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Pédagogie / / LE RÉPERTOIRE POUR LA MAIN GAUCHE
Pédagogie

LE RÉPERTOIRE POUR LA MAIN GAUCHE

Par Sylvia Avrand-Margot / Mardi 11 mars 2014 / Pianiste Magazine N°85 - MARS-AVRIL 2014
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Paul Wittgenstein, créateur et dédicataire du \ © Bettmann/Corbis
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Défi technique ou exercice de style, le répertoire pour la main gauche seule existe, mais reste mal connu. Pourtant, depuis le XIXe siècle, il ne cesse de se développer et un pan non négligeable de la littérature pour piano lui est destiné. Revue de détail d'un monde musical parallèle qui n'a rien de… sinistre.


Dans un premier temps, l'évolution de l'esthétique romantique crée chez l'interprète un besoin de se surpasser, de briller en public. Quelques « bêtes de scène » expérimentent un répertoire acrobatique pour épater le public. C'est le temps des transcriptions de grands airs d'opéra, tandis que d'autres œuvres naissent d'un besoin plus profond de donner un angle d'attaque différent au répertoire existant.


Entre l'artiste romantique et le piano se noue une nouvelle relation, basée sur la confidence mais aussi sur la domination. Certains repoussent les limites de la performance et se spécialisent dans le répertoire pour la main gauche. Aujourd'hui oubliés, ils ont défrayé la chronique parisienne en leur temps.


REDOUTABLES TRANSCRIPTIONS


Le Tchèque Alexander Dreyschock (1818-1869) étudie avec le célèbre Václav Tomásek puis voyage en Russie et dans toute l'Europe. À 25 ans, il captive le public parisien avec ses prouesses, se jouant de terribles tierces, sixtes et octaves parsemées dans ses pièces de bravoure. Interprète et aussi compositeur, on retiendra ses Variations pour la main gauche seule.

Les virtuoses créent à leur propre usage des morceaux qui répondent à la nécessité de diffusion de la musique, tout en repoussant leurs limites techniques. D'étonnantes pièces voient le jour : les transcriptions d'opéra pour la main gauche seule. Parmi ces virtuoses, le plus créatif est sans conteste l'Italien Adolfo Fumagalli (1828-1856). Ce musicien étudie à Milan avant de faire carrière en se spécialisant dans l'interprétation de ses compositions pour la main gauche, des pièces de salon, lors de tournées en Europe.

On le surnomme « le Paganini du piano ». La firme Erard lui offre même un instrument destiné à faire sa promotion. Malgré une constitution frêle, ce gaucher étonne le public par une technique incroyablement robuste qu'il déploie en interprétant de fameuses transcriptions d'airs d'opéra les plus en vogue du moment qu'il inscrit à son catalogue : La Somnambule et Norma de Bellini, Lucia di Lamermoore de Donizetti, Les Lombards de Verdi, Moïse en Égypte de Rossini et – la plus difficile – sa Grande Fantaisie sur Robert le Diable de Meyerbeer op. 106 dédiée à Liszt.

Malgré son handicap (il perd son bras droit à 15 ans au cours d'un accident de chasse), le comte tchèque Géza Zichy (1849–1924), par ailleurs compositeur d'opéra, écrit pour sa part plusieurs pièces pour la main gauche, dont une transcription du lied Erlkönig de Schubert. Selon la même démarche, le chef d'orchestre et compositeur allemand Alexis Hollaender (1840-1924) s'intéresse au même Erlkönig de Schubert alors que Paul Wittgenstein penche, lui, pour la transcription de La Mort d'Isolde de Wagner. On poursuit au XXe siècle avec, notamment, le pianiste argentin Raoul Sosa (né en 1939) qui, à la suite d'une banale chute dans la rue, perd l'usage de sa main droite. Contraint d'explorer le répertoire dévolu à la main gauche, il l'enrichit de plusieurs de ses transcriptions : Étude révolutionnaire de Chopin, Fantaisie chromatique de Bach, La Valse de Ravel, L'Oiseau de feu de Stravinski…


ENTRE TRANSCRIPTION ET PÉDAGOGIE

Au XIXe siècle, Theodore Lack ou Carl Czerny ont tenté de s'approcher du sujet, mais la main droite est encore présente, même si elle n'est qu'un simple faire-valoir. Ce n'est déjà plus le cas des Exercices et études op. 89 de Hermann Berens, ou de L'École de la main gauche de Louis Köhler. Dans une démarche progressive, la production du Danois Ludvig Birkedal-Barfod propose trois niveaux, des simples exercices aux études complexes en passant par des études courtes et abordables (Opus 8, 15 et 19), de quoi se forger une bonne technique. Alberto Nepomuceno, le « père du nationalisme musical brésilien » (1864-1920) dédie à sa fille cinq charmantes pièces faciles avec indications de pédales, un atout pour les moins aguerris. Le grand pédagogue Isidore Philipp propose des Exercices et études techniques pour la main gauche seule d'après Bach, Chopin, Mendelssohn, Schumann…


Exercices et études techniques de piano pour la main gauche seule, d'après Mendelssohn (extr.).

© Éditions Durand


Pédagogue et brillant pianiste, Léopold Godowsky (1870-1938) laisse, quant à lui, plusieurs œuvres pour la main gauche dont les célèbres 53 Études sur les 27 Études de Chopin dont 22 sont pour la main gauche : thèmes inversés, superposés… De la haute voltige combinée à une expression de qualité. Pièces didactiques, transcriptions, recréations, pièces de concert ? Elles sont probablement un peu tout cela à la fois.


NÉCESSITÉ FAIT LOI

La Première Guerre mondiale produit son lot d'artistes amputés. Avec Paul Wittgenstein (1887-1961), le genre prend un tournant nouveau, les œuvres de commande apparaissent, et avec elles un mode d'expression à part entière. Au XXe siècle, sans connaître de destins aussi tragiques, nombreux sont les pianistes de haut niveau (on estime leur nombre entre 1 et 2 %) qui souffrent à un moment de leur carrière de dystonie, la fameuse « crampe du musicien ». Artistes malheureux, ils sont souvent dédicataires d'une nouvelle littérature, la font vivre par nécessité ou par choix. Ou parce que « cette pauvre main gauche étant […] beaucoup plus faible que sa compagne, l'effort à faire c'est d'atténuer, de diminuer cette différence… », comme l'écrit le pédagogue Georges Mathias au début du XXe siècle.


Paul Wittgenstein est issu d'une riche famille viennoise qui reconnaît son talent… mais le destine à l'économie. Au décès de son père, le jeune homme commence avec succès une carrière de concertiste, à laquelle la guerre met fin. Enrôlé en 1914, il est blessé et amputé du bras droit. Prisonnier en Sibérie, il projette de vivre de sa passion à sa libération. Compositeur à ses heures, il passe aussi commande aux plus grands. Au total, dix-sept créations voient le jour sous ses doigts : Parergon zu sinfonia domestica et Panathenäenzug de Richard Strauss, la Pièce de concert de Tansmann, le Concerto de Korngold, Diversions de Britten, le Concerto « Klaviermusik » op. 29 de Hindemith que les éditions Schott viennent de rééditer dans la réduction pour deux pianos, ainsi que le fameux Concerto de Maurice Ravel


Concerto pour la main gauche de Ravel

© Avec l'aimable autorisation des Éditions Durand/Universal Music Publishing Classical


« Dans une œuvre de ce genre, l'essentiel est de donner non pas l'impression d'un tissu sonore léger, mais celle d'une partie écrite pour les deux mains », mentionne le compositeur français. En effet, les notes balaient le clavier, les déplacements sont prestes, le chant et l'accompagnement s'entremêlent avec finesse, l'illusion est complète. Pourtant le concerto, commandé en 1929, sera à l'origine d'une brouille entre les deux hommes : insatisfait de l'original, le pianiste opère quelques modifications destinées à « mieux sonner », pas du tout du goût de l'auteur. Ravel quitte Vienne, fâché. Il n'entendra son œuvre que dans sa version arrangée pour deux pianos en 1931. Ce qui en fait un tube interplanétaire ? Au-delà de la prouesse, ce sont des pages lourdes de sens, reflet de l'histoire passée, écrites pendant la montée du nazisme. Aussi dures que belles.

Également dédicataire du 4e Concerto de Prokofiev, Paul Wittgenstein ne le jouera jamais en public, ne comprenant pas cette musique « trop moderne ».


DES ŒUVRES À PART ENTIÈRE

Le tchèque Otakar Holman (1894-1967) perd la mobilité de son bras droit durant la Grande Guerre. Il sera à l'origine du Capriccio de Janácek, de la Sonate de Jaroslav Tomásek, du Divertimento Bohuslav Martinu et de diverses pièces de Kaprál ou Schulhoff. Engagé dans le conflit, le Britannique Douglas Fox (1893-1978) perd son bras en 1917. Frank Bridge lui dédie Trois improvisations pour piano. C'est durant la Seconde Guerre mondiale que l'Allemand Siegfried Rapp (1915-1982) a le bras arraché par un obus. Il se penche alors sur le répertoire pour la main gauche, contacte la veuve de Prokofiev au sujet du 4e Concerto. Vingt-cinq ans plus tard, il le joue en Allemagne de l'Est. 


Etude for the Left Hand Alone op.36 (extr.)


Blessé occasionnel, Alexandre Scriabine, surnommé « le Chopin gaucher », écrit pour lui-même un Prélude suivi d'un Nocturne (lire article). Certaines pages intitulées « Études » sont en réalité de véritables œuvres abouties dignes d'être jouées en concert : les Douze Études op. 92 de Moszkowski, aux difficultés techniques redoutables, les Six Études op. 135 de Saint-Saëns pleines de finesse, les Quatre Études spéciales de Reger, les pièces isolées de Blumenfeld ou Bartók. Ont laissé des pièces majeures Lipatti, Tisné, Takacs, Pousseur, Mompou, Sancan, Henze, Schmidt, Schulhoff, Alkan… La liste est longue. Dans un langage contemporain, la Quatrième des Douze études d'interprétation de Maurice Ohana ou l'Étude 37 tirée des Études pour agresseurs d'Alain Louvier sont une belle façon d'appréhender ce type de répertoire. 


Sylvia Avrand-Margot


Lire l'entretien avec le pianiste Maxime Zecchini.

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