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Pédagogie / Les conseils d'Alexandre Sorel / FAURÉ : NOCTURNE N°4
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FAURÉ : NOCTURNE N°4

Par Alexandre Sorel / Vendredi 4 juillet 2014 / Pianiste Magazine N°87 - juillet-août 2014
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Gabriel Fauré (1845-1924)
Nocturne n° 4 en si bémol majeur op. 36


MES. 1-4



Mes. 1-4
La mélodie principale de ce Quatrième Nocturne de Fauré, égrenée quasi improvisando est toute empreinte d’évidence. Ses méandres paresseux évoquent un « je-ne-sais quoi » (pour reprendre le mot du philosophe Vladimir Jankélévitch) de nostalgie et de détachement. Elle doit emporter notre auditeur dans un rêve éveillé qui le remplit d’aise. Comment restituer toute la beauté de ce chef-d’œuvre ?

Main gauche. D’abord, ce qu’il faut viser, est le plus parfait naturel dans la déclamation musicale. L’interprète ne peut y parvenir qu’en s’installant dans un tempo stable et régulier, qui berce l’auditoire. Or, ce flux doit être recherché en premier lieu par la régularité de la main gauche. La mélodie est séduisante d’emblée et nous attire, mais nous risquons d’être hypnotisés par elle et de ne pas contrôler la partie accompagnante, toute aussi essentielle à la beauté du discours. Rendez votre partie de main gauche autonome, nuancée et vivante, bercée d’une égale pulsation, usant d’une pédalisation adéquate et votre chant se déploiera alors de lui-même. Pour jouer en mesure cette main gauche, il faut évidemment bien savoir les notes. Apprenez quelles sont les fondamentales de chaque accord et le renversement utilisé par Fauré. Physiquement, prenez l’empreinte de chaque accord, en respectant vos doigtés, en formant votre voûte de main et en relevant un peu les doigts qui ne jouent pas. Fauré passe d’une harmonie à l’autre, à l’aide de notes nouvelles et de notes semblables. Identifiez-les, chantez ces lignes horizontales qui servent à enchaîner les accords.

Mélodie-Harmonie : horizontal-vertical. Puis, voici l’une des difficultés principales de ce début. À la main droite, ce magnifique chant déploie ses méandres. Mais votre quête (louable !) de la beauté du phrasé mélodique – c’est-à-dire horizontale – ne doit pas vous empêcher de respecter à la main gauche l’aspect harmonique – c’est-à-dire vertical de l’écriture. Même si votre désir est de déployer la courbe du chant, veillez néanmoins à attaquer d’un tout petit geste vertical chacun des accords de la main gauche, afin de faire entendre la plénitude de l’harmonie. Obtenez la simultanéité de toutes les notes. Placez-vous au dessus et jouez-les parfaitement en même temps. Conjuguer la beauté mélodique (horizontalité) et la plénitude harmonique (verticalité) est l’une des grandes difficultés de ce Nocturne.

Le voyage harmonique. Il y a, dans l’art de Fauré « de la musique avant toute chose ». Or, à l’instar du vers dans l’Art Poétique de Verlaine, « plus vague et plus soluble dans l’air / sans rien en lui qui pèse ou qui pose », dans toute la première partie de ce Nocturne, la tonalité se cherche, fluctue et semble ne se fixer nulle part. Fauré n’assied pas son discours. Il n’utilise que des harmonies suspensives, il semble vouloir aller toujours plus loin, comme pour nous dire que dans la vie, rien ne demeure et tout passe, tout est éphémère.

Prenons un exemple. Dès la mesure 2, Fauré enchaîne l’accord de ré septième (IIe degré) au premier degré d’ut mineur. Nous quittons ainsi, très peu de temps après le début, la tonalité principale du morceau, mi bémol. Nous sommes placés d’emblée dans un état d’instabilité tonale, d’aspiration perpétuelle à quelque chose, qui ne s’apaisera qu’à l’arrivée de la cadence, mesures 11 à 12. Ressentez physiquement cette instabilité. N’asseyez pas votre jeu. Pour jouer le chant, maintenez vos doigts dans les touches d’une note à l’autre (afin d’assurer le legato), mais allégez votre coude. Ôtez votre poids dans les touches après l’attaque. Quant à la main gauche, sa lévitation est dictée par les demi-soupirs eux-mêmes, qui nous enjoignent de lever le bras.

MES. 10-11


Mes. 10-11
La Pédale. La mesure 11 est très instructive quant à l’usage subtil de la pédale, qui est si important dans la musique française, toute en couleurs et en demi-teintes harmoniques. Fauré a noté à la basse une note ronde, si bémol. Puis, par-dessus, des broderies successives et diverses notes de passage autour de l’accord de dominante (si bémol, ré, fa, la bémol). On ne peut pas garder la basse avec le doigt car il faut jouer « le haut ». D’un côté, ôter la pédale nous ferait perdre le sillage sonore du si bémol de basse et, d’un autre côté, conserver une seule et même pédale produirait un fouillis sonore désagréable. Une seule solution demeure : changez une demi-pédale sur chaque croche. Ne relevez votre pied qu’à moitié et écoutez l’effet produit, celui d’un fin sillage de la basse. Cette habileté de l’oreille et du pied est essentielle pour jouer Fauré, Debussy, Ravel et, d’une manière générale, bien d’autres musiques que celles de ces compositeurs.

MES. 12-13



Mes. 12-13

Ici, le thème est repris, étoffé d’un accompagnement en arpèges. Commencez par bien étudier votre main gauche seule, en appliquant les doigtés qui vous permettent de la jouer vraiment legato (voir nos doigtés sur le livret de partitions, page XXII). Faites de même pour les octaves de main droite.

Phraser par le geste. À la main gauche, sentez la lévitation du bras sur le silence (le demi-soupir). D’abord, exécutez les trois croches regroupées avec un soupçon de verticalité. Elle est de mise pour assurer la plénitude et l’ensemble des trois notes des accords. Ensuite, élancez-vous pour le phrasé de sept doubles croches. Comme nous l’avons vu pour les pièces de Chopin et de Schumann, « tombez » un peu dans la première note (sans excès de poids non plus, car il part de la deuxième double croche). En abordant la terminaison de votre phrasé, ôtez progressivement votre poids dans les touches, afin de diminuer.
1. Maintenez les touches abaissées afin que le son perdure.
2. Débloquez complètement votre poignet, sentez qu’il est parfaitement libre.
3. Allégez progressivement votre poids, en soulevant un peu votre coude devant vous (attention : sans tourner la pointe du coude vers l’extérieur !).

Si vous mettez en œuvre ces trois préceptes, vous serez en mesure de dessiner la phrase musicale et vous verrez votre poignet remonter en fin de phrase. Précisons ceci : ce n’est pas votre poignet qui sera actif ! Le poignet doit être seulement libre. C’est le coude qui est la cause, c’est lui qui s’allège afin de doser le poids. Phrasez ainsi tout au long de ce Nocturne de Fauré avec un poignet aussi souple que possible, en dessinant vos phrases comme à l’aide d’un archet de violon.

Lier les octaves de main droite.
À la main droite, tenez le plus longtemps possible chaque octave jusqu’à la suivante. Soyez rigoureux sur l’emploi des bons doigtés. Parfois, on ne peut pas lier par la partie supérieure. Du premier au deuxième temps et du troisième au quatrième temps, liez par la partie du bas, en substituant le doigt sur la partie basse. Chopin recommandait de multiplier les substitutions, pour favoriser cet extrême legato par les doigts eux-mêmes, sans l’aide de la pédale. Par ailleurs, un bon legato s’obtient non seulement en tenant les notes, mais aussi en imaginant la courbe sonore d’une phrase, avec son début, son sommet et sa terminaison. Il est une façon d’entendre intérieurement et d’anticiper la musique.

Enfin, remarquez que le pouce de main la droite au quatrième temps, joue une note, sol, qui est ensuite répétée par la main gauche lors de la fin de l’arpège. Si vous voulez que votre main mémorise les empreintes, répétez bien cette note semblable, en laissant remonter la touche la première fois qu’elle est jouée.

MES. 23-25




Mes. 23-25
Dosez les parties internes. Une paix indicible, d’une grande douceur, teintée en même temps de nostalgie, préside à ce passage. Le philosophe Vladimir Jankélévitch, fin connaisseur de la musique de Fauré, écrivit un ouvrage intitulé : De la Musique au silence - Fauré et l’inexprimable. Gardons-nous donc de décrire une telle beauté. Cependant prenons conscience du matériau musical. Sentez d’abord que nous passons en mi bémol mineur par le changement d’armure. Pensez, écoutez et sentez spécialement la tierce sol bémol, qui détermine le mode. Puis, laissez-vous bercer, mentalement et physiquement, par l’alternance tonique-stable/dominante-suspensive, qui intervient tous les deux temps. « Posez » de bas en haut vos cinquièmes doigts, auxquels sont confié la note tonique, sur la basse et la note la plus aiguë. Sur les troisième et quatrième temps, au contraire, sentez votre corps en lévitation sur vos deux petits doigts, si bémol aux deux mains, car il s’agit de la dominante.

Tenez la touche, débloquez votre poignet et allégez votre coude. Tout en respectant cette sensation, faites entendre les deux parties internes, celle du ténor (pouce gauche) et de l’alto (pouce droit), qui entonnent un beau contre-chant à deux voix, sol, la, sol (gauche) et mi bémol, fa, mi bémol (droite). Dosez le son de ces deux parties. Soupesez et écoutez. Phrasez comme nous l’avons indiqué, par un geste souple, qui corresponde à la dynamique musicale. Enfin, entre chaque phrase, respirez aussi avec la pédale. Il ne suffit pas de couper avec les doigts, il faut aussi que l’oreille perçoive la césure, par le mouvement du pied, qui doit se relever un instant. Écoutez-vous !

MES.44-45


Mes. 44-45

Les dissonances dues aux notes étrangères, les « modes ». Pour mieux apprendre, distinguez, tout au long de ce morceau, les notes que l’on nomme « réelles », qui constituent le squelette harmonique de ce Nocturne, et les notes que l’on nomme « notes étrangères » (notes de passage, broderies, appoggiatures). L’analyste Jacques Chailley les décrit ainsi : « D’autres notes qui résultent de l’interférence avec l’accord réel de mouvement mélodique, sans influence sur sa nature harmonique. » (Jacques Chailley : Traité historique d’analyse harmonique).

Écoutez particulièrement les notes étrangères pour apprendre cette œuvre. Elles génèrent des dissonances et parfois une âpreté qui sont un outil essentiel sur la palette expressive de Fauré. La musique est comme la vie : une succession de douleurs (tensions, dissonances) et d’apaisements (résolutions-consolations). Or, d’une manière générale, pour apprendre un morceau, insistez sur l’écoute des dissonances. Notre jeu ne peut avancer que si notre oreille n’a aucune hésitation sur ce qu’elle doit entendre. Si un quelconque frottement la heurte, notre inconscient se demande : « Est-ce bien cela qu’il faut entendre ? » Cela nous fait perdre une fraction de seconde et ce minuscule retard peut être fatal à la fluidité musicale. Ici, le do de la mesure 44 est une broderie du si bémol. Il surprend notre oreille et signe le goût de Fauré pour les « modes » anciens ou les « modes d’église », qu’il apprit à l’École Niedermeyer. Cet aspect modal est caractéristique de son œuvre. Fauré utilise le mode de ré (la gamme sur touches blanches depuis le ré), depuis mi bémol. Habituez votre oreille à ce mode aux sonorités un peu étranges.

D’autres dissonances apparaissent. Mesure 45, le « squelette harmonique » est l’accord de mi bémol – sol – si bémol - ré bémol. Toutes les autres notes sont des broderies qui tournent autour de vraies notes. Cela crée d’âpres dissonances, avec lesquelles vous devez vous familiariser. Si vous réalisez ce travail d’écoute, vous exécuterez sans difficulté le rythme en quatre notes contre trois qui intervient d’après le même principe, mesure 47.

MES. 54-55


Mes. 54-55

Jouer très fort. Relief du clavier. Ce passage très passionné est à l’évidence le plus difficile, à la fois à cause de la nuance ff, et des larges déplacements, qui sont simultanés aux deux mains. La mémoire dite « musculaire » doit ici jouer un rôle. Il est donc essentiel d’user des bons gestes et des bons doigtés.

Commencez par analyser et écouter soigneusement chaque harmonie, afin d’être bien sûr de ce que vous voulez entendre.
Puis intégrez les gestes suivants. Vous devez vous trouver en situation de redescendre sur chaque noire du chant ff, afin de peser sur elle de tout votre poids. La condition indispensable pour cela est que, avant cette note, votre poignet soit remonté vers le haut et votre poids allégé, faute de quoi, vous ne pouvez pas redescendre sur la note importante. Exercez donc ainsi ces difficiles déplacements : remontez et allégez, à chaque temps, sur les troisième et quatrième doubles croches.

C’est une façon d’anticiper par le geste, qui nous aide d’ailleurs à anticiper par la pensée. Faites cela, aux deux mains parallèlement, même si la main gauche ne rejoue que des blanches. L’essentiel est de ne jamais bloquer votre poignet sur une note tenue, même si elle est forte.
Ajoutons que le relief du clavier vient parfois gêner ce geste. Par exemple, sur le troisième temps de la mesure 55, il faut redescendre sur la bémol à la main gauche et aussi à la main droite. Ce sont deux touches noires, qui sont donc en hauteur sur le clavier. Cela ne doit pas vous empêcher de les prendre en descendant.
Anticipez le geste, en remontant suffisamment le poignet sur les notes qui précèdent. On le voit, certains les gestes de haut en bas sont nécessaires. Ils correspondent aux appuis de la musique. Parfois cependant, le relief du clavier risque de nous en détourner et de nous faire jouer involontairement de faux accents, ou au contraire de nous empêcher de respecter les bons appuis.

Avec cette remarque, nous sommes au cœur de la technique pianistique, dont il nous semble bon de rappeler les grands principes. Comme l’enseignait le grand pédagogue Henrich Neuhaus, « l’interprétation se compose grosso modo de trois éléments : la musique, le pianiste, et l’instrument » (Henrich Neuhaus, L’Art du piano). De fait, il faut savoir, dans un premier temps, ce que notre oreille de musicien désire entendre, chercher la plus grande beauté possible, ce que Neuhaus appelle comprendre l’image esthétique de l’œuvre musicale. Puis, connaissant nos bras et nos mains, tout autant que l’instrument lui-même, vient le moment de choisir le meilleur moyen d’exécuter la partition concrètement, à travers les gestes, les sensations, les forces en présence. La technique, certes, est très importante, mais elle n’est qu’un pont pour accéder à la beauté et ne doit jamais être considérée comme un but en soi.




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Photo de l'expert Pianiste Magazine : Alexandre Sorel
Alexandre Sorel
Passionné par la pédagogie, professeur au Conservatoire de Gennevilliers, j’ai créé une collection intitulée « Comment jouer » (Ed. Symétrie). J’enregistre aujourd’hui le CD joint à Pianiste, choisis et commente les œuvres proposées. Je cherche sans cesse à jouer avec plus de sûreté – en quête de justice rendue à l’œuvre –, de beauté et d’émotion. Amoureux du génie de Chopin, je demeure convaincu, à l’instar de sa pensée, que « technique » et art de la déclamation musicale vont de pair. C’est pourquoi je ne cesse de m’interroger sur la technique et la musique elle-même, de mettre en pratique cette belle phrase de Schumann : « On n’a jamais fini d’apprendre. »...
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