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Compositeurs / Romantiques / ROBERT SCHUMANN : LES ILLUSIONS DE LA JEUNESSE

Portrait

ROBERT SCHUMANN : LES ILLUSIONS DE LA JEUNESSE

Par Marc Bosmans / Jeudi 16 avril 2015
Agrandir l'image : Robert Schumann vu par le lithographe J. Kriehuber (Vienne, 1839).
Robert Schumann vu par le lithographe J. Kriehuber (Vienne, 1839). © Lebrecht/Rue des Archives
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L'enfance est venue tard dans l'histoire de la musique. Sujet inépuisable, mais qui ne s'adresse pas toujours aux plus jeunes. Chez Schumann, c'est bien le regard de l'adulte qui s'impose.

Certes, au XVIIIe siècle, de nombreux compositeurs ont écrit des pièces pour les commençants, mais c'étaient là des morceaux techniques adaptés aux enfants. L'enfance elle-même restait en dehors du champ créatif des compositeurs. Chez Couperin, on trouve bien un commencement d'intérêt pour la question dans des pièces comme Le Dodo ou l'amour au berceauou bien la série des Petits Âges, mais la manière de traiter le thème est encore objective et extérieure.


De même à l'époque classique, on chercherait en vain une évocation de l'enfance vue de l'intérieur. Mozart lui-même, qui fut l'enfant-musique, nous y reviendrons, ne nous dit rien sur la question et Beethoven encore moins. Plus tard, notamment en France, l'enfance bourgeoise et bien peinte, à la manière de la Comtesse de Ségur, deviendra un thème favori chez Bizet (Jeux d'enfants), Séverac (En vacances), Fauré (Dolly), Debussy (Children's Corner), Ravel (Ma mère l'oye), Cras (Âmes d'enfants), sans oublier Satie (Enfantillages pittoresques). Mais dans tous les cas, si l'enfance est abordée avec amusement et attendrissement, on reste à l'extérieur.


Rêverie indéterminée

Avec Schumann, seul en son cas, on la perçoit de l'intérieur. On peut à ce propos se rappeler la phrase de Baudelaire : "Le génie, c'est l'enfance retrouvée à volonté".Elle ne s'applique peut-être pas complètement à Schumann en ce qu'il n'est pas certain que chez lui, la volonté soit vraiment entrée en action (mais la culture et le savoir d'un adulte certainement). Au poète Rellstab pour qui les Scènes d'enfants représentaient des instantanés de vie puérile, Schumann répliqua que c'était tout le contraire. Pas de jolies photos comme dans les Jeux d'enfants de Bizet mais la sensibilité d'un jeune adulte (il est âgé de 28 ans quand il les compose) dont la sensibilité est restée celle d'un enfant - c'était peut-être la source des inquiétudes de Friedrich Wieck, soucieux de voir sa chère Clara épouser un homme immature.


Tout au long de sa carrière, Schumann multipliera les références à l'enfance. Ce sont évidemment les Kinderszenen (Scènes d'enfants) op. 15 (1838),l'Album pour la jeunesse op. 68 (1848), les Trois Sonates pour la jeunesse op. 118 (1853), le Kinderball (Bal d'enfants) op. 130(1853). Mais on pourrait citer aussi les Papillons op. 2, les Davidsbündlertänze, le Carnaval op. 9, le Blumenstück op. 19 (intraduisible mais littéralement "Morceau fleuri"), le Carnaval de Vienne op. 26, plus ou moins traversés par cette veine enfantine qui n'appartient pas seulement à Schumann mais au Romantisme allemand.


Schumann, on le sait, fut plus proche que n'importe quel musicien de ce courant de pensée poétique, philosophique et parfois quasi illuministe, si différent du romantisme rationnel et militant de Hugo, Lamartine ou George Sand. Pour parodier le titre du célèbre ouvrage d'Albert Béguin, l'âme romantique (allemande) est proche du rêve. Plus précisément de la rêverie. Et l'enfance est l'âge de la rêverie indéterminée. Pour certains Romantiques allemands, c'est l'âge "intermédiaire entre les époques disparues et la vie actuelle". Pour Novalis, "là où il y a des enfants, là règne l'âge d'or".Comme si l'enfant était, au sens strict, le médium de tout un passé révolu, la porte d'accès à un âge mythique. Le peintre Philipp Otto Runge (1777- 1810) a peint des paysages irréels peuplés d'enfants. Seuls les enfants sauraient bien habiter cette nature idéale, antérieure à la civilisation moderne. Schumann a baigné dans cette culture, qui était aussi celle de Jean Paul Richter, le poète de Bayreuth, l'auteur des Flegeljahre (que l'on peut traduire par "Les Années de l'immaturité", ou plus cyniquement "L'Âge bête") dont les Papillonsseraient comme la transposition sonore.


Une planche de salut

On comprend ainsi que Schumann ait idolâtré Mozart, peut-être jusqu'à l'incompréhension de sa véritable nature. Car enfin, Mozart n'eut pas toujours 6 ans et Don Giovanni, Cosi fan tutte ou le Requiem, tout comme le Concerto en ré mineur ou la Symphonie "Jupiter" n'ont rien d'enfantin. Reste que Schumann, comme l'écrit Marcel Brion "salue dans Mozart quelqu'un qui a eu le bonheur de ne pas prendre congé de son enfance". Lui-même, par sa culture, sa science, et la simple évolution commune du langage musical, en a été arraché de force et l'on pourrait interpréter les "enfantines" de Schumann, Kinderszenen, Album et Sonates pour la jeunesse comme une tentative de retrouver la Kunstruhe (l'art apaisé, opposé à l'art critique et tourmenté des Romantiques) du compositeur de La Flûte enchantée. Pour le Schumann de 1838, l'enfance est une planche de salut. Non pas sa propre enfance, qui ne fut pas malheureuse, en dépit de la défiance de ses parents à l'égard de la musique, mais de l'enfance telle que la conçurent Novalis ou Jean Paul : un monde d'avant le monde auquel nous rattache, comme l'écrit Jean Paul, la "magique obscurité des souvenirs".


Relativement accessibles aux pianistes amateurs avertis, faciles d'accès à l'auditeur, très connues, les Scènes d'enfants (Kinderszenen, op. 15)peuvent prêter à des malentendus. Il ne s'agit en rien de pièces destinées à de petits pianistes. Composées au plus fort du conflit qui l'oppose à Friedrich Wieck, au cours duquel il crut un moment que Clara lui échapperait, elles témoignent d'un retour vers l'enfance en temps de crise. Au moment décisif où il va devenir un homme, où il entre dans un conflit d'homme et désire se marier, c'est vers l'enfance qu'il se retourne. Schumann a conçu cette suite de treize pièces brèves comme un cycle. Au commencement, il y a "des pays et des hommes étrangers",un thème tout simple, d'une tendresse inouïe. Suivent une dizaine de pièces de caractère, dont les titres précisent le sens mais qu'il vaut mieux aborder sans image préconçue. Peu importe "Le Chevalier au cheval de bois" ou "Curieuse histoire", Schumann compose une musique de l'innocence, la musique de sa propre quête. La fameuse Rêverie marque ce point où le compositeur, par une économie musicale extrême a atteint son but, donner une forme sonore à sa propre rêverie. À la fin, après dix pièces de caractère, "L'enfant s'endort" et "Le Poète parle". Le son se fait plus rare, plus lent, et invite doucement à la rêverie. Bien que la lettre des Scènes d'enfants n'ait rien de mozartien, l'esprit en est "kunstruhig", serein et intérieur.


L'année suivante, Schumann compose son Blumenstück op. 19. Contemporain de l'achèvement de la Fantaisie en ut op. 17, ce "morceau fleuri" rappelle l'Arabesque par son sens mélodique et son caractère avenant et délicatement "romantique", au sens le plus simple du terme. La forme est pourtant plus sophistiquée qu'on ne le croirait. Il s'agit d'un rondo de forme très libre, en neuf très brèves sections, dont la deuxième fait fonction de refrain. Les sutures entre chaque section sont très discrètes, tant Schumann sait varier les thèmes en leur donnant à tous un caractère commun. Mais surtout, loin de la grande forme et du caractère grandiose de la Fantaisie, ce morceau relativement bref évoque lui aussi un paysage idyllique et paisible comme Runge en peignait.


Six des huit enfants de Robert et Clara Schumann


Photo : Lebrecht/Rue des Archives


Dans l'esprit mozartien

En 1848, Schumann, par ailleurs occupé à d'importants projets comme Manfred ou l'opéra Genoveva, réunit quarante-trois petites pièces composées au cours des années précédentes et les publie sous le titre d'Album pour la jeunesse op. 68, en deux sections (pour les plus petits, pour les plus avancés). À l'époque, il est le père de trois filles dont l'aînée à 7 ans, un petit garçon est mort en bas âge, un autre vient de naître, deux sont encore à venir. Au contraire des Scènes d'enfants, ce recueil est vraiment destiné aux petits pianistes et ne comporte guère de difficulté particulière, surtout dans la première partie. Il connaîtra d'emblée et connaît encore de nos jours un succès exceptionnel. Liszt avouait que ses propres enfants ne s'en lassaient pas. Le miracle de l'Album, c'est qu'avec des moyens techniques très simples, Schumann a réellement fait du Schumann, prolongeant et même affinant la quête commencée dix ans plus tôt avec les Scènes d'enfants. La nécessité de simplifier au maximum le discours musical l'a renvoyé, pourrait-on dire, à l'esprit mozartien. Non que ces petites pièces semblent un pastiche de la Sonate facile ou de la Tartine de beurre. Schumann ne fait pas du simili-Mozart, mais il retrouve la simplicité de ligne et d'harmonie, la matière aérée dont était composée la musique de Mozart.


Mine de rien, les pièces de l'Album sont aussi de petites études techniques. Par exemple, le n° 14 (Petite Étude) permet de travailler la continuité des deux mains, comme dans le Prélude en ut majeur du Livre I du Clavier bien tempéré ;dans le n° 26 (sans titre), la mélodie et l'accompagnement passent en alternance aux deux mains... Si l'on s'en tient aux titres, ils composent tout un catalogue de menues mythologies enfantines Biedermeier (Le Pauvre orphelin, Le Gai laboureur, Le Cavalier farouche, La Chanson de printemps, Le Petit Promeneur matinal, Premier Souci...).

Schumann a "oublié" parfois de mettre un titre ou utilise un titre neutre et technique (Petit Morceau, Petite Étude), comme pour faciliter l'abandon à la rêverie. Ces pièces ne sont pas les moins émouvantes.


Dramaturgie de l'innocence

L'Album pour la jeunesse déclencha chez Schumann, dont la santé commence déjà à donner quelques signes de faiblesse, un retour vers l'enfance et la jeunesse. Toujours en 1848, il publie le recueil de Lieder pour enfants (Liederalbum für die Jugend) op. 79, un recueil à quatre mains, Bilder aus dem Osten (Images d'orient) op. 66.L'année suivante, au milieu d'une floraison de chefs-d'oeuvre aboutis, Douze Pièces à quatre mains pour petits et grands enfants op. 85, en 1851 les Ballszenen (Scènes de bal) op. 109,en 1853 le Kinderball (Bal d'enfants), également à quatre mains. Les deux derniers recueils sont une suite de danses nationales destinées à des pianistes très solides. Ces pièces oscillent entre l'esprit de l'Album pour la jeunesseet l'esprit de certains cycles déjà anciens, Papillons, Davidsbündlertänze, Carnaval de Viennequi, s'ils ne sont pas proprement enfantins, évoquent parfois une dramaturgie de l'innocence et de l'insouciance.


En 1853, la dernière année créative du compositeur qui sombrera ensuite dans la maladie mentale, il compose les trois Sonates pour la jeunesse op. 118, dédiées à ses trois filles Marie (12 ans), Elise (10 ans) et Julie (8 ans). La Première Sonate, en sol majeur, est dédiée à Julie. C'est la plus courte et la plus simple. Elle débute par un Allegro de sonate de forme très classique. Le Thème et Variations qui suit se fonde sur une mélodie très simple dont les variations ne s'éloignent guère. La Berceuse de la poupée est curieusement vive et l'on y retrouve en miniature l'esprit humoresque de Schumann. Le Rondolettofinal, au joli thème allant, possède les caractères d'un fantasque scherzo.

La Deuxième Sonate en ré majeur, est celle d'Élise. Là, c'est du sérieux. Le premier Allegrodès son thème initial, qui reviendra de manière obsédante possède quelque chose de beethovénien. Mais l'élan rythmique, les harmonies sont bien schumanniens. Le Canon qui suit est une étude contrapuntique aussi brève que vive, tandis que le Chant du soir rappelle tant de beaux lieder romantiques. Le finale, intitulé "Réunion d'enfants",suppose chez la petite fille de solides qualités. Ecrit dans une sorte de mouvement perpétuel, il offre de jolies embûches quant à la régularité, la précision du toucher, la polyphonie et l'harmonie.


La Troisième Sonate en ut majeur,pourtant dédiée à Marie, l'aînée, est moins exigeante. Elle s'ouvre sur un Allegrodans le tempo d'une marche, d'un caractère assez schubertien. L'Andante, au thème entrecoupé de nombreux silences, retrouve l'esprit d'une rêverie. L'épisode central, avec son parcours harmonique un peu bizarre renforce cet aspect onirique. La Danse tzigane fait office de scherzo aux rythmes un peu déhanchés. Le finale ("Rêve d'enfant") revient à la forme-sonate avec un très joli thème initial. À deux reprises, le premier thème de la Sonatede Julie interrompt le mouvement de la grande soeur qui s'achève par une brévissime et puissante coda.


Ces trois sonates, plus que l'Album, marquent le point de rencontre entre une écriture solidement ancrée dans le classicisme mais discrètement romantique, une technique pianistique "en cours d'acquisition" mais qui gagne à avoir déjà été forgée grâce aux pièces de la deuxième partie de l'Album. Mais surtout, au moment de faire le grand saut, au moment où il affirme la nécessité de "créer tant qu'il fait encore jour",Schumann semble s'accrocher avec humour à l'esprit d'enfance qui l'aura animé toute sa vie, mais dont les séduisantes illusions ne l'ont pas protégé de la vie réelle, des échecs professionnels, de la folie et de la mort.

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