piano et d’autres pour piano et accompagnement (de violon ou de flûte). C’est dans ce recueil que Clementi semble, de notre point de vue, se rapprocher le plus du jeune Beethoven. En fait, il le précède d’une dizaine d’années. La Sonate en fa mineur, op.23 n°6 emploie certains procédés utilisés par Beethoven dans les années 1795. On passera rapidement sur les Sonates op.16 et 20 « La Chasse » et op.23 (Londres, 1790) dont certaines étaient composées depuis longtemps. C’est aussi le cas d’une des sonates de l’Opus 24, publiée en 1790, mais que Clementi avait jouée dans son duel avec Mozart, et qui fait entendre, comme on l’a dit, un thème de la future ouverture de La Flûte enchantée.
Avec l’Opus 25 (Londres, 1790), on entre dans une nouvelle période. Clementi semble ici anticiper, non plus sur Beethoven, mais sur les romantiques des années 1820. Mélodies cantabile, en tierces ou en sixtes, nous voici déjà au xixe siècle, près du premier Chopin. Pour autant, Clementi n’oublie pas d’où il vient et les mouvements vifs brillent parfois d’une vivacité toute scarlattienne. Paradoxe d’un compositeur qui semble regarder à la fois en avant et en arrière, ce qui lui a certainement nui.
Avec les Sonates op.33 (Londres, 1794) et 34 (Londres, 1795), la formule de la sonate « clementienne » semble fixée. Chaque œuvre est désor­mais d’une certaine ampleur, la qualité et l’inventivité de l’écriture sont proches de ce qui se fait de plus original ailleurs en Europe. C’est le cas des Opus  40 (Londres-Paris, 1802) et 41 (Vienne, 1804). On sent le compositeur tiraillé entre un besoin d’expressivité et d’effets romantiques et un souci de rigueur d’écriture qui transparaît dans la dédicace des trois Sonates op. 50 (Londres, 1821) à l’austère Luigi Cherubini (1760-1842). La Sonate en sol mineur op.50 n°3, est intitulée Didone abbandonata, thème cent fois traité à l’opéra.
Dès les années 1790, on peut parfois qualifier la musique de Clementi de préclassique. Encore en 1794, il compose par exemple une Sonata « quasi-concerto » en ut majeur (op.33 n°3) dont existent deux versions, avec ou sans orchestre.

Prémices du romantisme

Cela montre qu’à l’époque où Mozart avait déjà achevé sa carrière et alors que Beethoven composait ses premiers concertos, Clementi n’avait pas encore nettement séparé les deux genres. Les Grandes Sonates op.40 et 50 du début du xixe siècle, ont fait l’admiration de Beethoven. Par la suite, on peut le qualifier de compositeur préromantique, annonçant le cantabile des Nocturnes de Field.
Son répertoire symphonique connaît d’ailleurs une évolution comparable à celle du piano. Poussé vraisemblablement par les exemples de Haydn et de Beethoven, il compose de belles symphonies en Angleterre, injustement négligées de nos jours. Il participe d’ailleurs en 1813 à la création de la Philharmonic Society qui deviendra plus tard le London Philharmonic Orchestra.
Toutefois, son ouvrage longtemps resté le plus célèbre et même le seul vraiment connu, est le Gradus ad Parnassum op.44, recueil d’études pour piano couvrant tous les niveaux, depuis le débutant jusqu’au virtuose. L’ensemble comprend cent morceaux et fut publié en trois livraisons entre 1817 et 1826. Le titre n’était d’ailleurs pas de lui et avait déjà été employé par Johann Joseph Fux, dans son célèbre recueil de 1725. Un siècle après Clementi, Bartók reprendra un projet identique avec les Mikrokosmos et Debussy lancera un clin d’œil ironique au recueil de Clementi dans la première pièce de Children’s Corner, Doctor Gradus ad Parnassum [sur notre CD plage 7, cahier de partitions page XIV]. Trop souvent, le musicien italien sera considéré comme un petit maître et un spécialiste de l’étude pédagogique. Quelle méconnaissance ! Car bon nombre de ses partitions relèvent de la plus authentique musicalité, quelque part entre Mozart et Chopin.


LES INTERPRÈTES DE CLEMENTI

Inutile de chercher. Vos pianistes préférés, Claudio Arrau, Rudolf Serkin, Clara Haskil, Alfred Brendel, Maurizio Pollini, Vladimir Ashkenazy, Samson François, que sais-je encore n’ont jamais joué ou enregistré Clementi. Situation exceptionnelle d’un compositeur de premier plan, déserté par presque tout le monde !

Sauf un, et non le moindre. La légende rapporte que Madame Horowitz (née Wanda Toscanini, comme on le sait et dont le père s’y connaissait en musiciens italiens !) offrit un jour à son mari une édition des œuvres de Clementi. Horowitz se passionna et se décida à inclure des sonates de Clementi dans ses programmes et même d’en enregistrer quelques-unes, assez peu nombreuses en vérité : l’op 14 n°3, op.26 n°2, 33 n°3 (« Quasi concerto »), op.34 n°2, op.47 n°2, à quoi s’ajoutent, bizarrement des mouvements de sonates, comme si l’interprète avouait que la sonate entière n’était pas assez intéressante.


Dossier Clementi


L’interprétation d’Horowitz vaut pour son brio sec, net et précis, son engagement expressif toujours réservé, un peu les mêmes qualités que l’on trouve dans ses enregistrements de Scarlatti.

Après lui, comme on l’a vu, peu d’interprètes de premier plan se sont risqués à interpréter Clementi. On trouve une sonate dans un récital anglais d’Arturo Benedetti Michelangeli (BBC Legends). Maria Tipo a enregistré seulement deux Sonates (op.8 n°1 et 25 n°1), une lecture sobre et élégante comme toujours.


Dossier Clementi
    
Dossier Clementi


Mais c’est avec l’avènement du disque compact que l’on a pu aller plus loin dans le conanissance de l’œuvre. Costantino Mastroprimiano a commencé chez Brilliant Classics une intégrale sur pianoforte. Toujours sur instrument ancien, et sans prétendre à l’exhaustivité Andreas Staier (3 Sonates et pièces diverses chez Teldec), Liv Glaser (Simax), Susan Alexander-Max (Sonates de jeunesse en 3 vol. chez Naxos), Jos van Immerseel (Accent), Gert Hecher (Dorian), Laure Colladant (Mandala) ont visité ce répertoire.

Quant au piano « moderne », on dispose aujourd’hui de deux intégrales achevées par Pietro Spada (Arts), spécialiste de la musique italienne pour piano qui saisit justement la place de la musique de Clementi, entre classicisme et romantisme, révélant une importante tradition italienne méconnue, de Galuppi à Cherubini. 18 CD incluent les pièces autres que les sonates.





Dans un style plus brillant, voire grandiose, l’intégrale de Howard Shelley chez Hyperion (12 CD seulement, mais il a enregistré les Caprices à part) donne une image sensiblement différente du compositeur, qui semble ici anticiper sur la virtuosité du XIXe siècle. On trouvera encore diverses gravures sous les doigts de Tanya Bannister (Naxos), Olivier Cavé (Æon), Nikolaï Demidenko (Hyperion), Stefan Irmer (MDG), Sandor Szokolay (Naxos), Veronika Kuzmina (op.13 n°6, Arte vero, disponible seulement sur Internet).

Que retenir de cette discographie ? Assurément, le disque-compact a permis à d’excellents pianistes, fins musicologues et découvreurs passionnés de raretés de se faire un nom, alors même que leur surface médiatique restait modeste. En outre, le retour des instruments d’époque a permis au pianoforte de se valoriser dans ce répertoire. Loin des concerts à « chevaux de bataille », on peut, grâce au disque et à des interprètes brillants et engagés, pénétrer au cœur de l’histoire du piano. Découvrir Clementi, c’est aussi apprendre à mieux connaître et apprécier Mozart et Beethoven.



MUZIO CLEMENTI EN QUELQUES DATES
1752 Naissance à Rome, le 23 janvier

1767 Installation en Angleterre
1774 Directeur de l’Orchestre du King’s Theater de Londres
1779 Publication des premières sonates (Opus 2)
1780 Tournée en Europe en tant que virtuose
1781 Célèbre joute avec Mozart, à Vienne, le 24 novembre
1783 Seconde tournée en Europe
1790 Arrêt de l’activité de pianiste, début de celle d’enseignant
1796 à 1830 Carrière d’éditeur, d’enseignant et de facteur d’instruments.
Déplacements dans toute l’Europe

1813 Cofondateur de la Philharmonic Society à Londres
1817 à 1826 Parution des trois volumes du Gradus ad Parnassum
1832 Décès à Evesham dansle Worcestershire, le 10 mars.
Obsèques nationales et enterrement à Westminster Abbey

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