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Actualités / Évènements / LE GOÛT DE LA MUSIQUE

LE GOÛT DE LA MUSIQUE

Par Camille Arcache / Mercredi 20 juillet 2016
Agrandir l'image : Chris Lloyd jouant au milieu d'un lac parfumé
Chris Lloyd jouant au milieu d'un lac parfumé © SDP
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Les notes ont-elles une odeur ? Quel est le goût d'une œuvre de Liszt ? La musique nous touche, mais comment toucher la musique ? Ces questions sont celles que se posent Chris Lloyd, pianiste australien et crossmodaliste. Membre de cette communauté née à Londres, il nous parle de son engagement d'ouvrir la musique classique à tous les publics par le biais de l’interaction entre les sens.


Crossmodalisme est un terme obscure pour nous...


Pas tant que ça. Vous connaissez la synesthésie, les recherches interdisciplinaires, le concept de Gesamtkunstwerk (l'oeuvre d'art totale) auquel ont adhéré Wagner et Kandinsky, la Tafelmusik composée au XVIème siècle pour accompagner les banquets... entre autres ! Le crossmodalisme s'inscrit dans cette lignée. C'est une synthèse des arts, des sciences et de l'esprit d'entreprise. Les crossmodalistes font collaborer leurs savoirs-faire afin de concevoir une expérience dans son intégralité et de réaliser l'harmonie la plus complète possible entre les sens. L'intégrité de l'expérience et la cohésion de ce qui la compose en font son efficacité et son sens.


Comment avez-vous découvert cette communauté ?


Par hasard ! En regardant une émission de cuisine j'ai découvert le Son de la Mer,un plat du grand chef cuisinier Heston Blumenthal.Ce sont des fruits de mer servis avec de la musique pour recréer l'expérience du bord de mer. Si le son est capable d'enrichir l'expérience gustative, alors la nourriture pourrait enrichir l'expérience de la musique classique !

Quand j'étais étudiant à l'Académie Royale de Musique à Londres, j'ai contacté le Professeur Charles Spence, directeur du Laboratoire de RechercheCrossmodal à l'Université d'Oxford. Il m'a alors mis en contact avec Charles Michel, le chef cuisiner en résidence dans son département. Immédiatement, nous avons imaginé une performance qui fusionnerait la musique classique et la gastronomie.


Cette rencontre est donc la genèse de l'organisation...


Oui et non. Le cœur de l'organisation est aujourd'hui constitué de cinq membres : Charles Michel,

cuisinier, Daniel Ospina, consultant en management de l'innovation, Nadjib Achaibou, parfumeur, Janice Wang, chercheuse du Laboratoire Crossmodal d'Oxford et moi-même. Nous nous sommes aperçus que nous n'étions pas le seul groupe à expérimenter l'interdisciplinarité. Soit nous entrions en concurrence avec eux, soit nous travaillions ensemble. La communauté s'est alors développée et elle compte aujourd’hui plus de 400 crossmodalistes dans le monde entier !


Avez-vous un objectif commun ?


Le crossmodalisme est un outil pour créer des contacts humains et disciplinaires, interroger notre rapport au monde et raviver notre prédilection pour les expériences sensorielles. A l'âge de l'internet et de la dématérialisation, c'est important de rester connecté avec nos sens. Pour écouter Clair de Lune de Beethoven, je peux trouver une superbe interprétation en ligne. Il est nécessaire d'offrir une raison d'aller au concert, d'encourager l'expérience sensorielle pour que nous gardions la conscience que c'est ce qui nous rend humain.


Cook and Pianist : une expérience entre gastronomie et piano © SDP


Quel est le déroulement d'une expérience type ?


Elle commence par l'inspiration, que ce soit à partir de la musique, du parfum, du vin, d'une image, d'une thématique comme sur-consommation de viande, ou de la manière dont le goût et l'odorat peuvent changer avec de la musique. Puis à partir d'un objectif, nous concevons la totalité de l'expérience afin qu'elle se déroule de manière organique.


Ces expériences offrent donc une alternative au concert classique... Ou sont-elles une forme de radicalisation du concert ?


Je pense qu'il faut aller plus loin que jouer de la musique classique dans un lieu « bizarre ». Certains spectateurs veulent en expérimenter la spiritualité dans l'espace de la salle de concert. C'est important de trouver d'autres formules pour la rendre accessible à tous les spectateurs, et pas seulement aux jeunes...sans tomber dans la mode du « concert multi-sensoriel » qui brouille le public et fait passer la musique au second plan.


Pourquoi sortir de la voie du concert traditionnel pour créer une nouvelle forme artistique ?


Le plaisir du concert s'éduque. Il faut pouvoir choisir la représentation, acheter sa place, le programme, rester assis pendant deux heures en écoutant Mahler et apprécier ce qui vient. S'il est possible de comprendre tous les concepts derrière cette expérience, alors la musique classique est formidable ! C'est à un public non familier de ce type de représentation mais ouvert à cette musique que je veux donner l'opportunité d'accéder à sa charge émotionnelle et sa profondeur.


C'est-à-dire ?


Je veux établir une connexion entre le public et la musique classique, que ce soit via la nourriture, la peinture, le parfum, les mathématiques... Ce qui compte, c'est de créer une atmosphère pour faire vivre et entendre la musique différemment. Cela marche très bien avec les œuvres contemporaine.


Par exemple ?


En 2011, nous avons fait une représentations dans un club en Australie. Le programme : Les Contrastes de Bartok, Largo pour Violon, Piano et Clarinettede Charles Ives, le Trio pour Clarinette, Violon et Piano d'Aram Khachaturian, et le Trio pour Violon, Clarinette et Piano de Paul Schnoenfields. Il faisait 45°C dehors, il n'y avait pas de climatisation, j'ai du apporter mon piano, les gens parlaient très fort... mais cette ambiance a participer d'une performance incroyable ! Le public a adoré. Je me suis rendue compte qu'adapter l'atmosphère au public est essentiel.


Une expérience mêlant la musique classique, le parfum et l'ouïe © Daniel Vais


Vous avez mentionné la musique contemporaine.Comment choisissez-vous les compositeurs que vous interprétez ?


Tout dépend de notre objectif. Nous pouvons choisir une pièce classique, contemporaine, ou une création (nous travaillons pour cela avec de jeunes compositeurs de l'Académie Royale de Musique). Pour toucher le public, il faut que la musique s'intègre parfaitement dans l’interaction des disciplines. J'adore jouer Ravel, Debussy, Messiaen, Liszt ou Schumann car leurs œuvres sont connectées à une esthétique visuelle, et abondent de références philosophiques et littéraires.


Le piano est-il un instrument privilégié pour provoquer cette rencontre entre les spectateurs et la musique classique ?


Vous posez la question à un pianiste amoureux de son instrument ! Nous avons travaillé avec beaucoup d'autres musiciens, mais il me semble que le piano exprime la plus grande gamme d’émotions. Rien que sa présence physique est un élément marquant lors des expériences : au lieu d'être loin sur scène, il est généralement au milieu des spectateurs.


Le public a donc une place particulière dans l'espace de la performance. Attendez-vous qu'il y participe ?


Faire une expérience divertissante ne nous intéresse pas. Les spectateurs doivent avoir un rôle actif. Nous essayons ainsi de leur offrir un cadre de réflexion sur la manière de connaître, de ressentir... sur leur rapport au monde ! Cet effort pour trouver le plaisir est la voie vers l'expérience la plus complète...même si cela va contre le virus du XXIème siècle qui est la gratification immédiate ! Regardez le fast food, la télé-réalité, Ikea... il n'y a aucune profondeur là-dedans ! La musique classique n'y échappe pas : les spectateurs exigent en concert la perfection du disque. La personnalité du musicien passe au second plan. L’instinct humain de faire des erreurs, le goût du risque se perd. Le crossmodalisme propose une nouvelle forme artistique qui se veut loin de cette tendance, et qui permet d’expérimenter la musique d'une manière unique et viscérale.


Racontez-vous comment s'est déroulée la première performance...


Notre manière de travailler a tellement évoluée depuis ! C'était à l'Académie Royale de Musique. Notre objectif avec Charles Michel et Daniel Ospina, ancien cuisinier et développeur de projets au restaurant de Heston Blumenthal à Londres, aujourd'hui consultant, était d'enrichir l'expérience de la musique classique par la nourriture...Mais c'était raté. Mêler des plats complexes avec de la musique complexe est stérile. Une moitié de l’audience n'a pas touchée à la nourriture, et l'autre moitié n'écoutait pas la musique. Nous avons alors compris l'importance de l'intégrité artistique.


L'intégrité artistique ?


C'est-à-dire une expérience cohérente et pensée dans sa totalité. Je vous donne l'exemple d'une autre expérience. Pendant que je jouais Après une lecture de Dantede Liszt, Charles Michel et Daniel Ospina ont peint avec des textures culinaires qu'ils avaient inventées. Puis les spectateurs sont venus manger avec du pain ce qu'il y avait sur la toile. Le résultat artistique n'était ni la musique, ni la peinture, ni la nourriture, mais ce que les spectateurs et les intervenants ont créés ensemble. C'est de l'expérience en train de se faire que vient l'excitation, pas uniquement du résultat.


Pourriez-vous nous faire part des collaborations faites autour de la musique classique qui vous ont marquées ?


Difficile de choisir... Cet été, j'ai joué des œuvres de Ravel, Debussy et Liszt sur un piano qui flottait sur un lac, entouré par des nénuphars parfumés, alors que des gens nageaient autour. Nous avons fait beaucoup de performances qui mêlaient la nourriture et la musique, ou encore explorés les questions de durabilité alimentaire alors que je jouais Le Gibet de Ravel à côté d'un crâne d'agneau saignant. A la British Library à Londres, nous avons créé une série d'expériences qui présentait l'oeuvre de Shakespeare à travers la musique, la nourriture ou le théâtre. La musique classique est un produit incroyable : elle permet à la fois de contrôler une atmosphère, d'invoquer des émotions, et d'être un pont vers d'autres disciplines.


C.A.

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