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Pédagogie / Les conseils d'Alexandre Sorel / BEETHOVEN : SONATE N°1 OP.2 - 1er MVT
Pédagogie
Moyen

BEETHOVEN : SONATE N°1 OP.2 - 1er MVT

Par Alexandre Sorel / Lundi 22 décembre 2014 / Pianiste Magazine N°90 - janvier-février 2015
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« Celui qui comprendra ma musique, sera délivré des malheurs où se traînent les autres hommes. » (Beethoven). La musique de Beethoven est riche et complexe, c'est pourquoi nos conseils ne pourront être évidemment que très parcellaires au regard de tout ce qu'il faut pour jouer cette sonate. La première chose est de bien connaître l'œuvre. Avant même de commencer à jouer, chantez et réfléchissez aux thèmes et aux tonalités, qui sont les deux piliers pour comprendre une œuvre.


La musique de Beethoven est architecturale et logique. Elle est comme un pont, un « ouvrage d'art » dont les matériaux s'équilibrent parfaitement. Le philosophe Hegel, qui naquit la même année que le compositeur allemand (en 1770), déclarait : « Ce qui est en jeu dans l'art, c'est le déploiement d'une vérité. » Admirable phrase. C'est la même idée que reprend Alfred Brendel, lorsqu'il affirme : « Chez Mozart et Beethoven, nous ne nous demandons jamais : qu'est-ce qu'il fait là, pourquoi fait-il cela ? C'est une architecture musicale qui se justifie d'elle-même. Chez Beethoven, c'est assemblé et développé. Beethoven maçonne, même lorsqu'il rêve. »


-
MES. 1-8


Les « sommets » de l'aigu. Pour jouer ce premier thème, délimitez les étapes de l'intensité sonore.

Nous rencontrons d'abord un premier petit « sommet » d'aigu à la main droite, le la bémol de la 2e mesure. Ce la bémol est une première étape. Il doit être un peu plus fort que la montée qui précède (do, fa, la, do, fa...). Laissez votre main droite pencher vers le 5e doigt selon son inclinaison naturelle. Ce faisant, tendez votre 4e doigt à l'avance, en résistant au niveau du métacarpe. Prenez quelque hauteur en soulevant votre bras juste au-dessus de la touche et, enfin, tombez dans la note avec la masse du bras. Ce sont ces trois choses qui donnent le son. La résistance du doigt, le poids dans la touche et la hauteur au-dessus de la touche.


Le deuxième fragment monte jusqu'au si bémol. Cette note étant plus aiguë, jouez-la plus intensément. Graduez ainsi le thème, étape par étape. Dosez-le jusqu'à son point culminant qui évoque une sorte d'exaspération sur l'accord arpégé do, fa, la, do, mesure 7. Ne jouez aucune note plus forte avant lui.


Une ligne de ténor à nuancer (mes. 5-7). Accompagnez votre crescendo avec la partie de ténor. Dans un orchestre, tout le monde doit jouer le crescendo et non pas seulement les solistes ! Mesures n° 5 à 8, le pouce puis le 2e jouent do, mi bécarre, fa, sol. Ne laissez pas cette partie « morte », sans nuance ! Faites-la vivre par un discret crescendo. D'une manière générale, ne jouez jamais une seule note sans une intention musicale !


Le procédé du « raccourci ». Dans son ouvrage Réflexions faites (Buchet-Chastel), Alfred Brendel explique comment Beethoven traite le matériau musical par un procédé de composition très caractéristique de son écriture, et qui s'illustre particulièrement dans cette sonate. Il s'agit du procédé de raccourci. « Le raccourci du premier thème se présente sous le schéma suivant : 2 fois deux mesures, 2 fois une mesure, 3 fois 1/2 mesure. » En effet, ici, le thème se resserre, il dure de moins en moins longtemps. Jouez-le et surtout ressentez ce que cela veut dire. L'esprit de Beethoven semble se révolter face à un destin qu'il pressent et donc, il se contracte. On le voit, le rythme d'une œuvre ne se limite pas au respect des notes blanches et noires ! Pour bien le comprendre, il faut notamment réfléchir au thème et à la façon dont il est traité.


MES. 11-12


Donnez leur poids aux notes qui suivent une note pointée. Dans ce rythme de triolet de doubles croches, veillez à ne pas commencer trop tard les triolets, sinon les notes ne « sortiront » pas bien. Sentez une minuscule impulsion de votre diaphragme sur l'accord do, fa, la prolongé (une sorte de « Hum ! » ), puis commencez tout de suite. Pensez : la-ha... (mi-ré bémol-do, ré-ré...). Par ailleurs, donnez du son à la première note, celle qui est la plus aiguë : mi bémol (ré bémol, do, ré bémol, ré bémol...), sinon vous ne pourrez pas jouer clairement les suivantes. Prenez un peu de hauteur, avec votre 4e doigt bien ferme. Là encore, c'est la hauteur sous le doigt et la fermeté du doigt qui vous donneront la clarté du son.


Ne coupez pas vos phrases legato par de multiples gestes.

MES. 20-22


Par opposition à la première idée qui était en notes détachées ascendantes, Beethoven écrit ici un motif descendant et très legato, « coulé » d'une note à l'autre. Usez d'un seul élan de geste pour jouer cette phrase, comme d'un seul coup d'archet sur le violon. Si vous faites plusieurs gestes de haut en bas du poignet, votre phrase sera inéluctablement hachée. Il faut beaucoup de maîtrise nerveuse pour éviter les gestes inutiles. Chopin, grand interprète lui-même de l'œuvre de Beethoven, recommandait de bannir tout geste qui n'est pas utile à la musique. Enfin, le point le plus délicat de cette phrase se situe sur le fa bémol noté sf. Exercez-vous à doser l'intensité de chaque note au sein de cette phrase. Aucune ne doit avoir plus de poids que ce fa bémol. Ne donnez pas trop de poids avant lui !


Soignez vos résolutions harmoniques. Sur le 2e temps de la mesure 22, après la tension ré bémol + fa bémol, prenez le temps de vous relâcher 1/10e de seconde sur l'accord de quarte-et-sixte (mi bémol, do, la bémol). Écoutez et détaillez sans avaler. C'est ce que l'on appelle faire « respirer » la musique. Le 2e doigt de la main gauche doit glisser du ré bémol au do. Voilà qui est plutôt inconfortable, mais ne bousculez pas les notes pour autant ! Dans pareil cas, Chopin disait à ses élèves : «Vous brûlez-vous ?» Prenez le temps de finir chacune de vos phrases et de bien les séparer. Si votre musique ne « respire pas », elle ne « racontera aucune histoire », elle ne pourra être ni intelligible, ni belle pour votre auditeur.


MES. 26-29


Basses d'Alberti. La musique et le silence sont deux entités complémentaires. Couper net les silences est essentiel pour notre mémoire, car cela permet de ne pas perdre le toucher de la pulsation. Pour exécuter les demi-soupirs à la main droite, repoussez-vous vers le haut d'une impulsion du doigt, en refermant la main.


Ligne mélodique centrale de main gauche. Sachez chanter et suivez la ligne mélodique qui est « cachée » dans ces basses d'Alberti. Elle est jouée par le doigt du milieu de la main.

Exemple. À la mesure 27, suivez la bémol-sol, la bémol-sol (3e doigt), puis fa bémol-mi bémol, fa bémol-mi bémol (2e doigt, 3e doigt). Tendez un peu ce doigt, ne le laissez pas flancher ni se plier. Sachez chanter la ligne.


Allégez les terminaisons, même sur le temps fort. La fin du petit motif suppliant ré-la bémol-ré-mi bémol tombe sur le 1er temps de la mesure (mes. 28, 29, 30). Diminuez ces terminaisons, même si elles tombent sur le temps fort, qui est habituellement le plus appuyé de la mesure. Ne vous laissez pas influencer par ce « tyran » du temps fort, diminuez ! Relaxez votre doigt et laissez remonter votre poids. Débloquez bien votre poignet sur les terminaisons, où qu'elles surviennent, cela est essentiel. Il faut beaucoup de concentration et de volonté pour se relaxer à l'endroit adéquat, mais la virtuosité est à ce prix.


MES. 31-33

MES. 31-33


Ménagez vos crescendos. Commencez nettement piano la ligne musicale des mesures 31 à 33. Elle doit s'exécuter en crescendo. Savoir ménager le son dans un crescendo est l'une des choses les plus importantes à connaître pour la technique du piano. Pensez à économiser l'énergie. Éviter de gaspiller notre force en jouant trop fort trop tôt ou au mauvais endroit, c'est aussi ménager l'effet musical pour celui qui [ [ écoute. Il faut préserver le point de tension maximum d'une phrase, le « climax » d'une œuvre. Cela permet aussi de ne jamais se crisper. Jouer avec aisance dépend beaucoup d'une bonne gestion de l'énergie physique et mentale.


MES. 67-70



Mesure 67, c'est la ligne de ténor qui détient le chant principal. Dessinez-la comme un violoncelle le ferait avec son archet. Par bonheur, cela sonne tout seul dans ce registre !

Mesure 69, Beethoven écrit un sforzando sur le la bémol d'arrivée.

Préparez-le ainsi : 1. avant ce la bémol, ne jouez pas fort ; 2. sur les notes qui précèdent, allégez votre poids et débloquez votre poignet ; 3. coupez le son juste avant ce la bémol (même un dixième de seconde) ; 4. pour le jouer, prenez un peu de hauteur et pesez avec votre 4e doigt résistant au niveau du métacarpe.


Ne bousculez pas votre résolution harmonique au deuxième temps de la mesure 69.Effectuez une brève expiration sur l'accord do + mi bémol, do (à la main droite). Comme indiqué pour la mesure 22, si vous ne prenez pas le temps d'expirer sur les résolutions et de jouer les dernières notes avant de repartir pour une nouvelle phrase, votre jeu ne respirera pas, vous tomberez toujours à côté.


Obtenez un rythme impeccable par l'accompagnement en croches à la main droite. Ces croches doivent être très égales pour le temps. Mesure 69, la main droite joue un petit contrechant en écho : si bécarre-do (qui commence sur la deuxième noire). Faites sonner le si et allégez le do grâce au bon geste. Pesez sur le si vers le bas, puis en jouant le do, relâchez la main vers le haut. Rétablissez ensuite la pulsation sur le 1er temps de la mesure 70. Dans tout ce passage, ménagez la diminution progressive de l'intensité sonore. Conduisez le diminuendo en retombant doucement jusqu'à la mesure 81, qui sera le « creux sonore » de tout ce fragment. Apprenez bien cette géographie générale des nuances dans votre morceau car c'est elle qui détermine quel sera le degré de tension de vos mains et le poids à appliquer dans les touches. C'est au sein de cette grande ligne diminuée petit à petit que doivent prendre place les nombreux sforzandi indiqués par Beethoven. Ils ne sont donc pas tous très forts ! Tous ces sf doivent être placés dans leur contexte.


MES. 81-88


L'attente harmonique. Tout ce passage est placé sous le signe d'une attente et d'une incertitude avant le retour du ton principal et la réexposition de la forme-Sonate. « N'asseyez » surtout pas votre jeu sur la basse do, ni d'ailleurs aucunement votre main droite, c'est cela qui va rendre possible l'agilité de vos doigts, leur habileté à exécuter les gruppettos. Ce passage doit être également nuancé par paliers. Jouez do-la bémol « ménagé », puis fa-mi, un peu plus fort et, ensuite, do-fa encore un peu plus fort, etc. Le point culminant survient sur les octaves fa (en blanche, noté sforzando) et mi. Ce sentiment de montée « vers l'exaspération » était déjà présent dans le thème principal. On peut même dire qu'il est la signature de ce mouvement. Jouez en crescendo, non seulement la partie principale, mais aussi votre ligne de ténor : fa, la bémol-sol... si bémol-la bémol... do-si bécarre... ré, do.


Remarquez enfin que le poids doit être dirigé vers les notes aiguës aux deux mains, mais que cela ne concerne pas la même partie de nos deux mains ! À la main droite, il faut diriger le poids vers les doigts externes (5e) et inversement, à la main gauche : vers l'intérieur de la main (pouce, 2e, 3e). Certes, nos mains sont disposées « en miroir » par rapport au clavier, mais cela ne doit pas nous empêcher de diriger, à chaque main, le poids et l'élan musical vers l'aigu.


Gestes de « tiroir ». Pour la fluidité des trilles,employez les mouvements de tiroir. Lorsque vous allez chercher les touches noires, par exemple la bémol au pouce gauche (mes. 82), ou le si bémol (mes. 83), ne relevez pas le poignet. Ne cassez pas la ligne de continuité entre avant-bras et poignet. Gardez les doigts tendus et poussez-les vers le couvercle du piano. Ce geste permet de conserver le contact des pulpes avec les touches.



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Photo de l'expert Pianiste Magazine : Alexandre Sorel
Alexandre Sorel
Passionné par la pédagogie, professeur au Conservatoire de Gennevilliers, j’ai créé une collection intitulée « Comment jouer » (Ed. Symétrie). J’enregistre aujourd’hui le CD joint à Pianiste, choisis et commente les œuvres proposées. Je cherche sans cesse à jouer avec plus de sûreté – en quête de justice rendue à l’œuvre –, de beauté et d’émotion. Amoureux du génie de Chopin, je demeure convaincu, à l’instar de sa pensée, que « technique » et art de la déclamation musicale vont de pair. C’est pourquoi je ne cesse de m’interroger sur la technique et la musique elle-même, de mettre en pratique cette belle phrase de Schumann : « On n’a jamais fini d’apprendre. »...
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