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Actualités / Interprètes / BERTRAND CHAMAYOU - « Me protéger pour mieux donner »

Entretien

BERTRAND CHAMAYOU - « Me protéger pour mieux donner »

Par Stéphane Friédérich / Mardi 1er novembre 2011
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© Richard Dumas/Naïve
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Pianiste : Parlez-nous de votre apprentissage du piano...

J'ai appris le piano un peu bizarrement. Je voulais devenir compositeur. Le piano était par conséquent un instrument parmi d'autres. Adolescent, je n'envisageais pas de devenir un musicien professionnel. Durant de nombreuses années, je me suis abstenu (je l'avoue aussi par paresse) de faire les exercices habituels de tout pianiste comme les gammes. À 14 ans, je ne me préoccupais pas de savoir si mes doigtés étaient "exotiques" ou "académiques" ! J'ai souvent buté sur des problèmes dont les réponses auraient paru évidentes pour n'importe quel élève discipliné ! Je jouais des partitions trop difficiles pour moi dans n'importe quel sens et c'est d'ailleurs grâce à cela que je suis devenu un excellent déchiffreur. Je ne rejouais jamais les morceaux que j'avais déchiffrés (pourquoi faire d'ailleurs ?). Bref, je travaillais énormément, mais en dilettante, supportant difficilement les contraintes, "bluffant" jusqu'à un certain point mes professeurs car mon déchiffrage était presque aussi bon que les morceaux que je présentais... Un jour, il a bien fallu que le jeune chiot que j'étais se calme ! La crise d'adolescence passée, j'ai pris conscience des priorités.


Pianiste : Jugez-vous votre activité de pianiste comme un métier ?

C'est nécessairement un métier. Un amateur ne gardera assurément que les "bons côtés" de la pratique de l'instrument. Toutefois, ce métier si particulier qui est à la fois l'expression d'une passion, d'un rapport fusionnel avec ce que l'on fait, impose un certain nombre d'obligations : la gestion de plannings et de programmes que l'on décide plus d'un an à l'avance. Et, puis, il y a tout le reste qui consiste dans certains cas, heureusement pas trop fréquents, à jouer quand on n'en a pas absolument l'envie. Il faut alors créer le désir. J'essaie de relativiser ces deux aspects, de les maîtriser tout comme le trac.


Pianiste : Est-ce que le trac se révèle davantage dans certains répertoires ?

Je le ressens davantage dans les concertos de Mozart, par exemple. Cette musique "économe" fait appel à des formules voisines les unes des autres entre le piano et l'orchestre. Mozart distribue les phrases, ses formules répétitives, un jeu de labyrinthes avec des gammes qui se croisent et se superposent. La moindre déconcentration, la plus petite absence de mémoire sont dangereuses.


Pianiste : Ne faut-il pas vaincre aussi sa timidité... ?

Sur scène, la mise en danger de soi est permanente. Je lutte pour supporter le caractère exhibitionniste de toute prestation en public. Je prends encore sur moi pour arriver à me dévoiler. C'est un curieux mélange de sensations, qui associe la souffrance et le plaisir d'être sur scène. Avec le temps, ce dernier devient une véritable addiction.


Pianiste : Comment percevez-vous la présence du public ?

L'artiste organise une dramaturgie et le fait de jouer pour le public le met dans une relation perméable à ce qui se passe dans la salle. Il y a donc un danger à vouloir absolument séduire l'auditoire. Pour ma part, j'essaie de me protéger dans une sorte de bulle qui m'isole dans un univers purement musical. C'est ainsi que je peux offrir le maximum de moi-même.


Pianiste : Quelle serait votre dramaturgie lorsque vous jouez l'intégrale des Années de pèlerinage en une soirée ?

La respiration entre les pièces se révèle être un paramètre essentiel. Par exemple, dans la première année, après le délicat Au bord d'une source, vous jouez dans l'ordre l'Orage, dont les premiers accords doivent produire l'effet d'une gifle. À ce moment, on gère totalement l'émotion de la salle, et l'on doit faire preuve de créativité. Les Années de pèlerinage représentent un cycle fermé de quasiment trois heures de musique. En concert, c'est une expérience grisante pour laquelle je n'ai presque plus de trac.


Pianiste : Ressentez-vous dans ce cycle des moments d'émotion privilégiés ?

Il y a quelques pics émotionnels, surtout pour moi dans la dernièrepartie, en particulier les trois dernières pièces, les plus métaphysiques du recueil.

Ces moments sont difficiles à gérer, car après les passages les plus physiques, il faut préserver la concentration afin de mieux répartir l'énergie. La dernière des Années de pèlerinage, par exemple, est bien moins virtuose que les deux premières. Après avoir joué Après une lecture de Dante puis Venezia e Napoli, on peut se retrouver en "danger". En effet, malgré les douleurs musculaires que l'on éprouve, et bien que l'on sache que la dépense physique est derrière soi, il faut maintenir l'attention du public, et pour cela rester avant tout soi-même très attentif. On peut facilement "décrocher" alors que la dernière heure est certainement la plus exigeante sur le plan intellectuel. Bien que l'auditoire soit des plus restreints, le problème est identique lorsque l'on enregistre en studio. Les Années de pèlerinageque j'ai gravées comportent très peu de montages. J'ai souhaité des prises longues qui exploitent au maximum le flux de chaque pièce car dans ce cycle, le rapport au temps musical est particulièrement dilaté. Finalement, le pianiste gère le temps comme un chef d'orchestre le ferait dans un opéra de Wagner ou une symphonie de Bruckner.


Pianiste:  Vous parliez de votre vocation de compositeur. Quel regard portez-vous sur le répertoire contemporain ?

J'ai des goûts très tranchés, mais en même temps, je n'aime pas rentrer dans les débats de la modernité. J'ai découvert la musique contemporaine avec Messiaen, puis les esthétiques des avant-gardes des années 80. Est-ce pour cela que je préfère les compositeurs plus aventureux que d'autres, quelle que soit leur écriture ? Ce n'est pas non plus une question de tonalité ou d'atonalité. J'apprécie toujours les oeuvres de Stockhausen, Nono, Berio, Ligeti, Pierre Boulez... J'aurais bien aimé vivre à l'époque de l'après-guerre, d'une grande richesse inventive et culturelle.

Cela ne m'empêche pas non plus d'aimer et de jouer des oeuvres de Thomas Adès et de Steve Reich. Les partis pris de ce dernier sont très forts alors que les musiciens qui se revendiquent de sa filiation me paraissent beaucoup plus consensuels. Aujourd'hui, il me semble que peu de compositeurs prennent des risques à l'instar d'un Helmut Lachenmann. J'ai travaillé avec György Kurtág, que j'aime aussi énormément. Chez lui, beaucoup de choses passent par le graphisme de l'écriture. J'ai participé à trois récitals de musique de chambre en sa présence. À l'issue de l'un d'entre eux où il y avait eu des problèmes techniques, nous attendions une critique sévère. Rien ne se produisit. Lors d'un autre récital où tout paraissait en place, il est venu nous voir très en colère car il estimait que notre expression était vide de sens. Nous avons repris l'oeuvre aussitôt avec lui jusqu'à ce qu'il soit satisfait du résultat. C'est une posture tout à fait atypique à notre époque et cela renvoie un peu aux oeuvres "hors formes", au caractère apparemment quasi improvisé de la musique d'un Janácek exemple, où la substance musicale est surtout basée sur l'exacerbation de l'expressivité.


Pianiste : Revenir à la composition impliquerait de ralentir votre carrière de soliste...

C'est pour cela que l'idée de reprendre la composition presque "à zéro" me fait hésiter depuis quelques années. De toute façon, je ne désespère pas de diminuer un peu le nombre de concerts. Au début d'une carrière, on désire avant tout se constituer le plus vaste répertoire et plus encore jouer. À une époque, il m'est arrivé d'apprendre un concerto en trois ou quatre jours, ce qui est une folie. Je ne sais même pas comment j'ai eu l'énergie de relever ce genre de défi et de présenter les oeuvres en public. Rétrospectivement, que valaient mes interprétations ? C'était déjà un miracle qu'elles soient propres. L'âge venant, on ressent le besoin d'approfondir, mais aussi de découvrir d'autres univers comme de jouer sur des pianofortes, ou des pianos anciens, ce que je fais avec grand plaisir. J'ai notamment participé à une tournée du Cercle de l'Harmonie sous la direction de Jérémie Rhorer avec, au programme, le Premier Concerto pour piano de Liszt sur un Erard de 1837.


Pianiste : Vous enseignez aussi la musique de chambre au Conservatoire de Paris...

C'est une belle expérience que je conseille à tout musicien professionnel. La première chose que j'ai apprise, c'est d'exprimer le plus clairement ce qui ne fonctionne pas dans une interprétation, puis de convaincre l'étudiant de la correction. C'est un exercice intellectuel dont je tire profit pour moi-même. Je ne cède plus à la facilité, aux raccourcis.


Pianiste : Sur un plan purement technique, avec quel type de pièces débutez-vous le piano quotidiennement ?

Pendant des années, je n'ai, hélas, rien fait pour me délier les doigts ! Quand je posais les mains sur le clavier, je jouais n'importe quoi. Je n'ai joué régulièrement des gammes que très tard, pour des questions d'équilibre. En effet, il y a trois ans, j'ai souffert d'un problème nerveux. Durant six mois, je me suis éloigné du piano et ce fut dur à gérer. J'ai entrepris une rééducation assez lourde. À cette occasion, je me suis aperçu d'un certain nombre de défauts techniques que mes professeurs Jean-François Heisser et Maria Curcio n'ont pas vraiment suspectés, car j'ai en apparence une très bonne posture au piano. J'aurais dû moi-même être plus vigilant à l'écoute des conseils de Maria Curcio notamment, et de son principe de soutien du bras par une bonne assise du dos et des épaules. De mon côté j'ai un peu développé de façon insidieuse des réflexes mécaniques avec un enroulement de l'épaule qui ont provoqué des dommages importants à cause du nombre élevé de concerts, mais aussi de l'absence d'échauffements. Heureusement tout cela est rentré dans l'ordre aujourd'hui, mais cela aurait pu déraper. Ce que je conseillerais à tout pianiste, et pour qu'un exercice soit utile (dans mon cas, il s'agit des Études de Brahms, des exercices de Clementi, d'arpèges et de gammes...), c'est d'en comprendre avant tout l'intérêt. C'est un peu comme au yoga : la prise de conscience du corps, de la respiration est importante. Le jeu du pianiste est d'autant plus sain qu'il a éliminé tout effort parasite.


Pianiste : Quels sont vos projets ?

Trop de répertoire me pose un sérieux problème de choix ! Et je choisis mes programmes au dernier moment, ce qui ne facilite pas le travail des salles de concerts notamment à l'étranger. Il y a aussi le choix des enregistrements. Il faut réfléchir au sens que l'on donne à un disque, qui n'est que le témoignage d'un instant de la production d'un artiste, mais qui reste aussi toute sa vie. Ce n'est pas anodin.

Après le coffret regroupant les Années de pèlerinage, j'aimerais quitter l'univers romantique. Je ne suis d'ailleurs pas un "accro" des intégrales. Certaines se justifient, d'autres pas. Si les 24 Préludes de Chopin, par exemple, forment un cycle à part entière, je serais moins affirmatif avec les Études. Quant aux Nocturnes du même Chopin ou ceux de Fauré, je ne les ressens pas comme un tout constitué, et dans des cas comme cela, l'écoute in extenso me paraît souvent ennuyeuse.

J'aimerais, pourquoi pas, enregistrer en public. Le studio est stressant et je garde un bon souvenir du travail sur mon premier disque - les Études d'exécution transcendante - de Liszt captées en public, même si je n'aime pas trop réécouter mes disques. Pourquoi ne pas revenir au live ? Dorénavant, tout ce que je veux, c'est avoir le temps de travailler chaque projet. Une des grandes difficultés de ce métier, c'est de dégager du temps pour travailler, ce qui est un comble ! Mais c'est un luxe nécessaire !



Bertrand Chamayou en quelques dates

1981 Naissance à Toulouse

1994 Remarqué par Jean-François Heisser

1997 Entrée au Conservatoire de Paris

2001 Prix du Conservatoire de Paris

2006 "Révélation Instrumentale" aux Victoires de la Musique. 1er disque : Études d'exécution transcendante de Liszt (Sony)

2008 CD Mendelssohn (Naïve)

2010 CD Franck (Naïve). Débuts avec l'Orchestre de Paris, le London Philharmonic Orchestra et la WDR de Cologne

2011 "Soliste instrumental de l'année" aux Victoires de la Musique classique. Débuts à New York, concerts avec le Mostly Mozart Orchestra à l'Avery Fisher Hall (août)

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