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Compositeurs / Baroques et classiques / LES SONATES DE HAYDN

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LES SONATES DE HAYDN

Par Jacques Bonnaure / Mercredi 8 avril 2015
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Joseph Haydn par Th. Hardy (1792). © DR
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UNE RÉVOLUTION TRANQUILLE


Haydn fut vraisemblablement le dernier grand compositeur à être resté toute sa vie, officiellement du moins, domestique de grandes maisons. Né dans un milieu rural et modeste, il fut recommandé par son professeur, le célèbre compositeur d'opéras Nicola Porpora grâce auquel il put être employé chez le baron de Fürnberg, qu'il quitta pour le comte Morzin (ce qui supposait déjà une première élévation sociale). Assez rapidement, il signa un contrat d'embauche prestigieux mais extrêmement contraignant chez le prince Anton Esterházy qu'il n'eut pas l'occasion de fréquenter longuement, le prince étant rapidement décédé. Prenant la succession du mécénat, son frère Nicolas, dit « Le Magnifique » fut le véritable patron de Haydn pendant près de trente ans.


Chez les Esterházy, en dépit de son statut de domestique, Haydn bénéficia de conditions de travail, certes dures selon nos critères, mais extrêmement favorables du point de vue musical. Au contraire de bien des musiciens, il se trouvait face à un « patron » passionné de musique, lui-même interprète et qui entendait faire de sa maison un centre musical important, avec orchestre et opéra.


C'est à partir des châteaux d'Eisenstadt et d'Esterháza, le « Versailles à la hongroise », que la renommée de Haydn commença de rayonner sur toute l'Europe, jusqu'à faire de lui le compositeur le plus célèbre de son siècle. Connu dans toutes grandes capitales, il ne résilia pas son engagement, même après la mort de Nicolas en 1790, et c'est en tant que domestique qu'il visita Paris et Londres où furent créées ses dernières symphonies et où ses deux oratorios La Création et Les Saisons remportèrent d'immenses succès.


Naissance de la sonate « moderne »


La musique pour clavier de Haydn s'étend sur quatre décennies au cours desquelles le compositeur a beaucoup évolué. Cette évolution n'est cependant pas linéaire et échappe au schéma un peu simpliste selon lequel un compositeur devrait se montrer de plus en plus audacieux et « moderniste », jusqu'à annoncer les compositeurs du futur. Il est intéressant de comparer l'ensemble des sonates de Haydn (1760 à 1794 ou 95) et celles de Mozart (1774 à 1789). Chez Haydn, l'évolution semble bien plus importante, et pas seulement parce que la durée de production est plus longue. C'est probablement une question d'époque. Haydn est contemporain de la genèse du genre tel que nous le connaissons, alors que Mozart, à la génération suivante, hérite d'un genre déjà bien établi. En outre, Haydn a vécu l'importante transformation qui affecte à partir du milieu du XVIIIe siècle les instruments à clavier. Incontestablement, ses premières sonates sont conçues pour le clavecin, et leur écriture appelle cet instrument. C'est peu à peu qu'elles vont requérir l'instrument moderne, le Hammerklavier ou pianoforte que le compositeur adoptera ultérieurement.


Lorsque Haydn compose ses premières sonates connues, vraisemblablement un peu avant 1760, leur forme et leur nature même ne sont pas vraiment fixées. On reste dans l'esprit du divertimento tel que le concevait par exemple Georg Christoph Wagenseil (1715-1777), maître de chapelle de l'impératrice Marie-Thérèse et auteur d'un recueil alors fort connu de 18 « divertimenti di cembalo ».


Dans les premières sonates de Haydn, les tonalités sont généralement faciles, et toujours majeures (de toute manière, sur les 62 sonates, seules trois sont écrites dans des tonalités mineures). Ut, sol, fa, ré, si bémol et la sont les tonalités les plus fréquentes. Elles peuvent comporter deux ou quatre mouvements, trois le plus souvent, parmi lesquels le premier, Allegro, parfois Moderato ou même Andante est le plus dense, quoique monothématique. Viennent ensuite un Menuet, reste de la Suite ou de la Partita des générations antérieures, suivi d'un finale rapide généralement bref, parfois intitulé Scherzo. La forme générale reste donc simple. Quant au contenu, il correspond à ce que l'on peut attendre d'une musique aimable et divertissante destinée aux amateurs d'assez bon niveau. Çà et là l'on entend cependant une expression personnelle et touchante (Largo de la Sonate n° 11, Hob. XVI. 2) qui semble anticiper sur la période suivante.


Dans les pas de C. P. E. Bach


À partir de 1766, le style des sonates évolue, vraisemblablement sous l'influence de Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788), son aîné de dix-huit ans, qu'il admira toujours beaucoup. Bach fils s'était établi à Berlin en 1738 où il résida jusqu'en 1767 et au cours de son séjour dans la capitale prussienne, il avait composé une grande quantité de musiques pour clavier, sonates et concertos. Ces œuvres possèdent souvent un caractère fantasque, tourmenté ou du moins très expressif, fort éloigné du tempérament paisible et positif des œuvres de jeunesse de Haydn, mais il n'empêche que le jeune Autrichien les appréciera et, dans une mesure s'en inspirera et l'assimilera à sa propre esthétique.


On pourrait ainsi avancer que la musique pour piano de Haydn de cette époque sonne comme du C. P. E. Bach « bien tempéré » et bien maîtrisé du point de vue de la composition. Mais son discours est moins étrange et heurté que celui de C. P. E. Bach. Expressif soit mais toujours limpide et fondamentalement classique, sans rien qui heurte. La dimension des sonates augmente, dépassant le quart d'heure là où les premières n'atteignaient généralement pas les dix minutes.


Monothématisme


À partir de l'exposé d'un thème, Haydn utilise divers procédés pianistiques pour le prolonger, le cacher sous diverses broderies, le faire reparaître sous sa forme originale ou dans un cadre harmonique modifié – et là, il annonce de loin Schubert. On peut penser que le pianoforte qui s'impose de plus en plus comme l'instrument à la mode permet les jeux de volume et de dynamique et le recours de plus en plus fréquent au legato. Particulièrement sensibles à cette influence, les Sonates n° 20 et 29 à 32 (Hob. XVI. 18, 45, 19, 46, 44), composées de 1765 à 1767. Par exemple dans la Sonate n° 30 en ré majeur, le Moderato s'ouvre sur un thème énergique et grave dans le médium bien éloigné du pépiement de la plupart des sonates antérieures, et l'Andante qui suit évoque déjà le jeune Beethoven.


Mais le finale renoue avec la gaieté primesautière. Tous les commentateurs ont évidemment été frappés par le ton pathétique de la Sonate n° 33 en ut mineur (Hob. XVI. 20), de 1771, isolée entre deux groupes, l'une des plus connues et enregistrées, dont les climats affectifs laissent entrevoir d'autres sonates en ut mineur, celles de Mozart (K. 457, 1784) et la « Pathétique » de Beethoven (1798). Ici, Haydn semble avoir pris conscience des possibilités nouvelles que lui fournissait l'évolution des formes et du langage tonal.


De la galanterie au préromantisme


Les années 1773 à 1776 verront l'éclosion de douze nouvelles sonates (n° 36 à 47 chez Landon ou Hob. XVI/21 à 32). Là encore, la production pianistique suit la courbe de l'évolution des symphonies. Il est évident que le style de Haydn devient globalement plus « galant ». Il s'agit d'ailleurs d'un mouvement peut-être plus général de la musique autrichienne puisque Mozart le subira également, avec quelques années de décalage. Il semble qu'une sorte d'académisme classique se soit mis en place. La notion de galanterie reste cependant assez vague. Disons que le plus souvent, on ne retrouve pas à cette époque les changements d'humeur, les jeux de contrastes harmoniques antérieurs, encore que la Sonate n° 47 en si mineur (Hob. XVI/32) soit clairement préromantique. Serait-ce l'effet d'un équilibre personnel et professionnel enfin acquis ? Toujours est-il que sa musique (et pas seulement ses œuvres pianistiques) prend un caractère élégant où même les mouvements lents semblent adopter une gravité un peu conventionnelle. Les sonates de Haydn semblent cependant moins « mondaines » et conservent toujours une bonhomie terrienne pleine de joie de vivre, comme dans le joyeux finale de la Sonate n° 36 en ut majeur.


En 1780, l'éditeur viennois Artaria publie un recueil de six sonates de Haydn dont certaines étaient récentes et d'autres déjà anciennes. Cette sélection n'avait rien de musicologique mais semble avoir été guidée par le désir, tout commercial, d'en donner « pour tous les goûts ». On y trouve par exemple la « pathétique » Sonate en ut mineur (n° 33) de 1771, ainsi qu'une autre sonate particulièrement expressive, en ut dièse mineur n° 49, (Hob. XVI. 36), les n° 50 à 52 et celle en ut majeur (n° 48, Hob. XVI. 35) qui nous occupe ici, d'un style plus « galant ».


La révolution du pianoforte


On a remarqué une particularité dans la pratique du compositeur : il semblerait que les sonates et les quatuors à cordes ne puissent cohabiter. Entre 1772 et 1781, il aura composé 17 sonates et aucun quatuor. Plus tard, après 1788, le nombre des sonates se raréfie alors que celui des quatuors explose. Certes, il y a ces séries des causes conjoncturelles, par exemple, la rencontre d'un(e) interprète privilégié(e), mais l'on peut aussi se demander si Haydn n'utilise pas ces deux genres en alternance de manière expérimentale. L'année 1780 aura vu la naissance de cinq sonates consécutives (n°48 à 52, Hob. XVI/35-39) dont une nouvelle sonate « pathétique » en ut dièse mineur (n° 49, Hob. XVI. 36), et une célèbre Sonate en ré majeur (n° 50, Hob.XVI.37), avec son mouvement initial dans le style dynamique d'un opera buffa. Nouvelle série en 1784 avec quatre sonates (n° 54 à 57, Hob.XVI.41-42, 47).


En 1789, Haydn acquiert un pianoforte Schanz. On ne saurait mieux prouver le lien entre la facture instrumentale et la composition qu'en constatant les conséquences de cette acquisition. Il écrit d'abord la Fantaisie en ut majeur (Hob.XVII.4) puis dans les années suivantes, cinq grandes sonates (n° 58 à 62, Hob.XVI 48 à 52), souvent enregistrées et interprétées par les plus grands concertistes. De manière assez injuste, ces sonates ont bénéficié de la notoriété de Beethoven (qui fréquente précisément le vieux maître à cette époque) et ont été considérées par leur caractère prébeethovénien, alors qu'il aurait été plus juste de considérer les premières sonates de Beethoven pour leur caractère haydnien !


Cela dit, le Hammerklavier ne fait pas tout et ces dernières sonates ont profité des excellentes relations de Haydn avec des pianistes de talent comme Babette von Ployer, dédicataire de l'Andante varié en fa mineur (Hob.XVII.6, 1793), Marianne von Genzinger ou Theresa Jansen. Le matériau mélodique reste toujours aimable et charmant comme par le passé, mais l'écriture se fait plus variée, les développements plus importants, les rythmes plus anguleux l'harmonie plus audacieuse – par exemple, dans la Sonate n° 62 (Hob XVI.52), Haydn insère un adagio en mi majeur entre deux mouvements en mi bémol majeur, une des tonalités les plus éloignées qui soient.

Bref, sans renier son ancienne manière, Haydn met en place toute une grammaire musicale dont profiteront ses successeurs, de Beethoven à Schubert et même Schumann. Après 1795, la messe est dite, au moins dans le domaine de la sonate. Dès l'année suivante, Beethoven publie ses Trois Sonates op. 2.


Jacques Bonnaure


SÉLECTION DISCOGRAPHIQUE


 


Rudolf Buchbinder (Warner),grand connaisseur du style classique et également spécialiste de Mozart et Beethoven, s'impose en tête de la discographie, avec John McCabe (London). Jenö Jando (Naxos) est inégal, parfois un peu lourd et Walter Olbertz (Edel Classics) correct mais sans trop d'imagination. En revanche, il n'y a que du bien à dire de Jean-Efflam Bavouzet (Chandos) qui n'a, à ce jour, enregistré que cinq volumes, tous particulièrement réussis. La seule intégrale au pianoforte, de haut niveau, a été réalisée par Ronald Brautigam (Bis). Elle offre l'avantage d'inclure toutes les pièces pour piano qui ne sont pas des sonates, y compris une version « autorisée » pour piano des Sept Paroles du Christ en croix.


Nous n'avons pas entendu les versions de Carmen Piazzini (Oehms) sur piano et Christine Schornsheim (Capriccio) sur instruments d'époque (sonates, pièces brèves et variations).


 

Qui ne souhaiterait pas acquérir une intégrale trouvera une foule de publications séparées réunissant quelques sonates. De très grands interprètes s'y sont essayés, Vladimir Horowitz (Sony, avec des œuvres de Clementi), Sviatoslav Richter (Philips et Decca), Alfred Brendel (Philips), Glenn Gould (dernières sonates chez Sony, forcément spéciales). Plus récemment, Alain Planès a publié trois CD très intelligemment conçus (Harmonia Mundi). Michèle Boegner (Erato) ou Catherine Collard (3CD Lyrinx) ont des sonates une approche délicate et épurée, tandis que Marc-André Hamelin voit en Haydn le précurseur des grands Romantiques, tout en restant simple et précis (Hyperion).


Excellente anthologie de Zhu Xiao Mei (Mirare) Au pianoforte, Paul Badura-Skoda a ouvert la voie avec quatre magnifiques CD interprétés sur un pianoforte Schanz de 1790 (Arcana). Andreas Staier (2 CD Deutsche Harmonia Mundi) s'est imposé ensuite par sa vivacité et son sens des couleurs.

J.B.

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