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Pédagogie / Les conseils d'Alexandre Sorel / LISZT : NOCTURNE N° 3 « RÊVE D'AMOUR »
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LISZT : NOCTURNE N° 3 « RÊVE D'AMOUR »

Par Pianiste / Mardi 5 mai 2015 / Pianiste Magazine N°92 - mai-juin 2015
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Ce Rêve d'amour est une œuvre romantique qui comporte un puissant message affectif. Certes, il est essentiel de le ressentir, d'en être ému car aimer, vibrer, cela est bien la base pour appréhender ce répertoire. Cependant il ne faut pas oublier que ce message s'exprime à travers l'harmonie, un discours construit et pensé. Il faut donc bien connaître ce langage et ne pas se laisser aller à jouer avec approximation, emporté par notre sentiment et comme un dilettante qui ignore tout de la grammaire musicale. Liszt avait une formule pour qualifier ce genre de jeu, il disait : jouer « au rabais ». Il ne faut pas davantage l'interpréter sans âme ni, pour reprendre cet autre mot de Liszt, « comme Ponce Pilate, en se "lavant les mains de la musique" ». Il faut les deux à la fois : être ému mais aussi parfaitement maître de soi, conscient de ce qui se passe du point de vue harmonique, rythmique, mélodique. Et c'est bien cela qui est difficile !


MES 1-6


1. Écouter et sentir les notes importantes. Ce thème du Rêve d'amour est très cantabile. D'abord, prenez conscience qu'il est en mode majeur. La note importante que vous devez penser et ressentir pour commencer est la tierce majeure : do bécarre. C'est surtout la tierce (et le VIe degré) qui détermine un mode et donc l'affectivité, l'émotion contenue derrière les notes. Nous verrons que, tout du long de cette œuvre, Liszt oscille sans cesse entre le majeur et le mineur, les dièses et les bémols, et que c'est cela qui fait naître des « couleurs d'âme » et génère l'émotion, tel un arc-en-ciel venant nous éclairer après la pluie.


2. Touchez ce thème avec gourmandise, avec une large surface de votre doigt, afin de mieux « couler » votre poids dans les notes. Madame Boissier, dont la fille Valérie reçut des leçons du jeune Liszt, rapporte : « On ne doit pas oublier qu'il ne faut pas toucher de l'extrémité du doigt mais de la paume du doigt, ce qui le fait tenir presque plat et lui donne finalement plus de liberté et de rondeur. »


Quelles sont les notes importantes ensuite ? Mesure 2, mi bécarre nous attire vers fa mineur. Apparaît un voile de tristesse. Mesure suivante, la bécarre nous attire vers si bémol. Le point culminant de cette phrase est le do bécarre, mesure 4. « Anticipez » cet appui par la pensée et le geste. Ne jouez pas plus fort que cette note avant elle, allégez votre poids du bras depuis l'épaule sur les notes qui précèdent. Il faut préparer une note importante, doser notre poids sonore et physique afin de l'amener. Sentez, grâce à vos papilles de doigts, quel poids exacte- ment vous mettez sur les notes. Mesure 6, Liszt ramène la tonalité du début, la bémol majeur. L'effet est celui d'un indescriptible bien-être, d'un « retour » rassurant. Éprouvez-le dans votre âme et votre corps, et faites-le sentir à votre auditeur.


3. Contrôlez la pulsation par les croches. Si vous voulez que vos doigts puissent déclamer cette magnifique mélodie de façon naturelle (comme si l'on chantait), exercez-vous à contrôler et écouter la note qui tombe sur chaque pulsation, à l'accompagnement en croches. Tout au long de ce Rêve d'Amour, il ne faut pas se contenter de sentir la beauté de la mélodie. Cela est évidemment très facile ! Il faut aussi écouter et sentir sous le doigt chaque son qui tombe sur chaque temps, notamment à la partie accompagnante, celle des croches. Notons qu'il faut veiller particulièrement à contrôler les temps faibles qui, sans cette concentration, tendent à nous échapper. Rappelons que Dinu Lipatti considérait ce contrôle des temps faibles comme essentiel.


Donc ici, écoutez les notes suivantes, la bémol (deuxième noire, jouée par le 4e doigt.) et la bémol qui redescend (troisième noire, jouée par le 4e doigt.). Pensez aussi au doigté. Continuez ainsi pour les 5e et 6e pulsations. Ne pressez pas ces notes. « Déroulez » le temps de votre jeu par la régularité des notes des temps. Elles sont, en quelque sorte, les « bornes » le long de votre chemin musical et vous empêchent de presser. Leur « diction » régulière est la condition indispensable pour assurer la beauté du chant principal.


MES 13-18


Majeur-mineur. Dans ce passage, Liszt joue sans cesse sur cette alternance très rapprochée du majeur et du mineur. Il nous surprend ainsi à chaque instant, en créant des sortes d'irisations pour l'âme de l'auditeur, tels des rayons de soleil à travers la pluie. Concentrez-vous sur la tierce de chaque accord et le sixième degré du ton, car ce sont ces notes que l'on nomme « modales » et qui font la différence entre majeur et mineur. Sentez leur pouvoir affectif. Exemple à la mesure 13, écoutez le fa bémol à la basse. Où nous attire-t-il ? Théoriquement, vers la tonalité de la bémol mineur, dont il serait le sixième degré mineur. Or, où aboutissons-nous ? Oh, surprise ! En la bémol majeur (mesure 14), car Liszt expose le do bécarre, tierce majeure de ce même ton. Il s'en suit un apaisement soudain qui nous remplit d'aise. Le compositeur multiplie ainsi ces divines « surprises » majeures tout au long du Rêve d'amour. Cherchez-les. Vous gagnerez énormément d'aisance si vous portez votre attention sur l'affect contenu dans la tierce (majeure ou mineure) et le sixième degré du ton, car elles sont toutes deux les maîtresses du sentiment, de l'émotion.


MES 25-32


MES. 25 Le trait en petites notes. D'abord, analysez les« notes ». Le « squelette » harmonique est un accord simple, l'accord de suspension mi bémol - sol - si bémol - ré bémol. Toutes les autres notes sont des appoggiatures. Comprenez la logique. Sentez le pouvoir affectif du fa bémol (VIe degré du mode mineur, la bémol mineur). Puis exécutez techniquement. Veillez alors à toujours jouer vos doubles notes (tierces, quartes) strictement ensemble. Ne vous passez aucune faute de synchronisation en vous entraînant. Nos mains penchent naturellement vers les 5e doigts.


En conséquence, les doigts du milieu ont tendance à jouer un peu en retard par rapport aux doigts de l'extérieur. Corrigez. Jouez très « ensemble ». Cela contraint à vous placer à l'avance au-dessus des notes et permet ainsi d'entraîner les déplacements du bras. Enfin, commencez piano cette montée afin de ménager votre tension musculaire et ne pas en venir à vous crisper en jouant trop fort.


MES. 26-31 Sentez cette arrivée tellement lumineuse sur la tierce majeure de si majeur : ré#. Dans ce passage, l'accompagnement est exécuté avec des croches aux deux mains. Écoutez en priorité les notes qui sont les plus difficiles à entendre :

1. les sons de chaque pulsation ;

2. spécialement les temps faibles ;

3. Les temps faibles par l'accompagnement, à la main gauche.

Contrôlez la pulsation de chaque temps à l'accompagnement, sans la presser.


Nuancez la basse. Madame Boissier rapporte d'une leçon que reçut sa fille Valérie : « Notez bien qu'il (Liszt) est aussi scrupuleux pour les nuances de la basse que pour celles du dessus, afin ­ dit-il ­ d'éviter que la musique soit pauvre, car il la veut riche, variée, pleine, nuancée et formant un ensemble immense et plein d'unité comme les œuvres du Créateur. »


Note répétée. Remarquez qu'un ré # aux parties internes est répété six fois dans cette mesure, par chacune des mains alternativement. Rejouez-le et sentez vos pouces, la touche qui remonte, sinon vous perdrez le contrôle tactile de ce passage.


MES 33-42


Mes. 32-47 Jouer vite et fort exige une représentation mentale parfaite et rapide de la musique, des accords, de ce qu'il faut jouer. Cela est la base de tout. Inutile de croire qu'un chirurgien ou un mage vous aideront à réaliser ces déplacements. Il faut d'abord bien visualiser ce que vous avez à jouer et cela ne peut se faire que grâce à une réflexion intelligente. Comparez soigneusement les mesures 26 à 31 avec les mesures 32 à 36. Pensez quelles sont vos « notes fondamentales » de l'harmonie, et demandez-vous où est-ce que cela change. Examinez ce cheminement tonal de Liszt. Ressentez notamment ceci, dans votre affectivité. Nous avons ici à la partie aiguë un ré # (mesures 32 et 33) qui est comme mi bémol, la tierce mineure d'ut (Mesure 33, Liszt écrit aussi un la bémol, qui est le VIe degré mineur (= « triste ») d'ut mineur). Or, Liszt va aboutir un peu plus loin (mesure 37) sur la tonique ut majeur. L'arrivée du mi bécarre et du la bécarre, indiquant la clarté triomphante d'ut majeur, apparaît donc comme un fantastique éclairage, un triomphe. Sentez cela en vous, éprouvez-le. Continuez à contrôler soigneusement chaque pulsation par les croches d'accompagnement.


Mes. 37-41 Nous sommes arrivés ici en do majeur, en « plein soleil ». Soulignons une dernière fois l'alternance du majeur-mineur, car elle est vraiment caractéristique de cette pièce. Ce n'est pas du solfège, mais de la vraie technique pour jouer cette œuvre ! Liszt écrit ici une drôle de cadence, un enchaînement « plagal » (IV -> I). L'accord de fa mineur (mesure 38) a une tierce mineure, la bémol. Puis le compositeur écrit l'accord de do. Logiquement, cela devrait être l'accord d'ut mineur, qui devrait ramener à un sentiment triste, nous faire pleurer, gémir (« Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen »...).


Or Liszt nous surprend encore car il aboutit sur l'accord d'ut majeur (Par un enchaînement un peu inhabituel, que l'on appelle « plagal » : IVe degré -> Ier degré). Ce dernier exprime au contraire un formidable espoir, l'optimisme et le « soleil » grâce au mi bécarre (procédé identique, mesures 40 à 41).

Sentez cela, imprégnez-en votre âme, et vous jouerez mieux : vous serez au cœur de la pensée de Franz Liszt !


Recommandations. Exercez-vous à toujours jouer chacun de vos accords avec un ensemble parfait de toutes les notes à une même main. Cela requiert une forme de verticalité qui nous contraint à nous placer au-dessus de chaque accord avant d'émettre le son. C'est aussi cela qui entraîne nos déplacements du bras. Jouer les deux mains ensemble ne suffit pas, il faut que les notes de chaque main soient rigoureusement synchronisées.


MES. 37-40 « sempre stringendo » La main gauche comprend trois parties :

1. la basse, épaisse, en octaves, qui intervient sur chaque mesure. Apprenez là séparément en la dosant.


2. La seconde est la partie haute de main gauche.Elle tombe sur chaque pulsation : do-sol-mi-do-sol, etc. Elle est jouée par les doigts internes, pouce, 2e, puis pouce, 2e, pouce. Mettez les bons doigtés et ne les changez pas. Repérez bien cette alternance du pouce suivi du 2e doigt. Faites porter le poids sur cette partie haute, car c'est elle qui doit sonner le plus. Basculez par un petit geste de rotation de l'avant-bras vers l'intérieur de la main.


3. La troisième voix est celle des croches les plus graves. Faites très attention à respecter son doigté ! A la fin, mettez bien le 2e doigt, qui est essentiel. En effet, il prépare la main pour atteindre la nouvelle basse.


À la main droite, répétez effectivement toutes les notes qui doivent être rejouées. Par exemple, mesure 38, rejouez bien les notes du milieu, fa + la bémol, avec les 2e et 3e doigts. Si vous « restez coincés » dans les touches, vos accords seront pauvres et vous n'en sentirez pas l'empreinte dans vos doigts.


Mes. 41-42 Pour jouer tous ces passages en octaves, ne pressez pas le tempo involontairement. Ce morceau est très passionné, mais il est indispensable de maîtriser votre enthousiasme intérieur. Dominez vos émotions.

Votre garde-fou ? Le contrôle de la régularité de chaque temps par l'accompagnement. Jouez les deux notes de l'octave parfaitement ensemble, de la manière suivante : exécutez un petit mouvement de verticalité à la dernière seconde. Pour se faire, il faut se placer juste au-dessus des notes de l'octave à l'avance. Forcez-vous à cela, et vous développerez la sensation des déplacements.


MES 44-45


La main gauche exécute ici des arpèges très fournis. Or, nous avons toujours tendance, avant un déplacement, à presser les dernières notes, de peur d'arriver en retard sur la nouvelle basse. Pour jouer clairement ce passage, exercez-vous en ralentissant volontairement les fins des arpèges à la main gauche. Écoutez spécialement les dernières notes entre chaque mesure, sentez les sous vos doigts et faites très attention à respecter les bons doigtés.


MES 59-60


Ce trait doit être joué perlé et donner le sentiment d'un cristal précieux et ciselé. Comment y parvenir ? La main a tendance à « tomber » vers l'extérieur, vers les 5e doigts. Par ailleurs, elle a une fâcheuse tendance à demeurer doigts écartés, ce qui fatigue les muscles. Sentez votre main ramassée, elle sera agile. Détachez bien les parties extérieures : la note la plus aiguë à la main droite et la plus grave à la main gauche. Ne les collez pas. Ramenez vos doigts externes vers l'intérieur. Cela permet de jouer aussi les parties internes qui, très souvent, sont insuffisamment senties et entendues.


MES 61-67


Cette reprise finale du thème est compliquée à mémoriser à cause des mains qui croisent. Nous conseillons, pour l'apprendre, de la comparer avec le début du morceau, 6 mesures par 6 mesures. Apprenez par cœur les harmonies fondamentales et mémorisez vos basses.


Tempo. Cherchez à retrouver le tempo primo demandé par Liszt. Il est important de ne pas jouer trop lent pour la simple raison que nous sommes gênés par les déplacements. En effet, les sons commencent à s'éteindre aussitôt joués. Si l'on joue dans un tempo trop lent, les sons ont le temps de s'éteindre avant d'arriver au suivant, et il sera plus difficile de faire chanter la mélodie.


Synchronisation. Ce que nous avons expliqué sur l'ensemble des notes des accords se révèle particulièrement utile ici. Apprenez à votre bras à se placer à l'avance au-dessus de chaque accord avant d'en émettre le son. Cela s'entraîne en veillant à l'ensemble rigoureux de toutes les notes. Pensez toujours vos pulsations par les croches. La pulsation est le « cœur qui bat » de la musique. Sans elle, le cœur s'arrête, la musique se meurt...

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Photo de l'expert Pianiste Magazine : Alexandre Sorel
Alexandre Sorel
Passionné par la pédagogie, professeur au Conservatoire de Gennevilliers, j’ai créé une collection intitulée « Comment jouer » (Ed. Symétrie). J’enregistre aujourd’hui le CD joint à Pianiste, choisis et commente les œuvres proposées. Je cherche sans cesse à jouer avec plus de sûreté – en quête de justice rendue à l’œuvre –, de beauté et d’émotion. Amoureux du génie de Chopin, je demeure convaincu, à l’instar de sa pensée, que « technique » et art de la déclamation musicale vont de pair. C’est pourquoi je ne cesse de m’interroger sur la technique et la musique elle-même, de mettre en pratique cette belle phrase de Schumann : « On n’a jamais fini d’apprendre. »...
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