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Pédagogie / Les conseils d'Alexandre Sorel / SCHUBERT : MOMENT MUSICAL EN LA BÉMOL MAJEUR OP. 94 N° 2
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SCHUBERT : MOMENT MUSICAL EN LA BÉMOL MAJEUR OP. 94 N° 2

Par Alexandre Sorel / Jeudi 30 octobre 2014 / Pianiste Magazine N°89 - novembre-décembre 2014
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Nous abordons cette pièce d'une grande pro-fondeur et intériorité de sentiment. On ne peut pas dire que cette oeuvre présente de réelles difficultés techniques. Pourtant, il faut beaucoup de maturité artistique et, en somme, une grande « technique » pour l'interpréter avec toute la profondeur requise. Comme le rappelait Heinrich Neuhaus, il faut comprendre le mot « technique » au sens large. Il vient du grec ancien tecnh (« Teknè ») qui signifiait : « l'art » dans son ensemble.


MES. 1-6

Le Moment musical est en la bémol majeur. Le mode majeur est traditionnellement positif et plus optimiste que le mode mineur. Mais là n'est pas l'un des moindres paradoxes du génie de Schubert: dans sa musique, le mode majeur indique souvent une profonde nostalgie. Rappelons cette remarque d'Alfred Brendel, citée en introduction à notre étude : « L'oscillation entre les modes majeur et mineur est vraiment typique chez Schubert. On la retrouve peut-être aussi chez certains autres compositeurs, mais chez Schubert, elle a un effet littéralement paradoxal. En règle générale, on pourrait dire que le mineur, pour lui, représente la réalité, c'est-à-dire la difficulté et le combat de la vie ; et que le majeur représente la nostalgie, ce qui est hors d'atteinte, le besoin utopique de bonheur. »


Dans ce thème schubertien, la mélodie (douloureuse bien qu'en mode majeur) est, pourrait-on dire, réduite à sa plus simple expression. Elle interroge : do... ré-do, ré ?... do, ré-do, si ?... Ce sont quelques notes à peine, juste une suggestion, un mystère. L'essentiel est donc ailleurs que dans la mélodie. Il réside dans le balancement ternaire qui confère à cette plainte toute sa tendresse, dans la riche texture des harmonies, ainsi que dans le traitement des tons et des modes.


1. À PROPOS DU RYTHME. La mesureindique trois temps, chacun comprenant trois croches. Commencez par sentir que le ternaire est plus fluide et plus « tendre » que le binaire. Puis, contrôlez votre rythme « à la croche ». Un rythme parfaitement maîtrisé est à la source même de l'expression. Dans une conférence qu'il donna à la Cité de la musique, à Paris, Alfred Brendel rappelait : « La succession d'unités brèves détermine la pulsation ou le tempo. » Il précisait aussi : « Le contrôle d'unités rythmiques brèves commande toute l'interprétation d'ensemble. » C'est exactement ce qu'il faut mettre en pratique ici. Ne vous contentez pas d'un rythme approximatif, ni de sentir une large pulsation à la croche pointée. Contrôlez votre pulsation par ce que Brendel nomme les « unités brèves », c'est-à-dire, chaque croche et chaque double croche. Pensez intérieurement (mais vigoureusement !) votre pulsation sur la croche pointée, la note qui se prolonge. Dites-vous bien : do-« O », ré-do, ré (é-é)... do « O » ré-do-si (i-i). Contractez bien votre diaphragme sur la note prolongée.


Donnez son vrai poids à la double croche sans la raccourcir. Commencez-la suffisamment tôt et ne la transformez pas en triple croche ! Si l'on avale cette note en la transformant sèchement en triple croche, le thème perd alors toute sa noble beauté et son cantabile. Il devient nerveux au lieu d'être méditatif et profond. Efforcez-vous à la profondeur mais en même temps au calme et à la parfaite maîtrise de la durée de chaque note. Les émotions, même profondes, ne doivent pas altérer la maîtrise du temps du morceau.


2. À PROPOS DE LA TEXTURE HARMONIQUE. Dans tous ces enchaînements d'ac-cords, il ne faut pas se contenter de « plaquer[ [ des notes ensemble », mais suivre des lignes qui permettent de passer d'un accord à l'autre. Élaborer votre interprétation consiste beaucoup à entendre puis à doser ces lignes mélodiques dans les accords. Pensez « contrepoint », même si Schubert se désolait de sa faiblesse supposée en cette discipline et se décida peu avant sa mort à prendre des leçons de contrepoint !


À la main droite, suivez la voix du milieu : la bémol (3e doigt) ­ sol (2e doigt) ­ la bémol (3e doigt). Pour que cette voix chante, ne laissez pas flancher vos doigts jouant cette partie. Tendez un peu devant vous votre 3e doigt (la bémol) et votre 2e doigt (sol). La main passe de l'octave en touches blanches do/do, à l'octave ré-bémol/ré-bémol, sur des touches noires. Pour aller de l'une à l'autre, ne relevez pas le poignet. Poussez la main devant vous grâce à un petit « mouvement de tiroir ». Ne laissez pas plier vos doigts, sinon vous perdrez le contact et cela ne sonnera pas.


À la main gauche, écoutez et contrôlez la « pédale de quinte » mi bémol, qui est répétée au pouce gauche de façon lancinante. Rejouez bien cette note. Nous l'avons déjà évoqué : cette répétition d'une note toujours semblable, qui sonne comme un glas, est typique de l'écriture de Schubert. En outre, si vous ne sentez pas sous votre doigt sa répétition, vous risquez de rester « englué dans la touche », votre main ne pourra intégrer les espaces dans les doigts, mémoriser l'empreinte des accords et des intervalles.


MES. 18- 31











Cet épisode, qui présente un deuxième thème contrasté avec le premier, est en fa# mineur. Selon Brendel, le mineur représente chez Schubert « la réalité, c'est-à-dire la difficulté et le combat de la vie ». Battez-vous ! Exercez vos mains séparées, notamment afin de rendre votre main gauche parfaitement musicale et balancée à trois temps. Façonnez-la, fluide et belle dans vos doigts. Puis sentez ce que veut dire Schubert à travers l'harmonie. Nous sommes assis sur l'accord de fa# mineur à la basse (= « La réalité »). Votre basse doit représenter le réel, « la terre ». Cependant, votre main droite commence par un do#. Or, ce do# est la quinte de l'harmonie. La quinte est d'essence interrogative, elle représente la « promesse » d'autres notes.

Sentez la différence entre les deux mains. Votre basse bien vers le bas, mais le do# du chant, plutôt « en remontant ». Touchez la note, puis, tout en gardant la touche du do# abaissée, débloquez, allégez et laissez remonter votre main. Observez ce beau geste en lui-même.


Vient le contraste aux mesures nos 19 et 20. Schubert semble « aspirer » à quelque chose, s'élancer vers un « ailleurs ». Il tend sa volonté (le combat de la vie ?). Cela s'exprime par l'harmonie suspensive de sous-dominante (si-ré-fa#). Allégez vos bras. Hélas, mesure 21, l'espoir « retombe », ce qui s'exprime par le retour à la tonique. Laissez retomber votre corps.


CONTRECHANTS À LA MAIN GAUCHE.

Mesure 20, ainsi que mesures 24 et 26, soulignez les riches contre-chants qui apparaissent dans la partie centrale de la main gauche. Mesure 24, soulignez la ligne qui descend : do#, si, la (3e, 2e, 3e). Elle intervient sur la deuxième croche des triolets. Faites-la ressortir. Cette ligne crée également une sorte de contrepoint rythmique, puisque ses notes ne tombent pas sur la pulsation, mais entre les temps. L'intérêt est donc double : mélodique et rythmique. Mesure 26, cette même ligne monte : si, do#, ré. Soulignez ces contrepoints. Faites-les entendre. À vous de doser. Cherchez, créez votre son.


MES. 40-45





On ne saurait jouer du Schubert sans apporter une attention toute particulière aux tonalités, aux modulations. Ces façons extraordinaires par lesquelles le compositeur passe d'un ton à l'autre, sont autant de changement de couleurs sur le grand clavier de l'âme humaine.


Schubert suggère que nous pourrions aller vers la contrée de do bémol majeur ( 7 bémol), non sans avoir auparavant fait un petit détour par une tonalité très compliquée : fa bémol majeur (pire encore: tous les bémols + si double bémol!) . À travers cette accumulation pléthorique de bémols, il y a manifestement une intention musicale : celle d'assombrir le discours.


Le propos s'éclaircit à nouveau par la réapparition du mode majeur (la bémol majeur), fin de mes.44 et suivantes. La musicologue Brigitte Massin, auteure d'une biographe sur Schubert, remarque : « L'inattendu ici est la brusque modulation au majeur ­ tragique dans sa tendresse, suivant le secret propre à l'art Schubertien... » Comment ne pas rapprocher cette réflexion de celle d'Alfred Brendel concernant les modes majeur et mineur chez Schubert?

Comprenez les relations des tonalités entre elles et surtout éprouvez quel est le pouvoir émotif et affectif qui se cache derrière les mots arides du solfège et de l'analyse. Comprendre et sentir le pouvoir des modulations, voilà le meilleur conseil que l'on puisse donner pour jouer la musique de Schubert.

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Alexandre Sorel
Passionné par la pédagogie, professeur au Conservatoire de Gennevilliers, j’ai créé une collection intitulée « Comment jouer » (Ed. Symétrie). J’enregistre aujourd’hui le CD joint à Pianiste, choisis et commente les œuvres proposées. Je cherche sans cesse à jouer avec plus de sûreté – en quête de justice rendue à l’œuvre –, de beauté et d’émotion. Amoureux du génie de Chopin, je demeure convaincu, à l’instar de sa pensée, que « technique » et art de la déclamation musicale vont de pair. C’est pourquoi je ne cesse de m’interroger sur la technique et la musique elle-même, de mettre en pratique cette belle phrase de Schumann : « On n’a jamais fini d’apprendre. »...
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