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Actualités / Concerts / ARCADI VOLODOS À LA ROQUE D’ANTHÉRON

ARCADI VOLODOS À LA ROQUE D’ANTHÉRON

Par Jany Campello / Lundi 28 août 2017
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© ALI SCHAFLER
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On aurait voulu seulement écrire « j’y étais », et cela aurait dit déjà beaucoup…


C’était le soir du 16 août 2017, au parc du château de Florans à la Roque d’Anthéron. Date à jamais gravée dans la mémoire du Festival, et de ceux qui furent là. Se souviendra-t-on de la chaleur, du grillon zélé qui disputa un peu trop longtemps le devant de la scène au pianiste avant de capituler? Cela on l’oubliera peut-être. Le pianiste, jamais. C’était Arcadi Volodos. Que l'on retrouve aussi, ces jours-ci, en couverture du magazine Pianiste.


Il donne ce soir-là les deux dernières sonates de Schubert, la D 959 en la majeur, puis la D 960 en si bémol majeur. En soi, déjà un évènement!

Il arrive sur scène, souriant. On lit dans sa démarche, sur son visage ouvert, le calme, une force tranquille. Il ajuste sa distance au piano, assis sur une chaise qui paraît d’argent sous les projecteurs. Il rassemble ses mains sur lui un court instant de silence, non pas en prière, mais en communion. Tout semble se concentrer dans ses deux mains jointes: sa pensée, son regard, son corps tout entier… elles vont tout porter en elles, ce qui vient du coeur comme ce qui vient de l’âme, elles vont l’offrir dans le chant - et quel chant! - celui de Schubert, et aussi celui de Volodos, intimement soudés en un seul chant d’amour. Celui immanent de la musique.


Sonate D 959 en la majeur: les accords introductifs semblent annoncer un allegro brillant et conquérant…Cette sonate composée par Schubert alors qu’en proie à la maladie il vit ses derniers mois, est bien plus complexe: dans la versatilité de ses humeurs, ne lit-on pas le refus du renoncement, la lutte contre l’abattement, le dépassement, une dignité et une volonté incroyables qui fait se tenir droit envers et contre tout, cette impérieuse nécessité de marcher toujours vers la lumière? Volodos abolit toute distance avec cette musique. Les couleurs, les contrastes, certes sont là, et bien là. Mais il ne fait pas qu’en varier les éclairages. Il la comprend. Il l’habite et il la choie. Il en apprivoise ses épisodes déchirants ou tourmentés, sa tristesse, ses douleurs, comme ses moments de pure tendresse, de légèreté et de joie, ses consolations, sans en laisser aucun de côté. Il va chercher dans tous les recoins de l’écriture schubertienne les plus fugaces et les plus infimes nuances, la densité sans la lourdeur, sans la sentimentalité, sans le pathos, y compris, et surtout, dans les silences. 


L’andantino est poignant. Le début est lent, très lent. Mais dans le silence de cette lenteur, la longue ligne de chant avance, inexorable, timbrée, même dans les pianissimi, avec une longueur de son fascinante, sur les ponctuations de la basse au détaché d’une exactitude confondante, allant au-delà des indications du texte. Volodos en écoute le moindre contre-chant, la moindre inflexion, et nous dit avec pudeur les larmes de cette musique, en berce les blessures, sans dolorisme. La tempête du milieu est davantage qu’une démonstration technique, ces coulées de notes qui dévalent le clavier, de part en part. D’ailleurs, les notes, on ne les entend pas, quoique paradoxalement dans la vitesse tout soit net et à sa place, loin de toute confusion. On est pris dans la submersion des flux sonores, les grondements, les déferlantes intérieures, les silences abrupts et chargés, les interrogations. L’interprétation de Volodos ne donne rien à voir: pas d’éclairs, pas de météorologie, mais ressemble àun parcours initiatique, qui conduit au dépouillement ultime, à l’essentiel, au chant et à son pouvoir de consolation. Et c’est un chemin de vie qu’il nous fait emprunter, avec le scherzo tout en légèreté et lumière, puis avec le rondo final, et sa ligne de chant continue, qui jamais ne retombe, voix vissée au corps et au coeur: il trace dans un tempo soutenu cette magnifique route de liberté, voie de l’espérance, qui remet au centre le désir de joie, envers et contre tout. Et ce chant, il le fait nôtre: nous qui l’écoutons, nous le chantons en nous, en même temps qu’il le joue, nous l’entendons au fond de nous, il sort de nous, plus du piano. Volodos réussit ce prodige.


Sonate D 960 en si bémol majeur: dans cet autre versant du grand diptyque que forment ces deux sonates au concert, le temps prend une autre dimension. Volodos nous en donne une interprétation où la ferveur domine. Il sculpte cette oeuvre de l’intérieur, dans un ambitus dynamique limité au juste nécessaire. Il serait tentant dans ce ressassement sans fin, ce temps étiré, d’y grossir exagérément par endroit les volumes, les contrastes, par peur de l’ennui, de la redite. Ce que ne fait pas Volodos. Le soutien est dans la matière sonore, le chant, les silences. Volodos va chercher au fond du clavier la chaleur des timbres, la profondeur des sons, dans ce registre au début qui s’en tient au médium. Il y concentre son être, sa pensée musicale, et ne relâche pas une seconde l’attention, ne laisse rien au hasard. Il va au bout des phrases, du chant, n’en adoucit pas les crêtes dans les crescendi. La tendresse et la rondeur viennent d’ailleurs. Il est dans l’acuité du chant. Comme dans l’acuité du silence. Ce silence vers lequel est tendue cette musique. Au coeur de ce silence, il pousse la raréfaction sonore, les nuances pianissimo à l’extrême sans jamais détimbrer, et sans jamais brider la résonance, laissant son prolongement à chaque son, le laissant mourir de lui-même, retourner au silence qui n’est pas néant, dans une douceur infinie, bouleversante, créant cette immobilité et ces suspensions dans l’andante sostenuto, au pas marqué et solitaire. Puis Volodos met en lumière l’écriture du scherzo et de l’allegro ma non troppo, qui constituent les derniers mouvements, contrastant par leur ton badin (faussement) et joyeux avec les précédents. La couleur arrive par petites touches, légère, notamment sur les notes à contretemps. Son jeu a des ailes et de la matière, une pâte et une apesanteur.


Au dernier accord, l’émotion du public est considérable. Conscient aussi d’avoir vécu un moment exceptionnel, Il rappelle l’artiste dans une ovation debout. Même transcendance dans les bis. Arcadi Volodos en donnera six! de Schubert deux menuets, de Brahms l’intermezzo opus 117 en mi bémol majeur, d’Albeniz la Sambra Granadina, de Lecuona la Malagueña, et une transcription d’une mélodie de Rachmaninov. Témoignages supplémentaires, s’il en fallut, de la générosité de ce grand homme, cet immense musicien.


Jany Campello


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