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Pratique / Se former / L'ART DE JOUER DU PIANO SELON… PHILIPPE CASSARD

En bref

L'ART DE JOUER DU PIANO SELON… PHILIPPE CASSARD

Par Philippe Cassard / Vendredi 26 juin 2015
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© Jean-Baptiste Millot
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Ne jamais finir d'apprendre, tel est le credo de ce passeur de savoirs, qui s'apprête à rendre le micro après dix années de "Notes du traducteur" enchanteresses sur France Musique.


Je n'enseigne pas régulièrement. Mes émissions sur France Musique remplissent un rôle pédagogique modeste, et je les destine au plus grand nombre, pas aux professionnels en particulier, même s'il arrive que ces derniers les écoutent et me témoignent leur attachement à l'émission «Notes du traducteur». Cependant, je suis invité trois fois l'an à donner des master-classes au Royal Northern College of Music de Manchester et je réunis chaque été depuis huit ans quelques jeunes pianistes à l'Académie Tibor Varga, à Sion, dans le Valais suisse. Je suis frappé par les heures acharnées que ces jeunes pianistes consacrent à peaufiner leur technique instrumentale ­ ce qui, en soi, n'est pas répréhensible ­ alors que d'un autre côté, ils négligent pour la plupart d'entre eux ce qui construit un jeu de piano, ce qui nourrit l'imaginaire, ce qui ouvre l'esprit et aiguise l'intelligence. Un jeu que je pourrais volontiers qualifier d'inculte (et j'ai bien conscience du côté méprisant de l'épithète !), cela s'entend immédiatement, c'est terrible à dire, mais c'est ainsi. Au toucher, à la manière de jouer des accords, d'utiliser sa main gauche, d'égrener les notes d'une cantilène, de respirer (ou pas).


Car un jeu de piano ne se résume certainement pas à la technique au sens de l'agilité, de la pure virtuosité. Dévaler des octaves à la manière de glissandi comme l'a fait récemment certaine pianiste formatée par le marketing dans la Sonate de Liszt, à seule fin de nous en mettre plein la vue, n'apporte rien à l'œuvre. Bien au contraire, elle réussit l'exploit de la rapetisser, de la ridiculiser. Car jamais ces octaves ne sonnent comme elles le devraient : orchestrales, dosées, phrasées, organiques, mues par la vision goethéenne de Liszt dont cette pianiste n'a cure. Manque flagrant de culture, non de talent. Au même âge, Daniil Trifonov ne joue pas les octaves de cette Sonate moins vite, mais lui les emplit d'une densité sonore et d'un caractère dramatique stupéfiants. Il a juste eu les bons professeurs, qu'au demeurant je connais bien.


Écouter Mozart, Haydn, Salieri et... le bon Neefe

On ne décide pas, un beau matin, parce qu'on a fêté ses 25 ans la veille, qu'il est temps de se cultiver, à présent que la « technique » est acquise ! La lente infusion, en nous, des connaissances autres que « mécaniques », suppose que nos professeurs nous incitent à les acquérir et à les multiplier dès notre plus jeune âge, à ouvrir les yeux et les oreilles.

Pour prendre un exemple simple : à partir d'un certain âge (mais pas d'un âge certain !), jouer les Sonates de Beethoven sans connaître à fond ses Quatuors et ses Symphonies relève plus de la faute morale que d'une simple lacune. Mais plus encore : questionner soi-même le texte de cet édifice incontournable de notre répertoire nécessite aussi d'écouter Mozart, Haydn, Salieri, le bon Neefe (le maître du jeune Ludwig à Bonn), Hummel et quelques autres. On fréquentera régulièrement les témoignages légués par les grands anciens aux prises avec le massif des 32 Sonates (Lamont, Schnabel, Backhaus, Kempff, Nat, Richter, Gilels, Brendel, liste non exhaustive !), et ceux laissés par les interprètes contemporains (mon carré d'as à moi : Pollini, Goode, Barenboim, Schiff). Et au moins un pianofortiste ! Pour ma part et sans hésiter : Ronald Brautigam, qui a magistralement dépoussiéré ces textes encrassés par des traditions, un conformisme et des règles édictées par des professeurs qui ont rigidifié et aseptisé, pour leur propre confort, cette musique constamment révolutionnaire. Par son geste dynamique, sa remise en question radicale des tempi habituellement pratiqués, la vitalité de son discours, l'attention à une multitude de détails de l'écriture que l'on n'entend presque jamais sous d'autres doigts, l'élan irrésistible qu'il imprime aux premières Sonates (écrites, rappelons-le, par un virtuose avant sa trentaine qui voulait en découdre avec l'académisme ambiant), Brautigam nous surprend et donne un coup de vieux à bien des intégrales récentes qui reproduisent paresseusement les schémas du passé. Certains de nos commentateurs professionnels, eux aussi dérangés dans leurs petites habitudes, font une moue dédaigneuse. Tant pis pour eux !


Enrichir la « bibliothèque de Babel de son imaginaire »

Il n'y a pas que le piano dans la vie : comprendre comment Wilhelm Furtwängler fait sonner les cordes berlinoises dans les symphonies de Beethoven et dessine les paysages des longs développements de l'Héroïque avec un art inégalé du rubato, de la respiration et des transitions, m'apparaît comme une étape obligée.

Passer sans transition à l'antidote Harnoncourt, Gardiner ou Savall dans cette même Héroïque, qui constitue un formidable apport d'informations sur le rythme, l'énergie et l'accentuation, sans même parler de la sonorité propre aux instruments d'époque, qui nous oblige, nous autres pianistes, à repenser à la nôtre sur nos bons vieux Steinway. S'imposer une bonne dose de l'intégrale des Quatuors par les Berg et de musique de chambre diverse, parties intégrantes de notre immersion. Enfin la lecture de la poé sie, de la littérature, du théâtre, de la philosophie de cette Allemagne romantique nais sante et de cette Vienne bientôt corsetée par Metternich, enrichira la bibliothèque de Babel de notre imaginaire. Certains lecteurs de ces lignes me trouveront bien sentencieux, quand je ne fais qu'exposer des préceptes de base qui ne sont que trop rarement suivis !


L'acquisition de connaissances, parallèle à l'apprentissage et à la maturation des œuvres, n'est pas un pensum ! Elle se doit au contraire d'être boulimique, jouissive et joyeuse. Elle stimulera l'imagination, mais ne signifiera pas que l'on devrait jouer de manière didactique ou pédante. Une chose est certaine : l'instinct et l'intuition, pour géniaux qu'ils puissent être (et qui constituent une part décisive de la signature et du charisme de l'interprète), ne suffisent pas pour que le feu brûle longtemps et soit beau à regarder. Ne plus avoir soif d'apprendre, c'est déjà reculer. Ou, pour reprendre la formule inversée de Wilhelm Kempff : « Tant que je pourrai apprendre quelque chose de nouveau, j'aurai une chance de progresser encore. » Voilà pourquoi, ce 4 juillet, je refermerai avec une grande appréhension le livre de dix saisons de «Notes du traducteur» à France Musique. 432 émissions, 260 oeuvres de 50 compositeurs différents auront été proposées. Une cinquantaine de musiciens invités, dont trente pianistes, confrères et amis, ont également contribué au succès de l'émission.


Pourquoi « avec une grande appréhension » ? Parce que cette émission a profondément et durablement modifié la perception que je pouvais avoir d'une partition. Parce qu'elle m'a permis de lire des dizaines de livres ­ et pas seulement de musique­, de découvrir des compositeurs méconnus ou bien des œuvres peu connues de compositeurs célébrés, d'approfondir l'histoire et les mouvements artistiques de certaines époques, de déchiffrer des quantités de partitions. Ces dix ans ont régénéré mon « moteur » intérieur pour quelques années, mais je dois dès à présent lutter contre la satisfaction un rien narcissique du « devoir accompli » ! J'ai arrêté cette émission pour ne pas céder à la routine, que j'abhorre. Puisse l'avenir me présenter de nouveaux défis à relever, et c'est à mon tour ce que je souhaite à la jeune génération : ne jamais perdre l'appétit féroce d'apprendre !


Philippe Cassard

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