Espace Pédagogie

Les conseils d'Alexandre Sorel

26 juin 2015 | 17H58
CHOPIN : MAZURKA OP. 67 N° 4

Les conseils d'Alexandre Sorel

26 juin 2015 | 17H58
CHOPIN : MAZURKA OP. 63 N° 3

Les conseils d'Alexandre Sorel

26 juin 2015 | 17H58
BACH : FANTAISIE CHROMATIQUE BWV 903
Nos Partenaires

MUSÉE WÜRTH

Festival Piano au Musée Würth du 28 octobre au 6 novembre 2016.
Logo de notre partenaire MUSÉE WÜRTH

SALLE COLONNE

Pianiste enregistre ses DVD dans ce lieu unique de répétitions et de concerts à Paris.
Logo de notre partenaire SALLE COLONNE

COLIN LAURENT

Réalisation et captation de tout projet musical, en France et à l'étranger, pour DVD, web ou TV.
Logo de notre partenaire COLIN LAURENT
Pédagogie / Les conseils d'Alexandre Sorel / LUDWIG VAN BEETHOVEN : SONATE N°5 EN UT MINEUR OP.10 N°1 (1ER MVT)
Pédagogie
Supérieur

LUDWIG VAN BEETHOVEN : SONATE N°5 EN UT MINEUR OP.10 N°1 (1ER MVT)

Par Alexandre Sorel / Vendredi 3 mai 2013 / Pianiste Magazine N°80 - MAI-JUIN 2013
Agrandir l'image :
Diminuer la taille des caractères de l'article : LUDWIG VAN BEETHOVEN : SONATE N°5 EN UT MINEUR OP.10 N°1 (1ER MVT) Augmenter la taille des caractères de l'article : LUDWIG VAN BEETHOVEN : SONATE N°5 EN UT MINEUR OP.10 N°1 (1ER MVT) Imprimer l'article : LUDWIG VAN BEETHOVEN : SONATE N°5 EN UT MINEUR OP.10 N°1 (1ER MVT)
Imprimer
Partager sur les réseaux sociaux l'article : LUDWIG VAN BEETHOVEN : SONATE N°5 EN UT MINEUR OP.10 N°1 (1ER MVT)
Partager
S'abonner au flux RSS de Pianiste Magazine Voter pour l'article : LUDWIG VAN BEETHOVEN : SONATE N°5 EN UT MINEUR OP.10 N°1 (1ER MVT)
Voter (0)

Chaque sonate de Beethoven est l’œuvre d'un bâtisseur. Alfred Brendel note que "Schubert compose comme un somnambule, Beethoven comme un architecte". Pour parvenir à jouer cette musique, il est donc essentiel d'en comprendre la logique et la forme. Cette construction n'est pas en conflit avec l'émotion, elle la sert. Elle détermine les nuances, les inflexions, les variations de tempo, la respiration interne. Elle en constitue la Urlinie, et l'Ursatz, comme dirait le musicologue Heinrich Schenker.1 Le maître mot d'une première approche de l’œuvre est donc d'abord la compréhension du contenu, à savoir des thèmes, des tonalités, des harmonies et des rythmes.


MES. 1-4 Exposition et premier thème

Dans ce thème farouche et typiquement Beethovénien, le contraste est évident entre deux éléments : le "coup de poing du destin" (représenté par l'accord isolé, suivi du rythme "croche pointée-double"), puis la supplique piano, qui figure l'abattement. Dans le premier élément, mettez impérativement les doigtés qui préparent la main droite à jouer l'aigu (le 2e). Un mauvais doigté peut gêner et conduit à répéter les mêmes fautes durant des années. Contractez votre diaphragme (comptez intérieurement) afin que le rythme soit précis. Dans le motif qui monte, redescendez imperceptiblement votre poignet sur le sol, afin de vous caler sur le premier temps de la deuxième mesure (3e doigt). Sur les notes précédentes, laissez "remonter" votre poids. Anticipez par le geste. Diminuez la fin du motif (le mi très aigu) même s'il tombe sur le temps fort et dans la nuance f.

Dans le second élément (suppliant), dosez l'étagement des sons. Faites sonner la partie la plus aiguë en appliquant le poids sur do, do, si. Écoutez-vous. Cette partie est seule à "lutter" contre trois notes en dessous. Rendez ferme votre 4e doigt, depuis le métacarpe. Atténuez ce qui est en dessous en relaxant vos autres doigts.






MES. 13-16

Dans ce petit motif secondaire, qui semble "secouer le joug du destin", mettez les doigtés qui permettent de lier. Examinez en détail les accents demandés par Beethoven et les minuscules gestes permettant de les exécuter. À gauche, il faut redescendre un peu sur le premier temps, afin de faire sentir la mesure à trois temps. Mais à la main droite, les gestes ne sont pas identiques au même moment. Il faut par conséquent redescendre sur les syncopes. Exercez cette indépendance gestuelle. Par ailleurs, mi bémol et la bémol sont des touches noires (en hauteur sur le clavier). Veillez à ce que, pour pouvoir redescendre, votre poignet soit très en hauteur sur la note qui précède cette syncope.






MES. 32-36 Le motif de quatuor

Beethoven écrit ici sous forme de quatuor vocal (basse, ténor, alto, soprano). Sachez chanter chaque voix, afin de bien l'avoir dans l'oreille. Puis jouez en tenant le fond de la touche pour maintenir chaque blanche pointée jusqu'à son terme, sans vous aider de la pédale. Agissez comme si vous étiez le premier violon de ce quatuor. Exigez de vos "collègues" qu'ils jouent moins fort que le soliste. Pourtant, l'alto, le ténor, doivent aussi nuancer leur ligne, cela est essentiel. Par exemple, mesure 46, à l'endroit du soufflet d'intensité, amenez impérativement cette intention en jouant plus fort le fa à l'alto (joué par le pouce) et le si bémol (la basse). Enfin ici encore, sentez le problème lié au relief du clavier : mesure 34, le la bémol au pouce (partie d'alto) est une touche noire, en hauteur (de même que le bémol, à la mesure 42). Malgré ce relief, jouez ces notes nettement en redescendant, en pesant de haut en bas.







MES. 56- 59 Deuxième thème de la forme-sonate

Ce thème de huit mesures présente une certaine analogie avec le premier thème de l'Opus 110 (Sonate n° 31 en la bémol majeur). Il le préfigure, comme si les sonates de Beethoven étaient un cycle. On pense ainsi aux autoportraits de Rembrandt (il en peignit plus de quatre-vingts tout au long de sa vie !).

Le deuxième thème procède d'une construction de type "ouverture-fermeture", analogue à celle du thème de la Fantaisie en ré mineurde Mozart que nous avons étudiée récemment.

Dans les deux premières mesures (56-57), le thème procède de la nouvelle tonique. Il est "posé" ou "fermé". Dans les deux mesures suivantes, la musique "s'ouvre", grâce à l'harmonie suspensive.



MES. 60-61

Tandis que l'harmonie demeure "en suspens", le deuxième membre de la phrase s'élance. Les mesures 62 et 63 aboutissent sur l'expiration. Tout notre corps qui respire avec ce schéma de tension-détente, doit s'en imprègner. Suspendez corporellement les quatre mesures centrales de ce thème, tout en accroissant l'intensité sonore vers le centre de la phrase. Il y a donc conflit. Pour le maîtriser, il faut jouer plus intensément vers le mibémol de la mesure 58, mais sans pour autant écraser l'harmonie vers le bas ! Le grand beethovénien Arthur Schnabel accordait beaucoup d'importance aux carrures de mesures, liées à l'harmonie et à la thématique. Il affirmait : "Je dois savoir en avance durant combien de temps je vais devoir jouer, si cela est pour six, ou huit, ou douze mesures."2

Par ailleurs, une exécution vivante et sentie de la main gauche est la clé technique pour jouer ce passage. Afin de rendre vivantes vos basses d'Alberti, distinguez nettement deux plans sonores dans cette main gauche. D'une part, les notes des temps qui forment une ligne mélodique (apprenez-la séparément et surtout nuancez cette voix). Par ailleurs, nous avons le si bémol obstiné, toujours rejoué par le pouce. D'autre part, en exécutant les deux voix ensemble, veillez à ne pas "coller" vos basses. Repliez vos doigts externes de la main, afin de pouvoir donner aussi son poids au ténor (pouce). Ne les laissez pas traîner. Une main ramassée risque toujours de moins se crisper. Écoutez en premier lieu votre main gauche, même si elle ne doit pas être prédominante.






MES. 76-77

Ces arpèges brisés évoquent les hémioles que nous avons déjà décelés dans l'Intermezzo de Brahms. Remarquez le phrasé de cet arpège. Suivez ces groupements de notes qui montent, en vous affranchissant des temps forts et faibles de la mesure, sinon vous ne pourrez jamais être à l'aise dans ce passage. Notez aussi que ces groupes sont inégaux. Ils comprennent d'abord trois, puis quatre et cinq notes. Cela donne une déclamation un peu saccadée. Elle est due à l'écriture et révèle une intention manifeste de Beethoven : celle de suggérer un effort, une peine. Nous nous "hissons" avec souffrance jusqu'au mi.

Agissez de même dans la réexposition, à chaque fois qu'apparaissent les arpèges (mesures 241 et 242... 245 et 246, ainsi que mesures 253 et 254).







MES. 118-129

Un nouveau motif apparaît dans ce développement. Étudiez soigneusement votre main gauche en basse d'Alberti, comme précédemment décrit. Elle doit être parfaitement rythmée, balancée et nuancée. Respectez les doigtés qui permettent d'anticiper la position suivante3. Par ailleurs, pour être libre de chanter à l'aise dans ce motif, ne négligez pas de sentir et d'écouter les parties internes, à savoir la note la plus grave de chaque octave de la main droite (jouée par le pouce) ainsi que la note obstinée, la quinte de l'accord, jouée par le pouce gauche (do). Si vous n'entendez pas vos parties internes, la main perd toute stabilité dans le clavier et s'affaisse vers les cinquièmes doigts. Que l'on soit chef d'orchestre ou pianiste, il est essentiel de contrôler aussi les parties centrales de la masse musicale. Cela est capital pour que la main trouve son assise, pour la technique et indirectement, pour la mémoire. Exercez vos octaves pouce seul. Sentez ce doigt "sur sa tranche" avec un contact maximum, résistez là où il s'attache à la main. Le même dessin est ensuite exposé à la quinte inférieure. Insistez sur le "nœud" qui contient le tournant modulant (mes. 127). Respectez les doigtés. Afin de ne pas vous tromper, détaillez la modulation, ne pressez pas.









MES. 151-156

À partir de la mesure 151, l'écartement entre les deux mains est de plus en plus accentué, l'une allant vers l'extrême aigu, l'autre vers l'extrême grave. Cela est typique de l'écriture de Beethoven, spécialement dans ses dernières sonates. Il faut y voir une métaphore, celle d'une distorsion entre sa volonté et la réalité qui l'accable. Le point extrême de cet écartèlement survient à la mesure 154, à la faveur d'un ffexpressif et rageur. Amenez cette nuanceégalement à la main gauche et avec les parties secondaires. Pour exécuter tous les accents, les sf, ces accords notés fou ff, usez impérativement de la technique dont nous avons parlé précédemment : préparez les accents par le geste, en allégeant avec souplesse le poids de la main ou du bras sur les notes précédentes, en laissant remonter la main d'elle-même, tout en tenant les touches abaissées. C'est cette anticipation par le geste, cet allégement préalable, qui vous permettra non seulement de mieux entendre la musique à l'avance, mais, simultanément, de peser sans effort, au moment voulu sur la note importante, afin d'obtenir un son ample, viril et sans dureté.

Terminons en remarquant que, compte tenu de l'attraction terrestre qui nous aspire vers le sol, il est toujours plus facile de descendre que de monter, car, en somme, il suffit d'abandonner le poids à la terre. En conséquence, pianistiquement parlant, je pense qu'il faut se soucier prioritairement d'alléger notre poids sur les notes musicalement légères, ou sur celles qui précèdent l'accent. Car alors, attirées par le socle de la terre, les notes fortes s'exécuteront presque sans effort, mais avec une intelligence musicale...





Abonnez-vous
à Pianiste
Notre expert
Photo de l'expert Pianiste Magazine : Alexandre Sorel
Alexandre Sorel
Passionné par la pédagogie, professeur au Conservatoire de Gennevilliers, j’ai créé une collection intitulée « Comment jouer » (Ed. Symétrie). J’enregistre aujourd’hui le CD joint à Pianiste, choisis et commente les œuvres proposées. Je cherche sans cesse à jouer avec plus de sûreté – en quête de justice rendue à l’œuvre –, de beauté et d’émotion. Amoureux du génie de Chopin, je demeure convaincu, à l’instar de sa pensée, que « technique » et art de la déclamation musicale vont de pair. C’est pourquoi je ne cesse de m’interroger sur la technique et la musique elle-même, de mettre en pratique cette belle phrase de Schumann : « On n’a jamais fini d’apprendre. »...
Autres experts
LES OFFRES DE PIANISTE
Retrouvez PIANISTE soit en Magazine ou sur Ipad ou sur Iphone

Abonnez-vous à Pianiste



Retrouvez tous les numéros de Pianiste ou abonnez-vous au magazine

Les DVD leçon de Piano

La boutique Pianiste


Retrouvez les DVD "leçons de Piano" par Pianiste et notre sélection de CD et DVD

 
  Retrouvez-nous sur smartphone et tablette
Déjà abonné ? Accédez à votre espace et gérez votre abonnement
Google Play App Store

Les sites du réseau Groupe Express-Roularta :

Copyright © 2011-2017 PIANISTE MAGAZINE | Nous contacter | Plan du site | Mentions légales | Charte de l'utilisateur | Publicité
Powered by Walabiz