Espace Pédagogie

Les conseils d'Alexandre Sorel

26 juin 2015 | 17H58
CHOPIN : MAZURKA OP. 67 N° 4

Les conseils d'Alexandre Sorel

26 juin 2015 | 17H58
CHOPIN : MAZURKA OP. 63 N° 3

Les conseils d'Alexandre Sorel

26 juin 2015 | 17H58
BACH : FANTAISIE CHROMATIQUE BWV 903
Nos Partenaires

MUSÉE WÜRTH

Festival Piano au Musée Würth du 28 octobre au 6 novembre 2016.
Logo de notre partenaire MUSÉE WÜRTH

SALLE COLONNE

Pianiste enregistre ses DVD dans ce lieu unique de répétitions et de concerts à Paris.
Logo de notre partenaire SALLE COLONNE

COLIN LAURENT

Réalisation et captation de tout projet musical, en France et à l'étranger, pour DVD, web ou TV.
Logo de notre partenaire COLIN LAURENT
Actualités / Interprètes / RAFAL BLECHACZ - L'harmonie des contrastes

Entretien

RAFAL BLECHACZ - L'harmonie des contrastes

Par Stéphane Friédérich / Mardi 1er mai 2012
Agrandir l'image :
Diminuer la taille des caractères de l'article : RAFAL BLECHACZ - L'harmonie des contrastes Augmenter la taille des caractères de l'article : RAFAL BLECHACZ - L'harmonie des contrastes Imprimer l'article : RAFAL BLECHACZ - L'harmonie des contrastes
Imprimer
Partager sur les réseaux sociaux l'article : RAFAL BLECHACZ - L'harmonie des contrastes
Partager
S'abonner au flux RSS de Pianiste Magazine Voter pour l'article : RAFAL BLECHACZ - L'harmonie des contrastes
Voter (0)
L’impressionnisme réunit logiquement les œuvres de Debussy et de Szymanowski…
C’était en effet l’idée première du programme. Le résultat est sensiblement différent. Je pensais notamment enregistrer des œuvres de la seconde période de Szymanowski comme les Métopes op. 29, proches de l’impressionnisme debussyste. Finalement, j’ai choisi de contraster violemment les écritures comme pour heurter les couleurs et les tempéraments de deux musiciens qui ont créé leur propre langage. La période que j’ai choisie associe impressionnisme et expressionnisme. Chez le Polonais, les modulations sont aussi inattendues que celles de La Soirée dans Grenade extraite des Estampes du Français. Mais malgré leurs oppositions de styles, les deux écritures appartiennent à deux sensibilités voisines qui puisent aux mêmes sources.

On estime en effet que l’art de la modulation chez Szymanowski puise ses origines chez Chopin. En va-t-il de même chez le jeune Debussy ?
Absolument. Toutefois, vous suggérez que l’écriture de Chopin détermine mon interprétation pour jouer Debussy, mais c’est exactement l’inverse qui se produit : j’interprète différemment Chopin parce que la musique de Debussy fait partie de mon univers sonore. Nous pouvons aller plus loin encore dans le passé. L’œuvre de Debussy se caractérise en premier lieu par un très grand respect du classicisme. Un hommage parfaitement distinct dans le Prélude du cycle Pour le piano. Pour l’interpréter, il faut une indépendance absolue des deux mains, mais aussi considérer qu’il s’agit d’un quasi-staccato et que la pédale doit être « millimétrée ». Finalement, il faut se souvenir de la clarté polyphonique des Partitas de Bach !

Comment définiriez-vous l’impressionnisme en musique ?
Assurément pas comme l’équivalent sonore de la peinture ! On pourrait croire que la musique impressionniste évoque l’imprécision des timbres, un emploi permanent de la pédale… La musique de Debussy est au contraire d’une précision inouïe, l’une des plus écrites qui soient. Le musicien n’expérimente pas : il a déjà pensé la couleur et ne joue rien qui ne soit explicitement dans ses partitions.

Restons dans l’esprit de la musique française avec le Tempo di minuetto de la Sonate op. 8 de Szymanowski. On croirait presque entendre la Sonatine de Ravel…
Je suis tout à fait de votre avis. Ce sont des fragments polyphoniques à la fois simples et d’une extrême richesse harmonique. Cette sonate est très proche de la forme classique. Mais si l’on prend l’exemple de L’Isle joyeuse, Debussy réussit lui aussi une combinaison très classique. Ne parle-t-on pas d’une pièce inspirée d’un tableau de Watteau ?

Hormis l’influence du classicisme, celle de l’exotisme demeure aussi une composante des écritures de Debussy et Szymanowski…
Je me suis aperçu de la force de l’exotisme asiatique, si présent chezDebussy – on sait sa fascination pour le gamelan, par exemple –, lorsque j’ai joué pour la première fois en concert les Estampes. C’était auJapon et je venais de remporter un prix au Concours de piano d’Hamamatsu. J’ai profité du voyage pour visiter des temples, des pagodes notamment à Tokyo et dans le nord du pays. L’atmosphère de ces lieux m’a profondément marqué. Juste après ce périple, je suis allé à Grenade, en Espagne. Autre culture, autre dimension sonore lorsque vous visitez une telle ville ! Ces deux expériences vécues l’une après l’autre ont eu un profond écho dans ma manière de jouer. Je comprends mieux ce qu’ont ressenti les compositeurs. Debussy n’est jamais allé en Espagne. Et pourtant, sa musique la restitue avec une incroyable authenticité. De son côté, Szymanowski, qui a voyagé en Afrique du Nord avant la Première Guerre mondiale a subi lui aussi l’influence d’une culture qui lui était étrangère.

Pour autant, Szymanowskia réservé une large place au folklore polonais…
Le retour au folklore polonais est plus tardif, les mazurkas datant des années vingt. Mais comme pour Chopin, Szymanowski s’inspire de danses anciennes pour colorer un langage moderne. Ses partitions ne sont en rien chorégraphiques.

Quels sont les interprètes du passé qui vous ont marqué dans le répertoire de Debussy ?
Arturo Benedetti-Michelangeli, Alfred Cortot, Walter Gieseking… Cortot m’a profondément marqué dans les Children’s Corner. Il fait partie des immenses personnalités qui impriment une nouvelle écoute de l’œuvre. Mais, ce que je retiens plus volontiers, c’est leur sens de la construction qui détermine tous les paramètres de leurs interprétations. Leur art est poussé si loin qu’il en devient une sorte de règle philosophique. Arturo Benedetti-Michelangeli est certainement celui qui a le mieux combiné la recherche intellectuelle la plus aboutie à l’expression la plus sincère des sentiments.

Parlons de votre éducation musicale…
Je ne viens pas d’une famille de musiciens professionnels. Cela étant, mes parents sont mélomanes et il y a toujours eu un piano à la maison. Mon premier choc musical ne fut pas le piano, mais l’orgue. Enfant, j’allais à l’église et je voulais devenir organiste. J’ai pris mes premières leçons avec un professeur privé, puis à l’école de musique de Bydgoszcz. Ce n’est qu’assez tard, après avoir remporté mon premier concours en Pologne, à l’âge de 10 ans, que j’ai réalisé que le piano était définitivement mon instrument de prédilection. Je n’ai songé à devenir musicien professionnel que plus tard, en m’apercevant que je touchais le public et que je prenais plaisir à cela.Je n’ai jamais abandonné l’orgue. Dès que j’ai un moment de libre et que je peux aller à la tribune d’un orgue, je joue pour mon plaisir. Plus jeune, je composais également. Un musicien ne peut pas se contenter de son seul instrument. Il a besoin de se nourrir d’autres expressions artistiques. Avec le temps, elles me paraissent indispensables. Dans mon cas, je suis un grand lecteur de romans, d’ouvrages sur la philosophie de la musique et je suis aussi un passionné de cinéma.

Quelle était la pédagogie de vos professeurs, Jacek Polanski, puis Katarzyna Popowa-Zydron au conservatoire de Bydgoszcz ?
Avec mon premier professeur, Jacek Polanski, j’ai travaillé avant tout Bach. Sa pédagogie est très traditionnelle, basée sur les fondations de la technique du piano. C’est grâce à lui que j’ai remporté un Prix Bach à Gorzów à l’âge de 11 ans. J’étudiais aussi beaucoup de pièces de Czerny, Clementi, Mozart, pour l’essentiel des morceaux du répertoire classique. Mon « premier » Chopin fut le Nocturne op. 32 n°2. Quel choc de découvrir uneharmonie et une mélodie aussi belles ! Pour Chopin, j’étais insatiable ! Les autres chocs musicaux ont eu lieu vers 14 ans : un récital de pièces de Szymanowski, puis, avec Katarzyna Popowa-Zydron, grande interprète de Chopin, j’ai découvert l’œuvre de Debussy.

Comment avez-vous vécu le début de votre carrière, notamment après le concours Chopin de Varsovie ?
Le plus important a été de maintenir un équilibre entre les concerts, les enregistrements et la vie éloignée du clavier ! Chez un musicien, le temps de la réflexion, du repos et de l’apprentissage de nouvelles partitions est au moins aussi capital que celui du travail au piano. Comme j’ai besoin de beaucoup de temps pour cela, je m’en tiens à un nombre fixe d’apparitions sur scène. En l’occurrence, je joue entre 40 à 45 fois par an.

Parlez-nous de votre répertoire…
Pour l’instant, j’apprends un certain nombre de concertos. L’année prochaine, je privilégierai les concerts avec orchestre aux récitals purs.En musique de chambre, je prépare des œuvres pour violon et piano de Szymanowski et de Mozart que je jouerai en juin 2013 à la Philharmonie de Berlin avec l’un des violons solos du Philharmonique, Daniel Stabrawa. En soliste, je travaille des œuvres de Tansman et de Lutoslawski, entre autres. L’un de mes rêves consisterait à enregistrer l’intégrale des mazurkas de Chopin. En jouer quelques opus est assez aisé. Mais donner une intégrale et donc trouver la lecture la plus satisfaisante pour chaque époque, c’est autrement plus difficile. Il faudrait presque choisir des pianos et des acoustiques différents en fonction des cycles !

Précisément, accordez-vous beaucoup d’importance au choix des instruments ?
Le choix du piano est moins décisif que celui de ses réglages et notamment de l’harmonisation. Cela étant, avoir la possibilité de sélectionner un instrument est une chance. C’est ce que j’ai fait pour cet enregistrement consacré à Debussy et Szymanowski. Je souhaitais un piano à la fois très coloré et, surtout pour Szymanowski, d’une grande puissance car les dynamiques sont considérables.

Quels conseils donneriez-vousà des pianistes amateurs qui abordent la musique de Szymanowski ?
Votre question n’est pas évidente, car son œuvre réclame des moyens techniques souvent conséquents. Je pense qu’il faut faire l’impasse sur la première période créatrice du compositeur car les pages sont souvent d’une grande virtuosité. Le répertoire de la maturité et notamment les mazurkas sont plus abordables ou bien les tout premiers Préludes op. 1. Mais, l’aspect purement pianistique ne doit pas cacher le fait que les atmosphères et le style des œuvres sont très particuliers. On ne peut pas séparer les deux aspects d’une partition, la technique d’un côté et la restitution musicale de l’autre. Avec Szymanowski, tout doit être abordé de front, dès le déchiffrage. Ce qui revient à dire qu’il faut écouter les interprètes qui connaissent cette musique. C’est la seule garantie de ne pas commettre d’erreur de style.

Puisque vous évoquez la virtuosité, que signifie ce mot pour vous ?
La virtuosité permet de juger de l’état physique de vos mains. Un point c’est tout ! C’est pour moi, c’est une sorte de test que je passe en jouant par exemple les Études de Chopin « recomposées » par Godowsky.

Parlez-nous de votre organisation de travail…
Quand je suis en tournée pour une série de concerts, je joue moins que d’habitude. Cela peut paraître curieux, mais je préfère préserver une certaine fraîcheur d’esprit et de jeu pour donner le maximum de moi-même lors du récital et m’imprégner, quand cela est possible, de l’atmosphère des lieux où je me produis. Sinon, je suis généralement six à sept heures quotidiennement devant le piano, entrecoupées de nombreuses pauses. Ma journée débute généralement avec les œuvres que j’ai programmées en concert. Plus jeune, je commençais par jouer des pièces de Bach comme deux ou trois des Variations Goldberg, mais aussi des Études de Chopin.

Puisque nous parlons de Bach et de Chopin, êtes-vous attentif au choix des éditions ?
Pour Chopin, et notamment à l’occasion du concours de Varsovie, j’ai travaillé sur l’édition Paderewski. En ce qui concerne Bach, on ne peut guère se passer aujourd’hui des matériels Urtext. Dans mon cas et, parce que j’y suis habitué depuis mon enfance, il s’agit des éditions Peters.

Quelques mots sur vos prochains disques…
Ce sera à nouveau un disque en soliste. Puis un autre avec des concertos et ensuite des compositeurs classiques. Mais tout cela reste encore confidentiel…


Rafal Blechacz en quelques dates

1985 Naissance à Naklo nad Notecia, en Pologne
1990 premiers cours de piano
2002 2e Prix du Concours Arthur Rubinstein à Bydgoszcz.
2003 2nd Prix du Concoursde piano d’Hamamatsu au Japon
2005 1er Prix du Concours Chopin de Varsovie2006 Contrat d’exclusivité avec Deutsche Grammophon.1ers disques : Préludes de Chopin
Abonnez-vous
à Pianiste
LES OFFRES DE PIANISTE
Retrouvez PIANISTE soit en Magazine ou sur Ipad ou sur Iphone

Abonnez-vous à Pianiste



Retrouvez tous les numéros de Pianiste ou abonnez-vous au magazine

Les DVD leçon de Piano

La boutique Pianiste


Retrouvez les DVD "leçons de Piano" par Pianiste et notre sélection de CD et DVD

 
  Retrouvez-nous sur smartphone et tablette
Déjà abonné ? Accédez à votre espace et gérez votre abonnement
Google Play App Store

Les sites du réseau Groupe Express-Roularta :

Copyright © 2011-2017 PIANISTE MAGAZINE | Nous contacter | Plan du site | Mentions légales | Charte de l'utilisateur | Publicité
Powered by Walabiz