Espace Pédagogie

Les conseils d'Alexandre Sorel

26 juin 2015 | 17H58
CHOPIN : MAZURKA OP. 67 N° 4

Les conseils d'Alexandre Sorel

26 juin 2015 | 17H58
CHOPIN : MAZURKA OP. 63 N° 3

Les conseils d'Alexandre Sorel

26 juin 2015 | 17H58
BACH : FANTAISIE CHROMATIQUE BWV 903
Nos Partenaires

MUSÉE WÜRTH

Festival Piano au Musée Würth du 28 octobre au 6 novembre 2016.
Logo de notre partenaire MUSÉE WÜRTH

SALLE COLONNE

Pianiste enregistre ses DVD dans ce lieu unique de répétitions et de concerts à Paris.
Logo de notre partenaire SALLE COLONNE

COLIN LAURENT

Réalisation et captation de tout projet musical, en France et à l'étranger, pour DVD, web ou TV.
Logo de notre partenaire COLIN LAURENT
Pratique / S'équiper / LES SECRETS DE FABRICATION DES PIANOS - Facture (1re partie)

Dossier

LES SECRETS DE FABRICATION DES PIANOS - Facture (1re partie)

Par Boris Varel / Mercredi 9 novembre 2011
Agrandir l'image :
© Pianos Maene
Diminuer la taille des caractères de l'article : LES SECRETS DE FABRICATION DES PIANOS - Facture (1re partie) Augmenter la taille des caractères de l'article : LES SECRETS DE FABRICATION DES PIANOS - Facture (1re partie) Imprimer l'article : LES SECRETS DE FABRICATION DES PIANOS - Facture (1re partie)
Imprimer
Partager sur les réseaux sociaux l'article : LES SECRETS DE FABRICATION DES PIANOS - Facture (1re partie)
Partager
S'abonner au flux RSS de Pianiste Magazine Voter pour l'article : LES SECRETS DE FABRICATION DES PIANOS - Facture (1re partie)
Voter (2)

Créé dès l'aube du xviiie siècle par le facteur d'instruments à clavier Bartolomeo Cristofori (1655-1731), le pianoforte est né de la fusion du clavecin du tympanon* (les astérisques renvoient au glossaire p. 41) et du clavicorde*. Sa forme et sa structure harmonique sont celles du grand clavecin. Son mécanisme reproduit l'attaque des mailloches* d'un tympanon. Ces dernières apportent à la tangente en laiton du clavier du clavicorde ce qui lui manque.

Pour de nombreuses raisons, ce nouvel instrument restera dans l'ombre durant un demi-siècle jusqu'à ce que Johann Sebastian Bach (1685-1750), après quelques réticences exprimées une première fois à l'égard d'un toucher trop lourd et de la faiblesse des aiguës, accorde son nihil obstat à Gottfried Silbermann (1683-1753) lors d'un second et fructueux essai. Ce parrainage éminent donna le départ d'une évolution qui durera plus d'un siècle.

Tout comme les clavecins, les premiers pianofortes étaient faits de matériaux communs : des bois, des peaux et des métaux comme le fer, le laiton ou le cuivre, du drap de laine, du feutre foulé, du feutre tramé. Les cordes étaient en ferpour l'aigu, en laiton ou en bronze pour les basses. Les chevilles, les pointes de chevalet* et d'accroche*, les pointes de clavier, diverses vis et charnières étaient aussi en fer, laiton ou bronze. Les marteaux en papier ou parchemin d'abord, puis garnis de peau étaient collés au bout de manches en cyprès, cèdre ou charme. La table d'harmonie et les éclisses du piano étaient construites en cyprès, pin, sapin, épicéa alors que le sommier*, les chevalets et l'accroche étaient constitués de bois durs comme le hêtre, l'érable ou le noyer blanc.

Il fallut attendre la fin du règne du clavecin pour que les techniques de fabrication des pianofortes se libèrent quelque peu de la tradition.


Les cordes : du fer doux à l'acier trempé

Tout permet d'affirmer que le fil d'Ariane de l'histoire du pianoforte est celui de l'évolution de la corde musicale. En effet, des qualités mécaniques et acoustiques de celle-ci dépendent le choix de l'étendue du clavier et de la longueur du plan de cordage.

Giorgio di Roma [Giorgio Armellino dit Giorgio di Roma publia en1834 le Manuel simplifié de l'accordeur ou l'art d'accorder les pianos à la Librairie encyclopédique Roret de Paris] affirmait en 1834 que trois sortes de cordes étaient disponibles sur le marché à cette époque : "Les cordes anglaises, les cordes de Berlin et les cordes de Nuremberg. Les premières sont en acier, les secondes en fer et les troisièmes en cuivre." Les cordes de Fuchs à Nuremberg furent rapidement dépassées par Berlin qui laissa rapidement la première place aux cordes anglaises en acier considérées comme les meilleures. Leur sonorité était brillante et longue. Le monopole détenu par Webster de Birmingham ne dura pas très longtemps non plus puisque l'Autrichien Miller puis bien d'autres se précipitèrent dans une course aux performances mécaniques des fils d'acier. La concurrence fit rage et les résultats des tests des différentes expositions universelles - Paris (1867), Vienne (1873), Philadelphie (1876), Chicago (1893) - rendent compte des progrès réalisés.




Disposant de cordes de plus en plus résistantes, les facteurs de pianos dessinèrent des plans de cordage de plus en plus longs et augmentèrent l'étendue du clavier qui passa progressivement de quatre octaves chez Cristofori, aux huit octaves de Jean-Henri Pape (1787-1875) dès 1842. Plus de notes, des cordes plus grosses et plus longues, tout ceci fut fait dans l'espoir d'enrichir le son et de le rendre plus puissant.

La tension plus forte dicta la nécessité de structures plus résistantes, de tables d'harmonies plus épaisses, de marteaux plus lourds pour transférer une plus forte énergie aux cordes.

Aujourd'hui les performances mécaniques des cordes en acier ont atteint un optimum. Les tréfileries* sont moins nombreuses mais les productions de Röslau Draht en Allemagne, Mapes aux États-Unis, ISW Suzuki Music au Japon et Stephen Paulello en France couvrent les besoins du marché. Parmi les 7 000 tonnes de produits tréfilés chez Röslau Draht, 400 tonnes seulement appartiennent aux cordes musicales.

En près de deux siècles, le concept global a été complètement renversé. On passe d'une faible tension des cordes, une structure légère, une sonorité argentine et délicate à une forte tension des cordes, une structure lourde, une sonorité puissante destinée aux grandes salles de concert.


Le cadre : du barrage en bois au cadre métallique "barless"

Dès 1800, il y eut un grand nombre de tentatives pour renforcer les éclisses* et barrages* grâce à l'adjonction de pièces métalliques. Une maison viennoise, Wachtl & Bleyer, affirma en 1808 que la tension totale des cordes de leurs pianos à queue s'élevait à quatre tonnes alors qu'une pression de 20 tonnes s'exerce en moyenne sur un piano moderne. Avant d'augmenter davantage la tension des cordes pour gagner en puissance, il devenait urgent de renforcer la structure avec les moyens du bord, c'est-à-dire des tubes métalliques ou des barres sur et sous la table d'harmonie dans un style parfois eiffelien avant l'heure. Le premier système acceptable fut inventé par Allen and Thom à Londres en 1820. Robert Stodart reprit le brevet et construisit un piano avec une tension totale de sixtonnes. Alpheus Babcock de Boston suivit en 1825 avec le premier cadre métallique complet pour piano carré. "L'école de Boston" était née, et Jonas Chickering qui en faisait partie, introduisit un cadre métallique complet dans tous ses pianos à partir de 1843.

Les facteurs européens ne furent pas convaincus et mirent du temps à emboiter le pas. Beaucoup prétendaient détecter une sonorité métallique due au cadre. Quand Steinway présenta en 1855 un piano de qualité et puissant équipé d'un cadre métallique, beaucoup de fabricants l'adoptèrent. La France resta cependant sur ses convictions, Pleyel et Érard utiliseront des renforts assemblés jusqu'au début du xxe siècle.

Le cadre est traditionnellement constitué de fonte lamellaire grise dont les performances mécaniques ne sont pas exceptionnelles, mais qui présente de nombreux avantages quant à sa stabilité dimensionnelle, son usinabilité, son taux d'amortissement acoustique et son prix de revient. Un cadre de piano est fondu dans une fonderie spécialisée. En 1888 à Londres, Broadwood brevetait un cadre sans entretoises* en acier doux particulièrement intéressant. En effet, les notes situées de part et d'autre des renforts de cadre posent toujours des problèmes à l'harmoniste consciencieux. En éliminant ces renforts, Broadwood lisse les passages d'un registre à l'autre.


La table d'harmonie : du parchemin à l'épicéa

La table d'harmonie traditionnelle d'un piano doit remplir des fonctions statiques et acoustiques. Sa fonction acoustique consiste à transformer une partie de l'énergie mécanique des cordes en énergie acoustique. La table d'harmonie n'amplifie rien, elle rayonne des ondes sonores. Presque toutes les tables d'harmonie sont faites aujourd'hui de bois d'épicéa très soigneusement choisi puis assemblé. L' épicéa (picea excelsa ou picea abie) est propre à l'Europe et pousse dans les Alpes, les Alpes dinariques, leJura, les Vosges, la Forêt Noire, la Bavière, la Thuringe, les Sudètes, la Bohème, la Bucovine, le Nord des Pays Baltes, la Russie, l'Ukraine.

L'épinette de Sitka, très utilisée aux États-Unis, au Canada et en Asie pour ses exceptionnelles performances, est originaire d'Alaska et de la côte occidentale d'Amérique du Nord. Il s'agit d'un bois très élastique, d'une couleur plus foncée que son cousin européen.

Dans tous les cas, le bois de résonance devra être soigneusement choisi et coupé "sur quartier", c'est-à-dire dans le sens des rayons médullaires afin d'offrir un fil long, régulier et perpendiculaire à la surface du panneau de table d'harmonie.

Cette table d'harmonie a fait l'objet de recherches de toutes sortes. Des formes et répartitions de raidisseurs extravagantes, d'audacieuses géométries de la membrane ainsi qu'une grande diversité de matériaux ont été expérimentées.Jacob Goll de Vienne utilisa du fer ou du cuivre avec un certain succès en 1823. Jean-Henri Pape, expérimentateur de génie, fit des essais avec des bois d'essences diverses, des métaux et osa même le parchemin. Seul ce dernier se montra totalement inadapté dans le registre aigu.


Les marteaux : du papier, au feutre en passant par la peau

Selon l'article de l'écrivain et critique d'art italien Scipione Maffei (1675-1755) datant de 1711 dans la revue Giornale dei letterati d'Italia aussi savante qu'éphémère, le marteau expérimenté par Cristofori semble être un bloc de bois recouvert d'une peau. Les trois Cristofori encore existants ont pourtant une mécanique très différente de celle qui fut dessinée par Maffei. Le Cristofori de 1726 conservé au musée de Leipzig est équipé de marteaux en papier. Il s'agit de plusieurs couches de papier qui, avant d'être roulées, sont trempées dans un bain de colle chaude très fluide. Après séchage, le rouleau devient très dur tout en étant élastique comme un ressort. Cristofori avait déjà parfaitement compris les subtilités de l'harmonisation et les phénomènes d'élasticité. Il faut noter au passage que la distance entre le marteau au repos et la corde était très faible, 20 mm environ contre 47 mm aujourd'hui (en passant par 55 mm chez Érard vers 1850), ce qui limitait les possibilités d'accélération du marteau et donc la puissance. Cristofori voulait manifestement obtenir un toucher rapide et subtil. Sa mécanique a servi d'exemple à denombreux facteurs d'instruments comme Gottfried Silbermann. Seule différence, mais de taille : le marteau est chez lui recouvert d'une peau très épaisse et la distance entre celui-ci et la corde est deux fois plus grande.




Après Johann Andreas Silbermann à Strasbourg et Johann Andreas Stein (1728-1792) à Augsburg en Allemagne, le pianoforte s'épanouit en Autriche et en Angleterre.

Les marteaux des pianos viennois, depuis le Sturm und Drang [mouvement qui, à la fin du xviiie siècle, vint remettre en cause la philosophie des Lumières en exaltant la spontanéité de la création individuelle et la toute-puissance de l'imagination, du sentiment et de l'instinct] jusqu'à l'aube du Romantisme, étaient constitués d'une âme en bois dur recouverte de deux couches de peau de daim. Les marteaux aux couches de peaux multiples naissent en Angleterre aux environs de 1790 et s'imposeront plus tard, à partir de 1820. Ils sont composés de couches à la fermeté progressive, depuis l'âme recouverte de cuir à semelle jusqu'à la dernière couche toujours très douce appelée "Intonierungsleder" ou peau d'harmonisation, toujours de première qualité. Celle-ci entrait en contact avec la corde en apportant une sonorité timbrée et ronde, un pianissimodoux et un fortissimo solide et charpenté. D'après la musicologue anglaise Rosamond Harding (1898-1982), la peau de daim était considérée jusqu'en 1856 comme le matériel le plus durable pour garnir les têtes de marteaux. Elle aurait pu satisfaire tout le monde si toutes les peaux avaient été de la meilleure qualité, d'épaisseur constante, d'égale élasticité, ce qui malheureusement n'était jamais le cas. On tenta de trouver un matériau de substitution avec du drap, du liège, du caoutchouc des Indes, de l'éponge. La difficulté de trouver des peaux de bonne qualité eut pour conséquence l'abandon de la peau en faveur du feutre.

Le facteur de pianos Claude Montal écrit à ce sujet en 1836 : "La garniture des marteaux doit fixer notre attention d'une manière particulière : c'est elle qui, avec la frappe, détermine en partie la qualité de son de l'instrument. À présent, on garnit les marteaux avec de la peau de daim jaune, ou avec une espèce de feutre particulier gris ou vert. Le daim est très solide, mais on a de la peine à en trouver de bonne qualité d'où résulte une grande difficulté pour égaliser un piano, ce qui a engagé beaucoup de facteurs à employer du feutre parce qu'il procure une égalité parfaite et une qualité de son préférable pour beaucoup de personnes. Cependant il est moins solide que le daim, les cordes le coupent facilement, surtout dans les dessus, le piano perd de sa bonté, et on est obligé de renouveler la garniture au bout d'un certain temps. Que l'on fasse usage du feutre ou du daim, pour que les marteaux soient bien et solidement garnis, il faut que la garniture soit très serrée, proprement collée et coupée bien net."

Le premier brevet pour les marteaux couverts de feutre fut déposé par Jean Henri Pape en 1826. Comme il l'écrit lui-même : "Avant l'adoption du feutre, il y avait bien peu de facteurs qui fussent à même d'égaliser un piano. Si j'ai choisi la couleur verte, c'est que cette couleur, étant due à une matière vénéneuse, empêche que le feutre soit attaqué par des mites." Plus tard, en 1839, il présenta un piano dont l'épaisseur de la garniture des têtes de marteaux était dégressive vers l'aigu. Il semble être l'inventeur de ce procédé.

Au cours des siècles, le processus de fabrication du feutre de marteau a été affiné et industrialisé, mais le principe de base est le même. La laine de mouton est soumise au feutrage grâce à la friction et pression des fibres entre elles, à la chaleur et à l'humidité. Selon le traitement, le feutre peut être tendre comme du coton ou aussi dur que du bois. Le matériau de base est composé des meilleures laines de mérinos. Les fabricants de feutres devenus rares, sont Laoureux pour la France, VFG et Wurzenfilz pour l'Allemagne.

La construction des pianos nécessite l'emploi de matériaux soigneusement sélectionnés et travaillés par de nombreux corps de métier, chacun apportant son précieux savoir-faire et son expérience. Ces matériaux examinés dans la première partie de ce dossier sont ceux qui sont le plus couramment rencontrés. Pour l'instant, le bois, le métal et la laine naturelle sont des ingrédients dominants, mais, depuis les années 50, des tentatives de fiabilisation ou de simplification de la production de pianos par l'utilisation de matériaux synthétiques furent faites. La deuxième partie du dossier considérera ces tentatives dans le détail.

Abonnez-vous
à Pianiste
LES OFFRES DE PIANISTE
Retrouvez PIANISTE soit en Magazine ou sur Ipad ou sur Iphone

Abonnez-vous à Pianiste



Retrouvez tous les numéros de Pianiste ou abonnez-vous au magazine

Les DVD leçon de Piano

La boutique Pianiste


Retrouvez les DVD "leçons de Piano" par Pianiste et notre sélection de CD et DVD

 
  Retrouvez-nous sur smartphone et tablette
Déjà abonné ? Accédez à votre espace et gérez votre abonnement
Google Play App Store

Les sites du réseau Groupe Express-Roularta :

Copyright © 2011-2017 PIANISTE MAGAZINE | Nous contacter | Plan du site | Mentions légales | Charte de l'utilisateur | Publicité
Powered by Walabiz