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Dossier

YUJA WANG : ENTRETIEN EXCLUSIF

Par Propos recueillis par Stéphane Friédérich / Vendredi 7 mars 2014
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© Esther Haase/DG
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Une frivolité apparente, une assurance impertinente, une présence tonique... on ne présente plus la jeune pianiste chinoise, dont l'apparition sur la scène européenne, voilà plus d'une décennie, a marqué les esprits autant par la fraîcheur de sa personnalité que par son indéniable talent.

Aussi spontanée qu'aux premiers jours, plus imaginative et audacieuse que jamais, Yuja Wang déploie au piano d'inouïes facilités techniques qu'elle met au service d'un sens musical digne des plus grands interprètes... À l'occasion de la sortie de son dernier enregistrement des Concertos de Rachmaninov (3e) et Prokoviev (2e), Pianiste l'a rencontrée.


Vous venez d'apprendre la disparition de Claudio Abbado [le chef d'orchestre est mort le 20 janvier à Bologne, à l'âge de 80 ans] avec lequel vous avez enregistré et joué en concert à plusieurs reprises…

Hier matin, j'ai fondu en larmes dans le taxi, ce qui a d'ailleurs effrayé le chauffeur ! J'ai été probablement la première pianiste chinoise à me produire avec lui et l'Orchestre du festival de Lucerne en tournée, en Chine. J'ai été très chanceuse de connaître sa direction magique, son langage sonore, sa gestique, sa passion noble. Demeurer en silence est parfois nécessaire, m'avait appris le maître. La tristesse est éphémère et le souvenir de sa grandeur, de sa légende demeurera.


La musique russe tient une place particulière dans votre répertoire. Quel point commun verriez-vous entre Tchaïkovski, Scriabine, Rachmaninov et Prokofiev ?

Comment définir cela… Le sang, la passion, l'émotion immédiate me viennent à l'esprit.


Mais, tout cela, vous l'avez aussi dans la musique de Schumann…

En effet. Mais, je pense que la musique est comme la littérature : personne ne la ressent de la même manière. On ne peut pas vraiment définir cette perception. J'ai grandi en Chine et j'ai lu beaucoup de romans russes qui sont complexes sur le plan psychologique. La musique russe peut être aussi très concise et organisée dans sa structure, comme c'est le cas pour le Concerto pour piano n° 2 de Prokofiev.


Parlez-nous des conditions de votre enregistrement à Caracas, au Venezuela, avec, notamment le Concerto de Prokofiev et le Troisième de Rachmaninov…

Je l'ai enregistré, il y a un an, en février. Deux mois auparavant, j'étais venue écouter l'Orchestre Simón Bolívar, en tournée, à New York. Son programme de musique américaine faisait jaillir une telle énergie, littéralement propulsée vers l'auditoire. Fascinant. Je me suis donc retrouvée vers la Saint-Valentin à Caracas – je n'étais jamais allée en Amérique du Sud – au milieu d'un orchestre dont les musiciens ont à peu près le même âge que moi [26 ans, ndlr].


Là, surprise : j'avais en permanence des gardes du corps à mes côtés. Un peuple très sympathique, mais à vrai dire, les seules choses qui pouvaient se produire avaient lieu entre la salle de concert et mon hôtel. Tous les jours, se formait une file d'attente de mélomanes qui venaient pour écouter un concert dont personne ne savait à quelle heure il allait commencer.


C'est le chef Gustavo Dudamel qui décidait, m'avouant qu'il avait un peu trop bu la nuit passée et que, par conséquent, le concert débuterait à 23 heures. Je devais donc être prête en permanence. Pour tout dire, je n'ai pas participé aux fêtes. Ce n'est pas pour une question de discipline ou de volonté de perfection de ma part, mais parce que je devais rester concentrée. Je me sentais un peu comme sur le fil d'un rasoir…


Avez-vous pu répéter avant le concert ?

Comment pouvez-vous le faire si vous ne savez pas à quelle heure il commence ? Je me suis échauffée, mais j'ai surtout répété mentalement.


Quelle est la spécificité du son de l'Orchestre Simón Bolívar ?

Tous les musiciens sont très impliqués. Ils jouent avec beaucoup de testostérone et leurs réactions sont instantanées ! Je me demande si leur tempérament machiste ne convient pas idéalement à la musique russe… C'est un orchestre de passionnés, qui jouent comme si leur vie en dépendait. Je n'ai jamais eu l'impression d'être « la » soliste, mais de jouer avec des solistes d'une énorme formation de chambre. C'est probablement l'orchestre avec lequel j'ai joué de la manière la plus parfaite et la plus intense.


Aviez-vous discuté avec Gustavo Dudamel sur les choix des tempos, par exemple?

Jamais ! Nous n'avons pas échangé une phrase sur la musique. Nous étions totalement en phase. 


© Felix Broede/DG


L'orchestration du Concerto n° 3 de Rachmaninov fait parfois dire qu'il s'agit d'une symphonie avec un immense piano…

Je dirais cela des concertos pour piano de Brahms. Dans le cas de Rachmaninov, il s'agit d'un véritable concerto, même si l'écriture des cordes, notamment, est très fouillée. Pour moi, Rachmaninov fut d'abord un pianiste de génie avant d'être un compositeur.


Pourquoi associez-vous ces deux pièces : un concerto romantique – Rachmaninov – et une partition, disons « futuriste », celle de Prokofiev ?

Je ne suis pas d'accord avec vous. Pour moi, l'œuvre de Prokofiev est aussi très romantique dans son caractère sombre et puissant. N'oubliez pas qu'il a dédié la pièce à l'un de ses amis qui venait de se suicider [il s'agit de Maximilien Schmidthof, qui lui avait écrit une lettre dans laquelle il ajoutait en post-scriptum qu'il avait mis fin à ses jours, ndlr.]. Je pense que c'est le premier « vrai » concerto du XXe siècle qui ouvre de nouvelles perspectives à cette forme musicale. La cadence du piano est volontairement aussi colossale que primitive.

Pour autant, elle n'est jamais abstraite. Prokofiev ne perd jamais le sens de la narration. L'orchestre est incroyablement précis et vif. Il réagit instantanément et crée une multitude de couleurs. J'ai joué ce concerto à plusieurs reprises et, à chaque fois, j'ai découvert de nouveaux détails qui m'avaient échappé.


Vous avez joué les deux œuvres en un seul concert. Quel ordre aviez-vous choisi?

J'ai donné l'œuvre de Prokofiev en premier car elle est plus intense sur le plan physique. Je me sens alors beaucoup plus « relax » dans celle de Rachmaninov, d'une veine plus lyrique. Je peux ainsi me libérer davantage et être plus expressive.


Vous aimez la virtuosité, mais le Concerto de Prokofiev représente un défi physique que peu d'interprètes féminines ont relevé…

C'est vrai ! Je l'ai entendu pour la première fois à l'âge de 14 ans. Ma réaction a été immédiate : je peux le faire aussi ! À 19 ans, je l'avais appris et je savais exactement comment il devait sonner.


Avez-vous été influencée par certaines interprétations ?

Je n'en ai pas éprouvé le besoin. Le souvenir que je garde de la version entendue à l'âge de 14 ans a été suffisamment puissant. Vous savez, quand les trombones entrent après la cadence, c'est comme regarder un film tragique. Vous devez être dans un certain état d'esprit. Pour moi, c'est une évidence.


Quand avez-vous joué ce concerto pour la première fois ?

C'était au Japon, sous la direction du chef suisse Charles Dutoit. Il m'a dit que j'étais une petite fille et une fille petite – ce dont je suis fière – face à une pièce monstrueuse. Le contraste la rend plus impressionnante encore !


Quelles sont les limites accordées à l'interprète en termes de tempo et de dynamique?

Il n'y a pas tellement de place pour l'improvisation, surtout au début du concerto. Prokofiev savait ce qu'il voulait quand il a écrit « senza ritardendo » pour cette mélodie que j'adore. Le questionnement concerne davantage les cinq dernières minutes de la cadence. Que faire de ce passage ? C'est propre aux compositeurs russes d'ajouter difficultés sur difficultés. Il faut organiser mentalement son interprétation afin de pouvoir se battre jusqu'à la fin.


Yuja Wang saluée par l'Orchestre Simon Bolivar, dirigé par Gustavo Dudamel, à l'issue du concert donné à Caracas en février 2013.

© Nohely Oliveros/DG


Est-ce que les deux concertos posent des difficultés de mémorisation ?

Pas vraiment, car ils sont très physiques et logiques. Partant de là, nos mémoires croisées se complètent : mémorisation harmonique, visuelle, auditive, musculaire… La première est la plus importante. Elle vous permet de comprendre et surtout elle demeure permanente si vous ressentez une faiblesse ailleurs. Il y a, par exemple, des passages très complexes vers la fin du second mouvement du Concerto de Prokoviev dont il faut absolument préserver la compréhension logique.

Vous devez maintenir une tension permanente parce que les quatre mouvements sont « fous » et parce que le contenu émotionnel a aussi pour vocation de choquer !


Envisagez-vous d'enregistrer l'intégrale des concertos de Prokofiev ?

Je l'avoue, je n'aime pas le Quatrième. J'apprécie beaucoup le Cinquième et il faut que je l'apprenne. Mais, une fois encore, mes défis sont d'une autre nature, ce qui est certainement le cas pour d'autres pianistes femmes, je présume. Enregistrer les concertos de Brahms, c'est plus difficile. Il faut une carrure, celle d'un Yefim Bronfman, par exemple. Chez Brahms, il faut peser sur le piano au fond des touches pour obtenir les harmonies les plus riches. Pour moi, cela n'est pas un pianisme « confortable ».


C'est pour cela que je ne joue que ses sonates pour violon avec Leonidas Kavakos, le piano y jouant un rôle d'accompagnateur. La recherche du son est complexe chez des compositeurs allemands comme Brahms, Schubert et Beethoven. Il faut écouter très attentivement en travaillant lentement. Ce sont des œuvres qui ont besoin de mûrir et pas seulement d'être bien apprises.

Chez Prokofiev, l'énergie et la puissance sont tout autres. Cela va très vite, les mains sautillent, l'attaque doit être percussive.


Aimeriez-vous jouer d'autres russes ? Vous aviez dit que Chostakovitch n'était pas un compositeur très intéressant…

J'ai tendance à penser cela. Mais le Premier Concerto est si amusant ! En tout cas, je sais comment rendre cette pièce amusante.


Et le Second Concerto ?

Il est très beau mais… trop facile !


Dans une précédente rencontre, vous disiez avoir éprouvé des douleurs musculaires…

Je ne m'en suis pas vraiment remise car je n'ai pas cessé de jouer depuis ! Maintenant, j'ai un programme un peu plus « léger », comme le Premier Concerto de Chostakovitch, la Rhapsody in Blue de Gershwin, la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov, mais aussi des œuvres de Falla et le Troisième Concerto de Beethoven. Vais-je moins ressentir les douleurs ? Pas sûr. 


© Leila Méndez/DG


Apparemment, cela n'a pas d'influence sur votre répertoire. Parlez-nous de vos envies…

Le cycle Iberia d'Albéniz fait partie de mes prochains grands défis. En concert, je n'ai joué aucune pièce de ce recueil, à part Triana. Pourquoi ? Je l'ignore. Est-ce que cette musique est trop espagnole pour moi alors que je l'adore ? J'aime tout ce qui est espagnol, nourriture comprise.


Et, puis cette musique me rappelle Alicia de Larrocha. J'ai entendu un enregistrement d'elle lorsqu'elle avait 9 ans. Elle jouait un nocturne de Chopin et c'était très musical. Cette artiste possédait un son spécial, très pénétrant, avec des attaques rapides. Je retrouve cela dans les jeux de Martha Argerich et Maria João Pires.


Dites-nous en davantage sur la musique espagnole…

Cette musique est picturale. Iberia dépeint des régions. Les harmonies y sont uniques. Aucun autre compositeur n'a obtenu des couleurs pareilles. La musique de Lavapiés est très difficile à lire et à jouer à cause des déplacements périlleux, bien davantage que chez Prokofiev.


Vous préférez Iberia aux Goyescas de Granados ?

Les Goyescas sont techniquement beaucoup plus faciles. Elles sonnent merveilleusement, mais le langage est plus classique que dans Iberia. Finalement, je ne sais pas si je vais jouer toute la suite ou aborder également Granados. La difficulté des Goyescas, c'est qu'elles ne parlent que d'amour et de passion et que cela doit s'exprimer dans la moindre note. Et dans une histoire d'amour, vous ne pouvez pas mentir !


Manuel de Falla, auquel on demandait quel était pour lui le plus grand compositeur espagnol, a répondu : Debussy ! Qu'en pensez-vous ?

Les cultures se répondent. Pour moi, Albéniz est le plus grand compositeur français !


Alors, parlons musique française…

La musique de Debussy possède un côté oriental qui me passionne, comme vous pouvez vous en douter. J'ai une préférence pour les Préludes. Quant à Ravel, son œuvre est très (trop ?) précise pour moi. Si l'on joue précisément tout ce qui est écrit dans la partition, il n'y a plus beaucoup de place pour l'imagination. C'est un problème pour l'interprète mais pour le public, quelle musique géniale !


Pourtant quand on écoute le Concerto en Sol sous les doigts de Samson François, c'est pour le moins très spécial…

Mais, Samson François était très spécial ! Je l'adorais quand j'étais adolescente. À l'opposé, Arturo Benedetti Michelangeli était trop parfait. Avec lui, il n'y avait jamais de poussière sur le clavier, tout était « sous contrôle ».


Alors quel serait le plus grand maître dans la musique française ?

Walter Gieseking ! Cela étant, je n'ai pas écouté assez d'enregistrements pour vous donner une réponse plus « définitive ». Aujourd'hui, j'adore les Préludes de Debussy par Krystian Zimerman, un pianiste que je ne connais pas. Un regret car il est un génie.


Vous intéressez-vous à la musique contemporaine ?

Oui, malheureusement je n'ai pas le temps d'approfondir ce répertoire. C'est comme les livres, je ne lis pas d'ouvrages qui ont été écrits ces quinze dernières années, à l'exception des magazines. Bien que je n'aie que 26 ans, je sais que je n'aurais jamais le temps d'apprendre tout ce qui m'attire. Et pour certaines œuvres, il faut un cerveau particulier. Je n'ai pas celui de Pierre-Laurent Aimard pour jouer Boulez ou Ligeti.


Nous n'évoquerons pas non plus Bach…

Je le laisse encore à Pierre-Laurent Aimard…


Quelles sont les rencontres récentes qui vous ont incité à découvrir de nouveaux répertoires ?

Je suis une fan du percussionniste autrichien Martin Grubinger. Il est vrai que mon père était, lui aussi, percussionniste. J'aimerais interpréter avec lui la Sonate pour deux pianos et percussions de Bartók. Au deuxième piano avec Zoltán Kocsis. Sous la direction de ce pianiste hongrois, j'ai joué le Second Concerto pour piano de Bartók avec l'Orchestre national de Hongrie.


Parlez-nous de votre collaboration avec Zoltán Kocsis…

J'envie son talent. J'ai parfois l'impression qu'il vient de la planète Mars ! Il lui suffit de jouer une pièce trois fois de suite pour la mémoriser. J'en suis incapable. Je joue très vite, mais il peut jouer encore plus vite. Il a été la raison de mon intérêt pour Bartók.


Qui d'autre que lui connaît mieux sa musique, à la fois du point de vue pianistique et du pupitre de chef d'orchestre ? Quand il veut expliquer quelque chose aux musiciens, il se met au piano et joue exactement chaque voix. C'est sidérant ! Il peut interrompre un pupitre lambda avec un : « Non, là c'est un do dièse. » Mais, comment entend-il ça ? Travailler avec lui est une expérience inouïe.


Moi, je me contente de dire : « oui, Dieu, je t'obéis ! » Après notre premier concert, il m'a dit : « Tu ne joues pas comme une femme, tu joues comme dix hommes ensemble ! » C'est un beau compliment, non ?


Revenons quelques années en arrière. À quel moment avez-vous été certaine de devenir pianiste professionnelle ?

Mais je n'en suis toujours pas certaine ! Cela n'a pas été vraiment mon choix. C'est tout juste arrivé. J'ai donné des concerts et en Chine, on m'a appelé « la petite pianiste ». La question n'a donc jamais été posée, même si je ne conçois pas la pratique du piano dans un cadre professionnel. La preuve : je joue quand j'en ai envie ! Parfois jusqu'à huit heures par jour. Là, c'est trop et je risque de perdre une certaine spontanéité. L'organisation des plannings est aussi un peu pesante. Je sais exactement où je vais jouer jusqu'en 2015. On ne maîtrise pas toujours tout.


Rêvez-vous parfois de faire un break ?

J'aimerais bien, à la condition que ce soit au moins pour cinq ans ! Mais cela n'arrivera pas. Je voulais avoir un été 2014 tranquille… et les engagements se sont accumulés. C'est encore raté pour cette année ! Jouer du piano est addictif, mais l'inverse l'est encore plus. Je crois que si j'avais des vacances, je n'aurais plus envie de revenir sur scène. Il y a tellement de choses à faire dans la vie, autres que le piano. J'adore lire, regarder des films, ne rien faire, un peu comme les compositeurs. S'ils ont une commande, ils composent, sinon personne ne les oblige à quoi que ce soit. Être improductive, c'est une autre façon de donner un sens à ma vie.


Je crois savoir que vous écoutez la chanteuse Rihanna avant d'entrer en scène ?

J'adore sa voix ! Elle dégage une énergie directe, très primitive, un peu comme chez Prokofiev ou l'Orchestre Simón Bolívar. Pourquoi devrais-je me priver de la mode, des autres musiques et du cinéma qui me passionnent ? D'ailleurs, ma nouvelle idole, l'actrice Jennifer Lawrence, est plus jeune que moi. Je pourrais aussi vous citer pêle-mêle la série télévisée Damages dont j'ai vu à peu près tous les épisodes. Les personnages offrent une grande complexité psychologique. J'aime aussi les cinémas français et américain, les films de Woody Allen et de Quentin Tarantino qui expriment, chacun à leur manière, une violence attirante.


Vous vivez maintenant à New York. Est-il important de s'immerger dans la culture d'un pays ?

Pas vraiment ! Vous savez, c'est un peu un cliché mais un musicien est un citoyen du monde. De fait, j'adore New York, j'adore Paris et, bien sûr, mon chez-moi, à Pékin.

À New York, derrière le Lincoln Center, j'ai mon studio de travail avec un petit piano. L'Italie aussi est belle mais Paris me paraît encore plus antique. La ville n'est pas très drôle, mais tellement photogénique. Peut-être parce que c'est la première ville que j'ai découverte à l'étranger quand j'avais 7 ans. Elle a une place spéciale dans mon cœur. Je n'aime pas Londres et encore moins les critiques londoniens. Cette ville me désoriente. J'y ai été en résidence deux semaines durant et ce fut bien long.


Vous attachez une place particulière à la promotion de la musique classique auprès des jeunes publics…

La musique classique porte en elle-même son propre paradoxe. Elle est née dans les salons des cours princières et était destinée aux élites. Que faire aujourd'hui ? Contrairement à beaucoup de musiciens, je m'oppose à l'idée de la populariser, de la massifier. J'ai joué sur la Bebelplatz, à Berlin sous la direction de Daniel Barenboïm. On m'a dit qu'il y avait 27 000 personnes qui faisaient la fête et buvaient de la bière, comme pour un concert de rock.


Est-ce que nous voulons cela, aussi ? Est-ce que la musique classique se résume à jouer vite dans un show permanent ?

On doit la proposer, l'offrir à ceux qui en ont besoin. Comme une nourriture de l'âme. On écoute jamais mieux une symphonie de Brahms que dans un avion parce que les conditions sont uniques.

Beaucoup de jeunes n'ont aucune idée de ce qu'est la musique classique. Alors que je fais de mon mieux, quand je suis en robe, le public parle de ma robe… Faut-il en parler ?


Puisque vous le suggérez…

Il m'est arrivé de jouer le Troisième Concerto de Rachmaninov et je portais une robe courte. Je ne voyais pas l'intérêt de porter une robe longue. Évidemment, s'est posée la question de savoir si une partie du public avait apprécié et commenté la longueur de la robe… À vrai dire, ce n'est plus de ma responsabilité bien que je conçoive que l'apparence attire l'inconscient.


Dites-nous pour qui vous jouez ?

Pour moi ! Je suis très égoïste. Voilà pourquoi je joue du Beethoven. Il est mort et nous pouvons dire ce que nous voulons. Et cela, c'est merveilleux. 


© Felix Broede/DG


YUJA WANG EN 10 DATES

1987 Naissance à Pékin

1999-2001 Études à Calgary, au Canada

2002 Étudiante de Gary Graffman au Curtis Institute of Music de Philadelphie

2005 Débuts aux États-Unis

2006 Gilmore Young Artist Award

2009 Premier enregistrement pour Deutsche Grammophon

2010 Prix Avery Fischer Career Grant

2011 CD Rachmaninov, Concerto n° 2 et Rhapsodie, avec le Mahler Chamber Orchestra, dir. Claudio Abbado (DG)

2012 CD « Fantasia » (œuvres de divers compositeurs que la pianiste donne en bis lors de ces récitals)

2014 CD Rachmaninov (Concerto n° 3) + Prokoviev (Concerto n° 2), avec l'Orchestre Simón Bolívar, dir. Gustavo Dudamel (à paraître fin mars). Lire la chronique.

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