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Actualités / Interprètes / UNE JOURNÉE AVEC NELSON GOERNER

UNE JOURNÉE AVEC NELSON GOERNER

Par Stéphane Friédérich / Jeudi 5 septembre 2013
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© Jean-Baptiste Millot
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Avril 2013. Le pianiste argentin enregistre, à Berlin, un album Debussy. Nous le retrouvons dans le studio de Teldex. Une rencontre passionnante avec un discret passionné...

Photos : colinlaurent.com/Outhere-Music.


Que cette ville est immense ! L'étendue de la capitale allemande, près de dix fois la superficie de Paris, n'en finit pas de nous étonner. Déjà cinquante kilomètres depuis l'aéroport, plein sud-ouest. Des autoroutes, encore des autoroutes qui longent des forêts et des lacs. Depuis la chute du mur, en novembre 1989, année après année, les quartiers gagnent sur la campagne de Prusse. Le taxi stoppe dans une zone résidentielle. Quelques maisons bourgeoises pimpantes d'avant-guerre défient le temps. Une curiosité, presque, dans cette ville qui fut anéantie sous les bombes. Enfin, le panneau, petit et modeste des studios Teldex, invisibles depuis la rue. Pas vraiment Hollywood. Une longue bâtisse blanche au charme austère. Et pourtant.


Lieu magique

Teldex, ce sont les anciens studios d'enregistrement de Telefunken et Teldec Classic, repris et dirigés depuis 2002 par Friedemann Engelbrecht, Tobias Lehmann et Martin Sauer. Ce dernier est en montage de la Passion selon saint Matthieude Bach, dirigée par René Jacobs et à paraître chez Harmonia Mundi. Martin Sauer nous fait la présentation des lieux et de la philosophie de Teldex : un mélange de professionnalisme, de concentré de qualités techniques, le tout enveloppé dans une sérénité rassurante. Espace et intimité réunis. L'extrême confort sans le luxe ostentatoire. Un petit côté Mercedes très haut de gamme. Bref, le côté germanique, qui ne laisse rien au hasard et titille notre irrationalité latine. C'est sûrement ce calme provincial, dirait-on chez nous, qui séduit les habitués du lieu comme Martha Argerich, Mikhail Pletnev, Andras Schiff, Pierre-Laurent Aimard, Hélène Grimaud. 


Au cœur du studio Teldex, le Steinway & Sons de l'enregistrement.


Le plus grand des studios d'enregistrement de Teldex ressemble à une gigantesque... boîte à chaussures. Une boîte confortable de 450 m2 tout de même, haute de plafond, avec des panneaux acoustiques assez inesthétiques. La magie du son, cela ne s'explique pas. Il y a une part de hasard et de miracle dans tout cela.

Producteur, directeur artistique et ingénieur du son pour l'enregistrement de Nelson Goerner, Franck Jaffrès est encore sous le coup de l'émotion lorsqu'on lui a montré la cinquantaine de références de microphones disponibles dont certains sont aujourd'hui introuvables. J'en conclus que la mémoire auditive d'un ingénieur du son vaut bien les papilles d'un chef étoilé... On écoute les dernières prises de l'enregistrement devant une console dont il m'assure qu'elle est le "nec plus ultra". Il nous aurait affirmé qu'il s'agit du poste de pilotage d'un Airbus A380, nous n'en aurions pas été autrement surpris...


Michael Brandjes en plein réglage du piano : un travail de haute précision.


Ambiances sonores

Nous en sommes à ces réflexions, lorsqu'arrive le pianiste argentin Nelson Goerner. C'est la dernière journée d'enregistrement de son disque Debussy [l'album est, depuis, paru chez Zig-Zag Territoires, lire chronique]. Il en profite pour réaliser un film de promotion pour le disque1. Il nous présente le technicien, qui a retiré le clavier du Steinway and Sons et achève son travail sur les marteaux. Michael Brandjes est hollandais. Il est "le" responsable des pianos au Concertgebouw d'Amsterdam. Ce n'est pas le moment de le déranger. Il nous parle brièvement et de manière presque clinique de l'harmonisation, des souhaits de Nelson Goerner. Il se décrit comme un simple exécutant. Quand on sait ce que pensent de lui, Radu Lupu, Daniel Barenboïm, Maria João Pires, Arcadi Volodos, Alfred Brendel, entre autres, qui le considèrent avec admiration comme l'un des maîtres dans l'art du réglage...


Nelson Goerner n'est pas non plus avare de compliments : "Dans ce studio, j'ai eu beaucoup de chance d'être entouré d'une équipe formidable. Michael Brandjes est exceptionnellement attentif aux souhaits du pianiste. Il est incroyablement sensible. Pour exercer ce métier, à son niveau, il faut bien d'autres qualités que celles d'un simple technicien. La musique de Debussy demande un tel degré de subtilité dans la réalisation des nuances."

Le clavier a été remis en place. Nelson Goerner est au piano. Dans cette acoustique, à la réverbération si naturelle, les couleurs de Jardin sous la pluie prennent une texture boisée. "Si on me laisse le choix entre deux instruments différents, je ne choisis presque jamais le piano le plus brillant, mais en revanche, celui qui offre le plus large éventail de nuances possibles. C'est plus important que le reste, la projection du son, par exemple, qui appartient à chaque interprète et non pas au piano. Vous entendez ? Debussy affectionnait cette chaleur qu'il avait trouvée dans les Carl Bechstein de son époque."


Debussy, ici et maintenant

Depuis qu'il a remporté le Concours de Genève en 1990, le pianiste argentin mène une carrière remarquable avec une discographie déjà impressionnante. Chopin, Rachmaninov, Liszt... Pourquoi avoir choisi Debussy et ce programme qui paraît étrangement composite ? C'est dans le grand studio que nous entamons notre entretien à bâton rompu. "Pourquoi Debussy ? Toutes les oeuvres que j'ai enregistrées sont le fruit d'une longue maturation et d'interprétations en public. À un moment, je me sens prêt pour le disque. Il ne faut surtout pas laisser passer ce moment !"


J'insiste pour en savoir davantage sur le choix des pièces. Un seul Livre d'Images, un autre, le second pour les Études. Un sentiment d'inachèvement plutôt curieux. "Je joue les Études depuis longtemps, déjà lorsque j'étudiais auprès de Maria Tipo. Dans les années 90, j'avais inclus tout le second cahier en concert. Puis, je l'ai laissé de côté durant sept ou huit ans et repris à nouveau dans les années 2000. C'est un peu ma méthode : travailler intensément et laisser reposer. Les Études ne pouvaient pas être absentes du disque. L'Île joyeuse, c'est un peu différent. J'ai hésité. D'abord parce qu'elle est beaucoup jouée. " Après une courte pause, Nelson Goerner ajoute malicieusement : "On la joue surtout pour son côté démonstratif. Certes, il ne faut pas s'interdire le plaisir de la virtuosité, qui est belle lorsqu'elle est noble et que sa puissance émotionnelle nous donne des ailes. Mais, L'Île joyeuse vaut bien davantage que le morceau de concours entendu dans tous les conservatoires. C'est une œuvre solaire, qui dégage une énergie vitale et une joie, que l'on rencontre rarement à ce point dans le répertoire pianistique. Pour les trois Estampes, je garde en mémoire la version gravée par Debussy de La Soirée dans Grenade, préservée grâce à la technique des rouleaux Welte-Mignon2. Enfin, j'ai abordé plus récemment les Images en concert. Je considère L'Hommage à Rameau comme l'une de ses pièces majeures même s'il est toujours délicat de hiérarchiser les morceaux..."Pourquoi cet enthousiasme particulier pour L'Hommage à Rameau ? " Debussy synthétise avec gravité l'esprit du Grand Siècle. Il y a à la fois le recueillement et l'explosion lyrique au centre de l'oeuvre."


Nelson Goerner s'est installé sur un fauteuil dont le rouge éclatant contraste avec le silence ambiant. Nous cherchons à en savoir davantage sur son rapport avec l'œuvre de Debussy : " Vous parliez du Grand Siècle et de votre attirance pour cette esthétique... " Il m'interrompt. "Évidemment, il y a une couleur "française", mais la musique de Debussy est au-delà de toute notion d'esthétique et plus encore de nationalité. Il faut dépasser l'attrait de la couleur. Cette musique est complexe. Elle possède une sensualité cachée sous une expression pudique. Il faut montrer cela. À l'inverse d'un Rachmaninov dont l'expression ne supporte aucun ajout car elle nous est donnée déjà, noble et racée." Curieuse comparaison entre des univers qui paraissent aux antipodes l'un de l'autre. " Un point commun les réunit, explique Nelson Goerner. Tous deux, et avec Chopin, furent des interprètes de leur propre musique. Ils avaient un contact sensuel avec leurs propres œuvres. C'est ce qui explique que leurs écritures soient aussi pianistiques et possèdent une filiation évidente entre elles."


Quelques phrases musicales jouées encore. La palette sonore de l'interprète est étonnante. "Chez Debussy, le dégradé des nuances est immense. Sa musique révèle les touchers, la signature de chaque pianiste. C'est ce que j'ai toujours admiré chez les grands artistes du passé. En quelques mesures, je reconnais Alfred Cortot, Ignaz Friedman ou Samson François... Ils sont identifiables à l'oreille parce qu'ils ont été éduqués dans la culture du son, dans l'individualisation de celui-ci. Vous remarquerez d'ailleurs que la plupart de ces musiciens ont travaillé la composition. Cela signifie qu'ils ne pensaient pas seulement en pianiste."


Regret et nostalgie face à l'indifférenciation sonore d'aujourd'hui. Nelson Goerner accuse pour une part la médiatisation à outrance qui empêche l'approfondissement de l'interprète. Il le dit sans ambages : "Le culte de l'image n'existait pas pour les pianistes dont je vous parle. Aujourd'hui, le talent succombe souvent au règne de l'image, à la déformation qu'il provoque et qui n'a rien à voir avec l'art."


Exigence et intuition

Les regards échangés entre Franck Jaffrès et Nelson Goerner, casque vissé sur les oreilles, suffisent. C'est l'accord parfait, presque anti-debussyste... " Les micros ouverts, on se laisse toujours surprendre parce que l'on cherche en permanence. Mais pour obtenir ces choses infimes et imprévues, il faut que l'étude des œuvres ait été poussée à un niveau d'exigence maximal... Un exemple ? Au début deLa Soirée dans Grenade, j'ai voulu donner une intensité particulière sur une note. Ni Franck ni moi-même n'avons été convaincus. Nous sommes revenus à l'intuition première. Mais il est vrai qu'entre deux prises, on découvre des détails étonnants. "A-t-il utilisé la pédale tonale ? " Une seule fois, dans l'Hommage à Rameau des Images. Dans le climax central, il y a un sol tenu à la basse. L'éclairer avec la pédale tonale libère le son. "


Le directeur artistique Franck Jaffrès et Nelson Goerner en pleine écoute...


Mais, au fait, comment a-t-il découvert la musique de Debussy ? "Comment tout le monde, si je puis dire : avec Clair de lune et les Deux Arabesques. Je les ai jouées avec ma sensibilité d'enfant. Les Préludes du Premier cahier sont venus plus tard. Mais à 15 ans, je savais que cette musique était spéciale et qu'elle aurait toujours une place de choix dans mon répertoire, parce que quand vous jouez à l'adolescence Ce qu'a vu le vent d'Ouest, Les Sons et les Parfums, Danseuses de Delphes, c'est un univers incroyable de suggestions, une puissance inconnue qui s'ouvre à vous."



C'est aussi cette expérience que Nelson Goerner transmet aujourd'hui à ses élèves. " Chez Debussy, les références à des expressions sensitives et culturelles sont explicites. Plus large sera l'horizon culturel d'un jeune musicien, plus il sera capable d'enrichir son jeu. Certains jeunes possèdent, ce qui est très rare, un instinct que n'auront pas des adultes ou au prix d'un travail forcené. Ils ont une sorte de grâce. Dans tous les cas, il est essentiel de bien orienter un musicien dans le choix de son répertoire. Ce choix déterminera toute sa vie d'artiste future."

Stéphane Friédérich


1. La vidéo est consultable sur le site www.colinlaurent.com

2. Le système Welte-Mignon, inventé en 1904 par la firme Welte & Fils, de Fribourg, est simple, mais le procédé de restitution particulièrement complexe ! Les rouleaux perforés de l'époque ont capté le toucher, le jeu des pédales et les nuances les plus fines. Aujourd'hui, ces témoignages sont transférés numériquement sur des pianos de concert. On entend ainsi dans un confort d'écoute optimal les "Children's Corner" et quelques "Préludes" par Debussy, ainsi que "La Soirée dans Grenade" et "La Plus Que Lente". Des témoignages qui datent de 1912.



NELSON GOERNER EN QUELQUES DATES


1969 Naissance à San Pedro, en Argentine

1974 Débute l'étude du piano avec Jorge Garruba, puis Juan Carlos Arabian et Carmen Scalcione

1980 1er récital public à San Pedro

1986 1er Prix du Concours Liszt de Buenos Aires. Études auprès de Maria Tipo au Conservatoire de Genève

1990 1er Prix du Concours de Genève

1993 Premier enregistrement (Rachmaninov chez Cascavelle)

1997 1er disque pour Emi Classics (Chopin)

2013 Album Debussy pour Zig-Zag Territoires


NELSON GOENER EN CONCERT


Les 21 et 22 octobre, Salle Pleyel, Paris. Concertos pour 2, 3 et 4 pianos de Bach avec Martha Argerich, Frank Braley, Khatia et Gvantsa Buniatishvili, Michel Dalberto, David Kadouch... et l'Orchestre de chambre de Lausanne

Les 19 et 21 décembre, La Filature, Mulhouse. Triple Concerto, Trio L'Archiduc, Concerto pour piano n° 4 de Beethoven avec Tedi Papavrami (violon), Marc Coppey (violoncelle), Orchestre symphonique de Mulhouse, dir. Patrick Davin

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