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Pratique / S'équiper / LE PIANO FORTE DANS TOUS SES ÉTATS

Dossier

LE PIANO FORTE DANS TOUS SES ÉTATS

Par Stéphane Friederich / Vendredi 2 septembre 2011
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De la restauration en bonne et due forme à la copie certifiée conforme en passant par l’enregistrement de disques dans un répertoire tiré de l’oubli, le pianoforte redevient à la mode. Une réapparition que l’on doit à quelques spécialistes de la facture instrumentale mais aussi à des interprètes inspirés. Ils existent. Pianiste les a rencontrés.

Organologue, chercheur et concertiste au sein de l’associationAd Libitum (voir encadré), Alain Roudier revient tout d’abord sur la définition du mot. « Le terme pianoforte signifie à l’origine que l’instrument permettait de jouer piano et forte. En poussant les choses à l’extrême, on pourrait ainsi dire qu’un piano actuel répond à cette définition… D’autres pays font encore aujourd’hui une distinction entre instrument ancien et moderne. »Au xviiie siècle, le monde du piano est divisé en deux zones géographiques. L’Angleterre, tout d’abord, dont les facteurs d’instruments ont élaboré l’échappement anglais simple qui inspire les facteurs français. Deux manufactures dominent, celles de John Broadwood d’un côté et de Sébastien Erard de l’autre, ce dernier ayant une manufacture à Londres et Paris. Ignaz Pleyel, le concurrent d’Erard s’affirme à la fin des années 1820.En Europe centrale, d’autres manufactures présentent des types d’instruments complètement différents avec une mécanique allemande également à échappement simple (plus communément appelé mécanique viennoise) élaborée successivement par Silbermann puis Stein. « La séparation des deux univers du piano n’est guère satisfaisante », constate Alain Roudier qui ajoute que « l’on remarque une incroyable variété de mécaniques au sein même de chaque zone géographique. Les mécaniques sont différentes presque pour chaque instrument. La conséquence est évidente : chaque piano possède son propre son, des touchers différents, des systèmes d’étouffoirs particuliers, ce qui rend la généralisation pénalisante pour l’instrument. Pourtant, si l’on considère les instruments de type viennois, de Stein à Graf (le célèbre Graf, par exemple produisit plus de 3 000 exemplaires), de Mozart à Beethoven il n’y a guère d’évolution majeure en dehors de la taille et de l’étendue, les Viennois restant très attachés à une certaine tradition. En revanche, les recherches technologiques se sont davantage concentrées du côté des Anglais et des Français : Erard pose les bases de la mécanique moderne en 1822, Steinway naît en 1853. »


L’influence des compositeurs

Avec la Révolution française, le règne du clavecin, instrument privilégié de la noblesse, se termine. Les pianofortes qui entrent dans toutes les familles de la bourgeoisie s’imposent au même rythme que la facture instrumentale progresse. Les solistes ne jouent plus seulement pour quelques salons privilégiés, mais devant des audiences de plus en plus vastes. Les pianos doivent répondre sur tous les plans à cette demande croissante.Quelques compositeurs influencent profondément la facture instrumentale comme nous le rappelle Alain Roudier : « Le piano à queue français, un Erard des années 1796 offert à Haydn en 1800, possède une pédale una corda (una corda véritable, permettant le mouvement de la mécanique sur une, deux et trois cordes). Les pianos viennois, de la fin du xviiie n’ont pas de pédales mais des genouillères et donc pas de una corda. Beethoven passionné par cette pédale réclame aux facteurs viennois l’installation de pédales et d’une una corda. »En France, sur le plan de la mécanique pure, l’échappement simple et l’échappement double ont rivalisé jusqu’en 1880. Pleyel restera très fidèle à cet échappement simple qu’avait choisi Chopin dans les années 1830. Cette dualité donne naissance à deux types de toucher sur un demi-siècle.À partir des années 1830, le récital de piano devient un spectacle à part entière, accueillant des publics de plus en plus nombreux. Il ne s’agit plus seulement d’entendre, mais de voir les mains du virtuose, d’admirer sa digitalité. En 1835, Erard réalise un piano qui projette davantage le son dans de grands espaces. Franz Liszt assure la promotion de la marque, saluant non seulement la puissance de l’instrument, mais aussi sa fiabilité après de longues heures d’utilisation. Vers 1860, les premiers Steinway avec un cadre proche de celui que nous connaissons parachèvent l’évolution. « Au milieu du xixe siècle, le double échappement de la firme Erard pose les bases d’une nouvelle virtuosité », précise Alain Roudier.


Un répertoire à découvrir

Depuis plusieurs années, le disque amplifie la découverte de compositeurs de la période classique dont le répertoire est particulièrement mis en valeur grâce au pianoforte : Joseph Woelfl (1773-1812), Jean-Frédéric Edelmann (1749-1794), Etienne-Nicolas Méhul (1763-1817), Hyacinthe Jadin (1776-1800) sortent ainsi du purgatoire. Pour Alain Roudier, il faut aller plus loin encore et comprendre le choix de tel ou tel instrument : « Je vous encourage à tenter l’expérience suivante : jouez une sonate de Mozart sur un piano anglais, puis un piano à queue français et un Walter, trois instruments de 1790. Vous obtiendrez trois lectures radicalement différentes de la même partition ! » Ce spécialiste de la facture instrumentale regrette enfin que l’enseignement du pianoforte soit aujourd’hui encore anecdotique, y compris dans les conservatoires. « Nous recevons avec plaisir les élèves et leurs professeurs dans notre centre. Nous leur montrons notre collection. Nous n’en sommes encore qu’au début de la redécouverte de l’instrument. »Mais Alain Roudier est relativement pessimiste. « Dans notre pays, le parc instrumental est très restreint : peu de collections, peu d’instruments d’origine et encore moins d’instruments jouables. À titre d’information, on sait qu’entre 1796 et 1808, la maison Erard a fabriqué 250 pianos. Son rival, le fabricant anglais Broadwood en a commercialisé plus de 4 000. Par ailleurs, les instruments n’ont pas été protégés et ce n’est que depuis peu qu’on s’y intéresse en partie par un effet de mode.Enfin, les moyens en termes de subventions publiques sont inexistants. L’État confie peu de pianos à la restauration. La plupart des pianofortes proviennent de collections privées. Notre centre Ad Libitum vit du mécénat, de ses activités culturelles et de restaurations. »


Copier ou restaurer ?

Pour Alain Roudier, il n’est pas question de réaliser des copies d’instruments. « Nous n’effectuons que des restaurations d’instruments anciens. Nous préservons un patrimoine sonore. 90 % des éléments d’un Graf, par exemple, peuvent être remis en état si l’instrument a bien traversé le temps. Mais sa conservation exige qu’il ne soit pas joué de manière intensive. Nos instruments sont jouésuniquement dans le cadre de concerts ou d’enregistrements.Certains instruments de notre collection ne seront pas restaurés pour l’instant, dans un but évident de les conserver dans leur état original, leur restauration n’apportant rien de plus sur le plan sonore que ce que l’on connaît déjà. Toute restauration, quelle que soit sa qualité, reste malgré tout un geste délicat qui inévitablement fait disparaître de l’information malgré toutes les précautions prises (photographiques, relevés… ). »Mu par une même passion, Chris Maene, Président de la société belge Maene (voir encadré ci-dessous) pense, lui, que la découverte de ces instruments passe non seulement par la mise en valeur du patrimoine, mais aussi par la production de copies d’instruments. Ce spécialiste, possesseur de l’un des plus beaux musées consacrés aux claviers anciens, réalise à la demande des répliques d’instruments anciens : « Beaucoup d’entreprises assurent des productions de clavecins. Beaucoup moins de pianofortes. Le pianoforte Anton Walter est le plus demandé notamment par les conservatoires. Nous en avons même livré aux conservatoires de New York, de Moscou et de Hong Kong. Cela étant, nous produisons bien d’autres instruments comme des copies du Pleyel de 1843, ainsi que des clavecins allemands et français. Nous disposons dans notre showroom d’une vingtaine de pianos historiques prêts à être joués. »Un travail de copie particulièrement délicat en l’absence de protocole international et compte tenu de la particularité de chaque instrument, comme l’explique Chris Maene : « Les instruments originaux proviennent d’origines très diverses. Nous les démontons pour comprendre comment ils sont conçus. Dans le passé, chaque facteur d’instruments a inventé quelque chose à partir d’une base généralement commune. Les idées ont parcouru toute l’Europe et les brevets se sont multipliés. Parfois, on a des surprises comme pour ces instruments viennois munis de quatre cordes dans l’aigu alors que généralement, ils n’en ont que trois. Ces mêmes viennois ont été influencés par les clavecins italiens, alors que les anglais l’ont été par les clavecins flamands. On remarque que les logiques de construction sont différentes. Ainsi, en Angleterre, on construisait d’abord la caisse, puis on travaillait la table d’harmonie et le barrage. À Vienne, on commençait par l’intérieur de l’instrument et on terminait par la caisse. Il n’y avait donc pas de règles. D’ailleurs, on constate que la technique était mieux maîtrisée en Angleterre qu’en Autriche. Le problème était que les grands compositeurs se trouvaient à Vienne et pas à Londres ! Quand Haydn est venu en Angleterre, il a adoré les pianofortes produits sur place. Ces mêmes instruments ont eu beaucoup de difficultés à s’établir en Europe centrale car ils entraient directement en concurrence avec les pianos viennois. »Ce facteur ultra-spécialisé reconnaît par ailleurs se trouver face à des questions sans réponse : « Dans notre musée, nous avons des instruments munis par exemple de sonnettes. La plupart des pianos des années 1820 possédaient ces petits “plus” amusants que l’on entend jamais dans les enregistrements et qui, bien évidemment ne sont pas mentionnés sur les partitions. Ailleurs, on découvre des pianos Graf avec cinq ou six pédales qu’on n’utilise plus. Cela prouve que les interprètes improvisaient largement. »


Avis aux amateurs !

À la question de savoir quel profit tirera un pianiste amateur qui se risquerait à jouer sur un pianoforte, ce professionnel conseille de commencer à jouer sur un Anton Walter. « Avec ses cinq octaves, c’est un instrument idéal très léger, permettant d’interpréter aussi bien du Haydn que le premier Schubert. Il est en outre très résistant, se laissant bien accorder. En revanche, je déconseillerais un Erard des années 1840, beaucoup moins aisé pour une première approche. » Mais attention, prévient-il, « sur un piano moderne, le jeu est “facile”, à tel point que beaucoup d’interprètes n’entendent pas ce qu’ils jouent. Ils sont satisfaits lorsque les notes sont en place… Sur des copies de qualité de pianofortes, on est devant des instruments aux possibilités limitées. Il faut donc comprendre comment il a été construit et quel type de répertoire le mettra pleinement en valeur ».Est-il nécessaire d’utiliser des instruments électroniques pour accorder le piano ? « Oui, c’est une aide précieuse au début. Mais, en principe, les bonnes copies de pianofortes tiennent l’accord. Pour l’entretien, il vaut mieux faire appel au fabricant. Tous les distributeurs n’ont pas des personnels spécialement qualifiés pour ce type d’instruments. Pour les musiciens professionnels, il faut en revanche un réglage constant. Je regrette simplement que peu d’entre eux connaissent le fonctionnement de leur instrument. C’est toute la différence entre un pianiste et un organiste. » Mais là, c’est un autre débat.



À SAVOIR !

> Ad Libitum
Créée en 1993, l’associationAd Libitum a pour vocation de promouvoir le patrimoine instrumental et musical que constitue le pianoforte, du débutdu xviie à la fin du xixe siècle environ.La collection de l’association compte plus 80 instruments restaurés et entretenus par l’atelier. Ils conservent la majeure partie de leurs éléments d’origine. Ils sont régulièrement jouéset présentés lors de concerts ou d’expositions temporaires.La recherche et la pédagogie sont également au cœur des activités d’Ad Libitum. Plusieurs ouvrages ont été publiés à proposdes instruments, des facteurset de leurs entreprises et plusieurs disques ont été réalisés.Chaque année, l’association organise une académie permettant aux musiciens professionnelsou amateurs de découvrir les instruments de la collection, leurs sonorités et leurs touchers.


> Pianos Maene
Fondée en 1935, la société Maene, basée à Ruiselede, en pays flamand, est le plus important distributeurde pianos en Belgique. Outre la représentation des marques Steinway & Sons, Boston, Essex, Yamaha, Sauter, Kawaï, Roland, l’entreprise produit depuis 2006 ses propres pianos sous le label Doutreligne. Par ailleurs, les ateliers réalisent à la demande des copies d’instruments anciens, des clavecins aux pianos à queue.
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