Espace Pédagogie

Les conseils d'Alexandre Sorel

26 juin 2015 | 17H58
CHOPIN : MAZURKA OP. 67 N° 4

Les conseils d'Alexandre Sorel

26 juin 2015 | 17H58
CHOPIN : MAZURKA OP. 63 N° 3

Les conseils d'Alexandre Sorel

26 juin 2015 | 17H58
BACH : FANTAISIE CHROMATIQUE BWV 903
Jeux concours
JEU-CONCOURS DEUTSCHE GRAMMOPHON

JEU-CONCOURS DEUTSCHE GRAMMOPHON

JOUEZ ET GAGNEZ 4 COFFRETS MAURIZIO POLLINI, COMPLETE RECORDINGS ON DEUTSCHE ...
Tous les jeux-concours
Nos Partenaires

MUSÉE WÜRTH

Festival Piano au Musée Würth du 28 octobre au 6 novembre 2016.
Logo de notre partenaire MUSÉE WÜRTH

SALLE COLONNE

Pianiste enregistre ses DVD dans ce lieu unique de répétitions et de concerts à Paris.
Logo de notre partenaire SALLE COLONNE

COLIN LAURENT

Réalisation et captation de tout projet musical, en France et à l'étranger, pour DVD, web ou TV.
Logo de notre partenaire COLIN LAURENT
Actualités / / ERIK SATIE : PORTRAIT D’UN BEL EXCENTRIQUE

En bref

ERIK SATIE : PORTRAIT D’UN BEL EXCENTRIQUE

Par Aénor Gillet de Thorey / Jeudi 11 septembre 2014
Agrandir l'image :
© Bettmann/CORBIS
Diminuer la taille des caractères de l'article : ERIK SATIE :  PORTRAIT D’UN BEL EXCENTRIQUE Augmenter la taille des caractères de l'article : ERIK SATIE :  PORTRAIT D’UN BEL EXCENTRIQUE Imprimer l'article : ERIK SATIE :  PORTRAIT D’UN BEL EXCENTRIQUE
Imprimer
Partager sur les réseaux sociaux l'article : ERIK SATIE :  PORTRAIT D’UN BEL EXCENTRIQUE
Partager
S'abonner au flux RSS de Pianiste Magazine Voter pour l'article : ERIK SATIE :  PORTRAIT D’UN BEL EXCENTRIQUE
Voter (2)

"Fumiste" pour les uns, génie visionnaire pour les autres, classique et moderne à la fois, l'auteur des Gymnopédies nous interpelle. Où est la posture et où est la sincérité chez ce génie de l'entre-deux musical ?


« L’homme d’Arcueil est un personnage qui suscite les haines et les passions, aussi bien à son époque qu’aujourd’hui », nous confie Jean-Pierre Armengaud, pianiste et spécialiste du compositeur 1, qui ajoute que sa musique est très souvent considérée comme de la « non-musique ». Satie était un personnage double, bourré de contradictions et c’est sûrement ce qui fait la richesse et l’originalité de sa musique. Le piano, par exemple, était son moyen d’expression préféré alors qu’il était un mauvais pianiste ! Ce dédoublement révèle l’histoire d’un artiste qui disait de lui qu’il était « venu au monde très jeune dans un temps très vieux ». Tout au long de sa vie, il oscille entre plusieurs esthétiques. Aldo Ciccolini a trouvé cette belle formule : « Satie ne ressemble qu’à Satie. » L’homme lui-même ne se considérait pas comme musicien, mais comme « phonomètrographe ». Suivons son raisonnement : est-ce que son oeuvre, tout à la fois profonde et humoristique, était réellement de la musique ?


Les musicologues n’ont jamais réussi à se mettre d’accord. Quant aux artistes... Ils furent souvent désemparés. Au point qu’à la fin de sa vie, Satie n’était à l’aise qu’avec les peintres, côtoyant les plus grands : Braque, Picasso (d’où il puise l’idée du cubisme pour sa musique)... Man Ray, qui l’adorait, dira de lui « qu’il est le seul musicien qui ait des yeux ». Cela n’empêche pas le compositeur d’écrire sous le coup de la colère, en 1918, à la peintre Valentine Gross : « J’emmerde l’art, c’est un métier de con que celui d’artiste. » Un an plus tôt, le ballet réaliste Parade a été créé au théâtre du Châtelet. Auteur de l’argument, Jean Cocteau raconte que, lors des répétitions, les musiciens pensaient jouer de la musique de bastringue, et l’écrivain fut obligé de faire venir Ravel pour qu’il leur explique que la musique de Satie était un chef-d’oeuvre 2.


Un mystique égaré au XXe siècle

Satie a écrit dans des styles de musique totalement opposés : musique mystique comme musique de cabaret. Pourquoi ces deux extrêmes ? Il va aborder la musique mystique lorsqu’il devient sectateur de l’Ordre Ancien de la Rose-Croix, secte créée par le romancier Péladan. Il compose pour elle dès 1891. De cette période, on retient des oeuvres telles que Salut drapeau ou les Sonneries de la RoseCroix. Puis, en 1893, il part et crée sa propre chapelle, dont il est le seul membre. Il écrit alors La Messe des pauvres. Le mysticisme se retrouve également dans des pièces telles que Les Préludes d’Eginhard, les Nazaréen ou encore La Porte héroïque du ciel. Le musicien iconoclaste explore ce qu’il qualifie de «musique à genoux », « tournée vers le ciel » pour détacher l’individu de la foule, d’après la musicologue Ornella Volta 3. Ce côté « illuminé » dans la musique de Satie fait dire au compositeur Claude Duboscq, disciple de Vincent d’Indy, que Satie est « le musicien le plus religieux, de tendance et d’influence dans ce siècle vingt ». Mais notre homme est très paradoxal, car en participant aux courants mystiques, il accepte de suivre un enseignement et des principes parfois non réfléchis.


Le compositeur n’a pas uniquement puisé son inspiration dans les courants religieux. Il a été fortement [ marqué par des influences orientales, [ grecques ou crétoises, pour les Gymnopédies ou les Gnossiennes. En effet, il existe une autre hypothèse autour du nom de Gnossienne, qui rappelle Cnossos, l’ancienne capitale de la Crète. Satie y utilise d’ailleurs une gamme chromatique grecque antique. Pour ce qui est des Gymnopédies, il s’est inspiré des danses solennelles d’enfants spartiates, gymnos signifiant « nu » et paidos, « enfant ». Satie puise aussi dans les musiques de l’Europe de l’Est ou extra-européennes. Longtemps on a pensé que les échelles exotiques (non diatoniques) utilisées pour ces oeuvres venaient de mélodies roumaines entendues lors de l’Exposition universelle de 1889. Échos, réminiscences, trouvaille personnelle ? Quoi qu’il en soit, Satie revendique des choix personnels contre les diktats des institutions. En témoignent ses compositions lorsqu’il était pianiste de cabaret.


Humour... or not

Voilà une belle série de pièces purement « alimentaires » ! Entre 1899 et 1911, notre musicien cachetonne au cabaret du Chat Noir, à Montmartre, tout en détestant ce métier. C’est pourtant une période très enrichissante. Côtoyant les personnalités de la Belle Époque, il va composer pour la chanteuse Paulette Darty (qui rend sa musique populaire) mais également la danseuse Caryathis (La Belle Excentrique) au moment des Années Folles. On retient Je te veux, Tendrement, La Diva de l’empire et bien d’autres. Cette période ne le laissera pas sans marques, influençant ses mélodies humoristiques composées plus tard. Suite au Chat Noir, Satie devient le chantre de la lutte contre une société aliénante. Les personnalités du lieu étaient fières de réagir contre le conformisme et la bêtise, volonté que l’on trouve dans la Sonatine bureaucratique, Sports et Divertissements ou encore Le Flirt.


Une autre dualité frappante dans sa musique : l’humour opposé à une grande tristesse. Cet homme qui se qualifiait lui-même de « crétin », par autodérision, place dans ses morceaux de nombreuses touches humoristiques. Pour Trois morceaux en forme de poire, la dérision est déjà cachée dans le titre. À l’origine, il lance une pique à Debussy qui lui avait conseillé de travailler la forme de ses oeuvres. En réponse, Satie pense ce titre pour éviter qu’on lui reproche que le morceau est informe. Autre titre révélateur : Fantaisie musculaire, qui se moque des virtuoses du violon. Mais cette malice humoristique se retrouve également au sein des cycles de pièces brèves tels que Préludes flasques (pour un chien) ou Enfantillages pittoresques. Les morceaux sont accompagnés de petits textes qui caricaturent, détournent les pièces classiques (Embryons desséchés, singeant la fin de la Cinquième Symphonie de Beethoven). Dans la Sonatine bureaucratique, il imite les thèmes classiques que l’on trouve chez Muzio Clementi en les déformant et en ajoutant un texte qui décrit le quotidien ennuyeux d’un fonctionnaire. Caricatures, certes, mais toujours subtiles.


Dans un autre style, Trois petites pièces montées s’inspire de l’humour scatologique de Rabelais. Satie distille ainsi de multiples annotations sur ses partitions. Dans Danses de travers, on peut trouver ces absurdes « Un peu cuit », ou « Du coin de la main », et, ailleurs, « Comme un rossignol qui aurait mal aux dents ».

Pourtant, Satie ne cherche pas à provoquer le rire. L’humour est une seconde nature, une manière d’être, un paravent destiné à favoriser le dialogue avec les instrumentistes. Il ne s’adresse pas au public et ces indications ne doivent pas être lues à haute voix. Pour l’écrivain et compositeur Robert Caby, elles portent « un sens extrêmement profond [...] une ironie supérieure ». Toute l’oeuvre de Satie est donc un oxymore musical à l’image de La Belle Excentrique, qualifiée de « fantaisie sérieuse ».


Cet humour nous intrigue car il dissimule la part de noirceur et le désespoir qui transparaissent dans cette musique « d’une immense nostalgie », selon Jean-Pierre Armengaud. Satie nous l’avoue : « Je ne suis pas drôle ni ne désire l’être. Je suis un triste, un mélancolique, un pleureur, comme le saule... » Dans Danses de travers ou En plus, la douleur et la désolation sont perceptibles. « Je ne m’amuse pas », confie le musicien alors qu’il compose ses Nocturnes. Autre dualité : la simplicité qui cache la difficulté. Cocteau exulte : « Satie apprend à notre époque la plus grande audace : celle d’être simple ». Alors que la mode était à la passion, la chromatisation extrême, le maître d’Arcueil fait fi de tout cela et s’intéresse au son pour lui-même.


Une fausse simplicité

Souvent, il simplifie au maximum, évitant les reprises, condensant ses pièces. Dans les Gymnopédies, l’idée mélodique est unique, tout le cycle formant une unité sans développement. Idem dans les Gnossiennes et les Danses gothiques, où les mélodies restent très simples. Vexations est très originale par sa monotonie et son absence de relief. Composée après sa rupture avec Suzanne Valandon, l’oeuvre pour piano devait être joué 840 fois (!). On retrouve ce manque d’expression dans Redite (Trois morceaux en forme de poire). La pièce Ogives dispose, quant à elle, d’accords très simples et Sonneries de la Rose- Croix n’utilise que des accords parfaits réguliers. Autre procédé, pour Trois Préludes du Fils des étoiles, Satie emploie des tons simples. La lenteur est aussi un élément distinctif de sa musique (Sarabandes, Gymnopédies...). Il composait sans effort, notant quelques notes de temps en temps, sans but précis.


Selon Man Ray, toute la musique de Satie trouve sa raison d’être dans la « fausse note » placée adéquatement. Mais pourquoi Satie n’a-t-il pas cherché, comme tous ses contemporains, à écrire une musique complexe et foisonnante ? [ Pour le compositeur Maurice [ Ohana, c’est parce qu’il n’avait aucune facilité à écrire une musique compliquée, contrairement à Vincent d’Indy ou Paul Dukas. Évident. Pour autant, la simplicité de son écriture est unique et atemporelle. Alors que ses confrères enferment leur écriture dans une esthétique et, par conséquent une époque, la musique de Satie ne vieillit pas.


L’humour perceptible du compositeur est une manière aussi de dissimuler son affection pour le monde de l’enfance. Voici bien un point commun avec Maurice Ravel, l’auteur de L’Enfant et les Sortilèges ! Pour gagner sa vie, il donne des cours de piano, admirant ses élèves parce qu’ils « aiment les choses nouvelles » et détestent « les vieilles idées ». Satie, l’enfant désobéissant de la musique classique, a beaucoup écrit pour ce public. S’il a d’abord dédié Croquis et agaceries d’un gros bonhomme aux neveux du pianiste Ricardo Viñes et « Chouchou », la fille de Debussy, il compose également L’Enfance de KoQuo (Recommandations maternelles). Une sorte d’initiation à la musique moderne. Conscient que le morceau n’est pas totalement adapté aux bambins, il écrit Enfantines, neufs pièces conçues pour la compréhension et les mains des enfants. De nombreuses allusions à l’enfance émaillent son oeuvre. Ainsi dans le cycle de pièces brèves et fantaisistes ou encore dans les Gymnopédies qui évoquent des danses des enfants de la Sparte antique.


« Phonométrographe »

Tentons de comprendre mieux le succès d’une musique apparemment si simple, mais nullement pauvre ou monotone. Satie se considérait comme un « phonométrographe », non comme un musicien. Il se laissait guider non par l’instinct ou la passion mais par la pensée scientifique. Il écrivait beaucoup, rapidement, grâce à un « calléidophone-enregistreur » qu’il a utilisé par exemple dans les Pièces froides. « La première fois que je me servis d’un phonoscope, j’examinai un si bémol de moyenne grosseur. Jen’ai, je vous assure, jamais vu chose plus répugnante. J’appelai mon domestique pour le lui faire voir. Au phonopeseur un fa dièse ordinaire, très commun, atteignit 93 kilogrammes. » Comment ne pas être séduit par l’aplomb de cette explication, certes absurde, mais si crédible ?


Alors qu’on a souvent qualifié la musique de Satie de musique inexpressive, « blanche », cette simplicité ne cache-t-elle pas au contraire une certaine richesse ? Socrate, qui semble simple et dépouillé, est, selon le compositeur Darius Milhaud, extrêmement riche. Pour Jean-Pierre Armengaud, « la pauvreté est en réalité un moyen de laisser place au musicien et à l’auditeur, afin qu’ils sortent d’euxmêmes et fassent leur propre interprétation ».


La musique de Satie est schizophrène, dédoublée : très simple d’apparence mais très complexe à interpréter. Ainsi, il utilise des accords inusités comme dans Sarabandes (septièmes et neuvièmes) ou Danses gothiques (neuvièmes et onzièmes). Cette dernière est également écrite sans thème, tout comme Danses de travers, procédé déstabilisant pour l’époque. Dans beaucoup de ses pièces, on ne rencontre ni les développements ni les clés ou les barres de mesure, propres à la musique occidentale. La Pêche (Sports et Divertissements) n’a pas de clé, conférant à l’artiste une grande liberté.


Autre particularité qui rend cette musique si difficile à aborder : l’absence de barres de mesure dans de nombreux morceaux, à l’image d’Ogives, des Gnossiennes, Airs à faire fuir, Sonneries de la RoseCroix, Préludes flasques (pour un chien), pour n’en citer qu’une infime partie. Par ce procédé, Satie a surpris. On pouvait lire dans le Figaro musical à propos des Gnossiennes : «Cela commence et cela finit... quand c’est fini ! » Satie a également utilisé la bitonalité pour certaines de ses oeuvres, comme pour les Préludes du Fils des étoiles où l’on rencontre de la polytonalité. Pour ses morceaux n’ayant qu’une tonalité, il utilise alors des harmonies complexes. Comme on l’a noté plus haut, il rajoute de la complexité à travers les nombreuses indications farfelues qui accompagnent sa musique. Au lieu d’aider l’interprète, celles-ci peuvent être une source d’erreur. Ainsi, par exemple, pour indiquer le tempo dans un de ses morceaux, il spécifie : « En clignant de l’oeil ».


Pour le pianiste Alexandre Tharaud (voir encadré cicontre), Satie est insaisissable car sa musique n’a pas de règles et pourtant il faut éviter de « surinterpréter ». Le but n’est pas la beauté du son, mais le dépouillement. Milhaud, lui aussi, mettait en garde contre la tentation de chanter Socrate trop rapidement, de trop l’interpréter. Dans son intégrale Satie au disque, Jean-Yves Thibaudet, lui, s’amuse de Vexations. Le morceau est censé être joué pendant 24 heures... Il choisit de jouer le thème en alternance avec les deux variations, puis de le jouer suivi des deux variations.


Opposé à tout... excepté au reste

Satie n’a jamais réussi à choisir entre la remise en cause des conventions ou l’adhésion aux règles classiques. Il a toujours critiqué l’apprentissage classique du Conservatoire ou toute forme de mode en musique (comme avec Espanana qui se moque de la mode espagnole). Il conteste les codes aussi bien du chant lyrique que du ballet, des musiques religieuses ou symphoniques... Cocteau explique qu’il voulait s’opposer à la musique impressionniste. L’homme d’Arcueil se moquait des règles, au sens propre comme au sens figuré, et il les tourne en dérision comme dans L’Enfance de Ko- Quo. Sous la mélodie on peut lire des « recommandations maternelles ». En somme, l’enfant désobéissant (Satie) n’écoute pas sa maman (le diktat classique).


Selon Jean-Pierre Armengaud, cette absence de règles reste un moyen « de revendiquer le rêve en musique, pour que l’artiste soit le plus libre possible ». Paradoxe une fois encore : les pièces courtes pour piano auraient eu pour modèle celles de Rameau ou Couperin. Satie va même jusqu’à étudier à la Schola Cantorum, changeant de convictions suite aux nombreuses critiques acerbes qu’il aurait reçues. Vexé, il veut prouver qu’il peut composer en respectant les conventions. Il étudie donc le contrepoint. En habits de cheval, Aperçus désagréables, Choses vues à droite et à gauche (sans lunettes) en témoignent. Mais chassez le naturel, il revient au galop : Satie ne résiste pas à remettre en cause ce qu’il y apprend comme dans le bien nommé Choral hypocrite des Choses vues à droite et à gauche.


Une modernité inavouée

Satie est donc inexorablement attiré vers l’invention et la remise en cause. Pourtant, quelque chose semble le retenir, lui interdisant de participer aux avant-gardes. Il est en effet celui qui a redonné de la valeur à la tonalité, le porte-drapeau du mouvement néoclassique. Entre classique et moderne, il invente un entredeux. Le voilà cassant les lignes fluides de la musique tonale en distillant, de temps en temps, quelques dissonances. Style harmonique et impressionnisme se superposent au style contrapuntique, simple et sans fioritures. La Sonatine bureaucratique incarne parfaitement ce paradoxe. Satie s’inspire de la Sonatine en ut majeur op. 36 n°1 de Muzio Clementi, un incontournable pour les jeunes pianistes en apprentissage et représentative de la musique dite « bourgeoise ».

Selon Poulenc, Satie aurait inspiré Debussy, Ravel, Stravinski et luimême. Debussy est le grand ami de du compositeur (son rival aussi), [ et celui qui a orchestré les Première [ et Troisième Gymnopédies.


D’après Poulenc, c’est Satie qui aurait déteint sur Debussy. Sarabande fut composée en 1887 par Satie et celle de Debussy date de 1891. De même, alors que Pelléas et Mélisande connaît un grand succès, on se garde bien souvent d’en expliquer l’origine. Au départ c’est Satie qui souhaite adapter un conte de Maeterlinck (La Princesse Madeleine), idée critiquée par l’auteur d’Arabesques. Pourtant, il la reprend et demande l’autorisation pour Pelléas. Quand Satie l’apprend, il est hors de lui, surtout que ses démarches avaient échoué. Pour Jean-Pierre Armengaud, il est clair que « Satie a aidé Debussy à trouver sa voie ».


Ravel, de son côté, reconnaît que sa Belle et la Bête dans les Contes de Ma Mère l’Oye est la « Quatrième Gymnopédie ». Il fut très impressionné par les oeuvres de jeunesse du compositeur d’Arcueil, voyant en lui le « père » de la musique moderne. Il en fera toujours la promotion dans les milieux musicaux, pensant beaucoup lui devoir.


Poulenc affirme que « sans Satie, Stravinski n’aurait pas pu écrire Mavra ». Il l’aurait également influencé dans sa Sonate à deux pianos. Jean-Pierre Armengaud ajoute qu’il aurait eu une influence sur Albert Roussel, le compositeur du Festin de l’araignée. Mais Satie n’a pas touché que ses contemporains. L’Américain John Cage fut un grand admirateur de celui qui utilisa en premier un piano préparé, dans Le Piège de Méduse (pour obtenir un bruit de paille grâce à des bouts de papier dans le piano). Cage employa à son tour le procédé. Enfin, Satie a inspiré le Groupe des Six (Auric, Durey, Honegger, Milhaud, Poulenc et Tailleferre) ou encore l’École d’Arcueil (Cliquet-Pleyel, Désormière, Sauguet et Jacob).


N’oublions pas non plus la connivence de Satie avec les peintres, comme on l’a vu plus haut, mais aussi avec les réalisateurs de cinéma, un art naissant (Entr’acte, film de René Clair projeté à l’entracte du ballet dadaïste Relâche, de Börlin et Picabia). Il écrit aussi pour les choré- graphes comme Massine. Enfin, il s’inspire également de Rabelais (Trois Petites Pièces montées), de José Patricio Contamine de Latour (Les Antiques). Apollinaire et Cocteau voyaient de la poésie dans sa musique. L’auteur d’Alcool parle de « poésie surréaliste » à propos de Parade.


Si Satie adorait les peintres, il a luimême beaucoup dessiné, s’intéressant de près à la calligraphie. On retrouvera ainsi près de 4 000 dessins chez lui. Le compositeur s’identifiait aux enlumineurs du Moyen Âge, dont Nicolas Flamel. Le cycle Sports et Divertissements est une partition mariant musique et aquarelles du plasticien-graphiste Charles Martin. Maître de l’espièglerie, poète iconoclaste n’ayant pu choisir entre mysticisme et musique de bastringue, entre les cabarets enfumés de Montmartre et la musique savante, Erik Satie réconcilie l’humour et la désespérance, le sourire et les larmes. « Comme toujours chez Satie, résume Jean-Pierre Armengaud, l’oeuvre ne dit jamais rien, mais elle se raconte elle-même. »


1. Jean-Pierre Armengaud, Erik Satie, Fayard, 2009.

2. Jean Cocteau, Le Coq et l’Arlequin, Stock, rééd. 2009.

3. Ornella Volta in L’intégrale des oeuvres pour piano seul, par Jean-Yves Thibaudet (Decca).


Sélection discographique


Intégrale de l'œuvre pour piano par Jean-Yves Thibaudet (Decca, 4CD)

Œuvres pour piano à 4 mains par Jean-Pierre Collard et Pascal Rogé (Decca)

"Satie, Avant-dernière pensée" par Alexandre Tharaud. Avec Eric Le Sage, Juliette, Jean Delescluse, Isabelle Faust, David Guerrier (Harmonia Mundi)

Ballets, œuvres pour piano et raretés par Aldo Ciccolini, Mady Mesplé, Gabriel Bacquier, Nicolai Gedda, Pierre Dervaux (Emi Classics)



Abonnez-vous
à Pianiste
LES OFFRES DE PIANISTE
Retrouvez PIANISTE soit en Magazine ou sur Ipad ou sur Iphone

Abonnez-vous à Pianiste



Retrouvez tous les numéros de Pianiste ou abonnez-vous au magazine

Les DVD leçon de Piano

La boutique Pianiste


Retrouvez les DVD "leçons de Piano" par Pianiste et notre sélection de CD et DVD

 
  Retrouvez-nous sur smartphone et tablette
Déjà abonné ? Accédez à votre espace et gérez votre abonnement
Google Play App Store

Les sites du réseau Groupe Express-Roularta :

Copyright © 2011-2017 PIANISTE MAGAZINE | Nous contacter | Plan du site | Mentions légales | Charte de l'utilisateur | Publicité
Powered by Walabiz